Dans le cadre de la crise qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, deux bébés se retrouvent en prison en ce moment.
Cette révélation troublante a été faite ce lundi 10 mars à Yaoundé lors d’une conférence de presse consacrée à la présentation du rapport 2025 sur les droits de l’homme dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun en proie aux conflits entre forces de sécurité et groupes armés séparatistes. Ce rapport est publié par la branche Camerounaise de l’organisation panafricaine Conscience Africaine.
Selon Amadou Tarenteh, secrétaire exécutif de cette ONG, l’un des cas les plus emblématiques des violations des droits humains dans ces régions concerne la détention de ces deux nourrissons à la prison de Bamenda.
Dans les faits, les deux bébés, Letisia et Sera, étaient âgés d’à peine quatre et trois mois lorsque leurs mères, Joycelyn Ndum (22 ans) et Blanche Yocnteh (22 ans), ont été interpellées puis placées en détention avec leurs nourrissons le 24 juin 2025 à Ndop, dans la région du Nord-Ouest.
D’après les témoignages recueillis par l’ONG, ces deux femmes seraient poursuivies pour non-dénonciation, recel de malfaiteurs et défaut de carte nationale d’identité.
Le matin même de leur interpellation, des éléments d’un groupe armé séparatiste, sous le commandement d’un certain «Général A Nova Die », avaient enlevé 15 personnes, parmi lesquelles un individu qui aurait été identifié comme gendarme en service à la brigarde de gendarmerie de Ndop.
Quatorze otages seront finalement libérés après le paiement de rançons. Le gendarme, en revanche, sera exécuté par les séparatistes. Son corps sans vie sera retrouvé non loin du quartier Km 25 à Ndop énonce-t-on.
À la suite de ce drame, les forces de défense ont procédé à l’arrestation de plusieurs membres de la famille présumée du séparatiste «A Nova Die», parmi lesquels Joycelyn Ndum et Blanche Yocnteh. Pour l’ONG Conscience Africaine, il s’agit d’une détention arbitraire et juridiquement infondée.
« On ne peut pas arrêter des personnes simplement parce qu’elles partagent un lien de filiation avec un séparatiste… et les bébés, qu’ont-ils fait ? »,
s’indigne M. Amadou Tarenteh.
Il précise également que des démarches ont été entreprises auprès du préfet du département de Ngoketunjia à Ndop, le sieur Kongeh Handerson Qweton, afin d’obtenir la libération immédiate des bébés retenus avec leurs mères.
Dans la foulée, un consortium d’organisations de la société civile, sous la houlette de All Women Together et Conscience Africaine, a lancé la campagne «No Babies Behind the Bar » afin de dénoncer ce qu’elles qualifient d’«abus insoutenable» et d’appeler à la libération de ces femmes et de leurs nourrissons.
Plusieurs associations de défense des droits humains, ainsi que des acteurs politiques et médiatiques, ont déjà rejoint cette initiative.
« Nous allons nous battre jusqu’à ce qu’elles retrouvent leur liberté, non seulement parce qu’on ne peut pas arrêter des gens de cette manière, mais aussi parce que leurs conditions de vie en détention sont extrêmement difficiles »,
conclut le secrétaire exécutif de Conscience Africaine.
John Matou
