1er JANVIER 1960 : LES SOUVENIRS DE MARIE IRENE NGAPETH BIYONG SUR LA DÉCLARATION DE L’INDÉPENDANCE DU CAMEROUN

Ce jour où le Cameroun a ouvert le bal des indépendances de 1960 en Afrique est toujours gravé dans la mémoire de la femme politique camerounaise comme si c’était hier.

Au Cameroun, si la fête de l’an fait ombrage à l’histoire que rappelle le 1er janvier, l’immortalisation faite par les historiens et témoins de l’évènement à travers l’écriture permet de sauver ladite histoire. Il était minuit lorsque Ahmadou Ahidjo a proclamé l’indépendance devant la multitude de personnes qui se trouvaient ce jour à Yaoundé. A la célébration, plusieurs se sont offerts le luxe de se convier eux-mêmes. Marie Irène Ngapeth, à l’époque membre de la branche féminine de l’Union des populations du Cameroun, fait partie de ces derniers. Les souvenirs qu’elle a gardés et immortalisés de ce jour rendent compte d’une atmosphère manichéiste entre la gaieté et l’angoisse .

Entre peur et allégresse …

Il s’agit d’un groupe de mots qui rentrent dans le titre Le Cameroun, 1er janvier 1960. Une proclamation de l’indépendance entre peur et allégresse du Pr Daniel Abwa. Un travail scientifique dans lequel l’historien cite dame Biyong est avec Combat pour l’indépendance dont elle est l’auteure des supports importants. La militante de l’UPC a fait vivre aux Camerounais du XXIe siècle cet évènement. Le jour de l’accession à l’indépendance a été mouvementé dans les quatre coins du pays. C’était à première vue la fête.

« La journée du 1er janvier est caractérisée par des cérémonies à la place de l’indépendance richement pavoisée aux couleurs nationales…Un défilé grandiose des troupes à pieds et des troupes motorisés, d’enfants d’écoles, d’associations civiles, sportives et traditionnelles est suivi d’agapes organisées dans tous les restaurants de la ville et dans les salles de fêtes existantes du pays à l’intention des pays d’honorables invités étrangers… »

raconte l’autrice. Mais les célébrations ont lieu sur un fond de deuil en raison d’évènements meurtriers produits quelques heures avant la proclamation de l’indépendance. Ce jour, on assistait aussi à des « Danses traditionnelles et (…) autres réjouissances dans certains quartiers tandis que dans d’autres, les familles pleurent les morts tombés sous les balles des gendarmes français au cours de cette nuit macabre dans les sous quartiers populeux » se souvient-elle. Aussi la joie n’était pas partagée ce jour historique, mais ce qui semble choquer l’écrivaine camerounaise est l’honneur accordée au colon français à cette célébration, les distinctions accordées aux personnes non pour une quelconque participation à la décolonisation du pays. Mais à cette fête, des centaines de personnes ont invité le défunt héros de la lutte pour l’indépendance, à la grande surprise du gouvernement camerounais de cette époque.

Ruben Um Nyobe le héros national mort-vivant à la fête de l’indépendance du Cameroun

Arraché brutalement à la vie par l’armée française le 13 septembre 1958, le fervent opposant à l’administration française et leader de la lutte pour l’indépendance et la réunification des deux Cameroun, Ruben Um Nyobe a été célébré à la fête de l’indépendance à la grande surprise des organisateurs, car l’UPC fonctionnait dans la clandestinité à ce moment précis parce que qu’interdit d’exercice depuis 1955.

« Cinq cent personnes environ, hommes et femmes en tenue frappée de l’effigie du secrétaire général de l’UPC Ruben Um Nyobe, héros de la cause nationale, défilent dans l’ordre et dans le calme, mettant le chef de l’Etat, ses hôtes et ses barrons surpris dans une situation fort embarrassante, tandis que les forces de l’ordre médusées par cette attention inattendue se mettent respectueusement au garde-à-vous rendant visiblement l’hommage mérité au grand martyr camerounais père incontesté et incontestable de la nation en gestation, qui, contrairement à ses collaborateurs n’a jamais voulu quitter le sol qui l’a vu naitre, préférant subir le même sort, voir mourir de la même mort que des milliers de patriotes victimes de la répression colonialiste sur le champ de bataille pour la liberté et pour faire triompher le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, quelle que soient les embûches dressées par les ennemies »,

témoigne Dame Biyong. Cet hommage à la première personnalité à réclamer l’indépendance du Cameroun à été le moment le plus émotif et le plus marquant du 1er janvier 1960 au Cameroun.

Cette émotion transcrite dans les livres associées aux autres souvenirs de la lutte du héros vont amener en 1991, l’assemblée nationale à voter une loi qui élève officiellement au rang de héros national, Ruben Um Nyobe et ses collaborateurs Felix Moumié et Ernest Ouandjé, permettant ainsi dans les normes, la survie de l’histoire à travers la mémoire collective, même si des efforts restent à fournir par l’Etat pour que les sacrifices de ces héros soient connus par la jeunesse camerounaise.

Chanelle NDENGBE

 

 

 

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