La marche blanche du 09 décembre 2023 à Yaoundé est un l’un des évènements marquants de la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes.
C’est dans le cadre de la traditionnelle campagne annuelle des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre (VBG) qui s’est tenue du 25 novembre au 10 décembre dernier, et qui a coïncidé avec le contexte d’épidémie de féminicides au Cameroun que la marche anti-féminicide eu lieu sur la place du boulevard du 20 mai à Yaoundé. Une initiative du Groupe de travail des OSC sur le genre et les politiques publiques au Cameroun (GTOG) qui a baptisé la marche « marche blanche silencieuse contre les féminicides », le silence n’était toutefois pas totalement au rendez-vous, les cœurs bourrés d’affliction manifestant le ras-le-bol pour la soixantaine des femmes tuées au Cameroun en 2023.

Des messages sensibilisateurs sur les pancartes …
L’organisation de la marche s’est faite autour de plusieurs objectifs, dont en premier, la sensibilisation des populations de Yaoundé, la ville de la région qui concentre le plus grand nombre de féminicides au Cameroun. « Contribuer à la prise de conscience des populations de Yaoundé sur les dégâts sociaux des féminicides, sur le développement du Cameroun et des mesures à prendre sur leur éradication », lit-on dans le dossier du presse du GTOG. Aussi, pouvions-nous lire sur les pancartes que tenaient les participants « le Cameroun est un pays de droit, stop à l’aliénation du droit à la vie des femmes et des filles ». Spécifiquement la marche veut également barrer la voix aux bourreaux des femmes, interpeller les autorités sur la protection et la sécurité des femmes et victimes survivantes des VBG et sensibiliser ces dernières à briser le silence autour de toutes les formes de violences qu’elles subissent. « Nous disons non à toutes les formes de violences faites aux femmes et aux filles!» ; « Arrêtez de tuer les femmes et les filles ! » ; « Dénonçons et condamnons les auteurs des meurtres perpétrés sur nos sœurs et filles !» ; «Brisons le silence autour des violences faites aux femmes et aux filles!» ; « Nous plaidons pour des institutions justes et équitables en faveur des victimes de féminicides ! » sont autant de messages véhiculés par les participants de la marche blanche.

La responsabilité de l’État, la famille et les victimes
La présidente du comité d’organisation de la marche Blanche, dame Julienne Tsangueu Seppou a soulevé le rôle particulier et capital des parties comme l’Etat, les familles et les victimes dans l’éradication des féminicides. Interrogée par la rédaction Griote au sujet de sa conception de la protection des femmes et filles, elle repond:
» l’Etat doit faire en sorte que les statistiques prennent en compte les féminicides pour mesurer l’étendue du phénomène afin d’identifier les causes et orienter les actions à la base pour éliminer les causes. Nous pensons également que l’Etat peut établir des lois pour que les meurtriers sachent qu’ils ne sont pas insaisissables. Qu’ils soient punis et que le public soit informé. C’est cela qui va décourager certaines personnes … Les familles se rendent parfois complice des féminicides, c’est pourquoi nous disons aux familles ne soyez plus complices de ces crimes. »,
conseille l’activitiste. L’accent a particulièrement été mis sur la responsabilité de ces victimes de violences. L’absence de la grande mobilisation contre ce fléau a été déplorée dans un coup de gueule de dame Clarence Yongo à l’issue de la marche.
« Ce que je veux dire c’est qu’on ne peut pas organiser une marche pour les victimes des féminicides et vous ne venez pas… C’est vous qui devez vous lever et revendiquer vos droits, personne ne peut le faire mieux que vous, personne ! Donc vous devez-vous lever à chaque fois pour dire non aux féminicides!»,
lance en l’endroit des femmes survivantes de violence basée sur le genre, la journaliste, activiste des droits des femmes.
En dépit de ce constat, l’événement qui pre-clôturait la campagne d’activisme contre les violences faites aux femmes a été salué par plus d’un. Lorraine Anderson, la Haute-commissaire du Canada partie prenante de cette initiative se réjouit d’assister à un tel événement et pensent que l’autonomisation des jeunes femmes contribuera à la réduction de cette épidémie de violences. « Nous sommes ici dans le cadre de la campagne des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes. C’est aussi l’occasion de sensibiliser ces jeunes femmes sur les études parce que c’est très important de les protéger et de les autonomiser afin qu’elles puissent participer à l’avancement de la société » . L’événement comme elle l’a souligné cadre avec leur « politique féministe étrangère« .
Le rôle des femmes dans la lutte contre les violences à l’endroit du genre féminin reste capital de ce qu’on retient particulièrement de cette marche blanche, le rôle des victimes precisément, c’est pourquoi elles sont toujours invitées à « briser le silence », par la dénonciation sur toutes formes. C’est ainsi que la saignée pourra être stoppée, car le chiffre de 66 femmes tuées en 311 jours au Cameroun selon la comptabilité de Griote, est effrayant.
Chanelle NDENGBE


Une activité bien réussie bravo au GTOG pour cette initiative . La lutte continue