Elle a effectué son ultime voyage au milieu d’une grande tristesse trois semaines après avoir été horriblement assassinée par son époux.
Chemise et robe de couleur violette, écharpe rouge autour du col, c’est ainsi qu’étaient vêtus trois jeunes gens se distinguant à la levée de corps le vendredi 13 février à la morgue de l’hôpital de district de Logbaba. Ce sont les enfants de la défunte Magni Mbang Kollo Téclaire. Comme leurs ainés, ils n’ont pas pu retenir leurs larmes pendant les obsèques de leur maman que leur papa leur a enlevé de façon tragique.

Alors que le cercueil de Magni Mbang Kollo Téclaire sortait de la morgue, son amie Louise, victime survivante de l’attaque macabre du 23 février 2026, a perdu connaissance à force de pleurer. Il a fallu lui donner le temps de retrouver son souffle pour permettre au cortège funèbre de quitter la morgue. Famille et amis font le témoignage d’une personne, joviale, travailleuse et réservée. Ils expriment également leur tristesse, leur choc au regard des circonstances dans lesquelles elle s’en est allée. Pour l’un de ses oncles, le plus difficile reste la prise en charge tant morale que physique des enfants qu’elle laisse. « Le plus difficile encore ce sont les enfants. Les enfants orphelins, il faut les envoyer à l’université, l’école, il faut la santé, il faut les nourrir. Pour moi c’est le gros problème. ».
Au sujet du présumé assassin et son complice…
C’est le 23 février dernier que Teclaire Magni Kollo a été tranchée plusieurs fois à la machette par son mari Rigobert Nzéda, après avoir couru sur une distance d’environ 300 mètres pour lui échapper. Avant de poursuivre sa victime avec la machette au quartier CCC, sieur Nzéda avait fait irruption sur son lieu de commerce, où elle se trouvait avec Louise. L’homme n’était pas seul, il était accompagné d’un complice. C’est là qu’il avait sorti sa machette tranchant le dos à Louise qui avait évité le coup en face.
Qu’en est-il des deux hommes aujourd’hui ?
L’assassin présumé a été attrapé par la population alors qu’il tentait de s’enfuir après avoir tué la mère de ses enfants qui l’avait quittée au mois de décembre. Il a été rattrapé par la population en colère qui a failli le lyncher. L’oncle de la victime nous apprend qu’il est à la prison de New-bell, et que l’enquête se poursuit, mais toujours aucune nouvelle de son complice. « On sait qu’il était accompagné, on souhaite qu’on retrouve cet accompagnateur, il faut que les enquêtes nous permettent de le retrouver. Et comme il est vivant, qu’il nous dise le mobile, ce qui peut l’avoir amené à faire ce genre de crime odieux », a fait savoir le journaliste David Eyengue, oncle de la victime. Il explique également que malgré la douleur, la famille se battra pour que justice soit faite et que le silence soit brisé pour sauver d’autres victimes de violences conjugales. « Ce n’est pas la fin, je pense que ça c’est un cas de féminicide qui va faire échos parce que nous n’allons pas nous taire. Nous allons encourager d’autres victimes qui souffrent encore dans les foyers à se lever et à dire des choses parce que oui nous l’avons perdu. Oui la famille est meurtrie par ce départ, mais vraiment nous allons prendre notre courage à deux mains pour accepter de parler et nous allons demander aux autres victimes de venir dire quelque chose sur ce qu’elles vivent au quotidien. Ça peut sauver des vies. La femme n’est pas un objet, la femme n’est pas un animal. Si vous êtes un chasseur, allez dans la brousse pour chercher vos gibiers », allègue l’oncle de la défunte.
Suite à cet autre féminicide qui a choqué le Cameroun, le chef de la communauté Dibom particulièrement impliquée, passe un message après avoir informé que ce drame était une première chez les Dibom du monde entier. « C’est la consternation totale dans le canton Dibom. C’est la consternation totale pour tous les Dibom du monde entier parce que c’est une affaire qui nous dépasse, car il n’y avait jamais eu une histoire pareille …Le chef supérieur est de tout cœur avec nous. Le message qu’il transmet à tous les Dibom, c’est : que plus jamais ça. C’est la première fois et que ce soit la dernière », a excipé Sa Majesté Mkoh Jean Didier, chef de la communauté Dibom du Wouri.

Après la levée de corps à la morgue de l’hôpital de district de Logbaba, la dépouille de la femme de 41 ans a été conduite à Loum, au quartier Moù elle a été inhumée samedi 14 mars 2026. Son assassinat de sang-froid est l’un des plus odieux féminicides parmi les 20 enregistrés depuis le début de l’année 2026 par Griote.
Chanelle NDENGBE
