Cela faisait plusieurs jours que ni Carine, ni son petit ami n’avait été aperçu par le bailleur, ce qui suscitait des interrogations, jusqu’à la triste découverte.
Il se dégage encore une odeur de putréfaction sur le lieu du féminicide présumé, une odeur qui associée au désordre observé dans la chambre qu’occupait le couple donne des frissons. C’est au quartier Bepanda, près du collège Intac que s’est produit ce nouveau drame. Le corps de Carine, belle de nuit de 27 ans a été découvert le samedi 5 janvier 2025 dans la chambre qu’elle occupait avec son petit ami et un deuxième monsieur présenté comme le père du petit-ami de la jeune femme.
Selon les informations qui nous ont été données sur le terrain, c’est une forte odeur de putréfaction qui a alerté les propriétaires de la concession où elle louait. La chambre de Carine était pourtant fermée de l’extérieur avec un cadenas depuis la nuit du 1er au 2 janvier, nuit où elle a été vue pour la dernière fois par l’épouse de son bailleur. « Le 3 janvier, comme j’enlève les habits des enfants séchés par là-bas, je sens une odeur comme si la souris est morte. J’ai dit à mon mari … la souris morte … pardon viens chercher … tu enlèves ça parce que moi ça me met mal à l’aise. Il m’a dit qu’il va chercher après, mais il n’a pas cherché, la journée là est passée comme ça », explique l’épouse du bailleur. Entre temps, cette dame et son mari trouvaient étrange de ne pas voir les occupants de la chambre arrière, c’est-à-dire Carine, son petit ami appelé James et l’autre homme présenté comme le père de James. Vendredi le 4 janvier, l’odeur de plus en plus forte, devenait insupportable. Ainsi arrive le supposé père de James accompagné d’un autre monsieur présenté cette fois-là comme ami de James. Les deux hommes disent être venus s’enquérir des nouvelles et avoir accès à la chambre. Le bailleur décide donc d’avoir le cœur net sur la provenance de l’étrange odeur. Il constate qu’elle provient de la chambre dont Carine paie le loyer et ils sont tous stupéfaits ses hôtes et lui, d’écouter un bruit provenant de ladite chambre pourtant fermée de l’extérieur. « Quand on se rapprochait de la fenêtre de sa chambre, l’odeur était forte. Mais on ne pouvait pas voir, il n’y avait pas de lumière. On entend quand même comme quelque chose tourne, comme si c’est le ventilateur. On était tous dépassé. Le père de James a voulu prendre le caillou pour casser le cadenas, jai dit que rien. Que nous allons tous à la gendarmerie de Ndoungue », relate notre source.
Les gendarmes arrivés, ont ouvert la porte après avoir cassé le cadenas. C’est un spectacle insoutenable qui s’est livré à eux. «Elle était nue, avec un caleçon sur une cuisse. Elle était positionnée comme si elle avait les rapports sexuels. On sentait qu’on l’avait couvert avec un drap, mais le ventilateur a retiré le drap, qui couvrait maintenant seulement ses pieds. Elle avait toute la langue dehors, de côté », décrit la bailleresse. Lors de ce constat tragique, alors que les réflexions fusent, le prétendu beau-père de Carine disparaît. James quant à lui a eu une attitude assez intrigante depuis le 1er janvier, jour où Carine a été vue pour la dernière en vie quoique très souffrante.
Alors que ça n’allait pas chez Carine, le 1er janvier 2025, les bailleurs ont exigé qu’elle soit conduite à l’hôpital. L’état de Carine était si critique que la bailleresse a insisté sur le fait qu’elle ne voulait pas la « malchance » chez elle. Mais lorsque James s’apprêtait pour disait-il aller à l’hôpital, Carine a fait une révélation troublante à sa bailleresse. « James ne m’amène pas à l’hôpital, il n’a pas cinq francs où il est là. Il m’amène à l’Americaine pour le travail (lieu de prostitution).» Face à cette déclaration d’une personne très malade, la bailleresse n’a fait que conseiller à la locataire de prendre sa santé au sérieux. Ce soir-là, elle pensait que Carine s’est rendue à l’hôpital avec James, mais un détail lui a échappé. «C’est vrai que c’est maintenant que je me rappelle, ce jour je n’ai pas vu Carine sortir. J’ai seulement vu son gars fermer la barrière, je me suis dit qu’elle est déjà en haut, elle l’attend là-bas », révèle-t-elle. Cette même nuit, le jeune homme de 29 ans affiche une attitude curieuse lorsqu’il revient dans la concession. Il déclare dans un premier temps au bailleur que Carine a été interpellée suite à une plainte déposée par son ancienne belle-famille, mais lorsque le bailleur et son épouse expriment leur intention d’aller lui rendre visite, il prétend qu’elle a été libérée finalement sous l’impulsion de son ex compagnon et conduite chez un tradi-praticien. Des incohérences difficiles à cerner.
S’agissant de l’état de la défunte Carine, est-ce un rapport sexuel au cours duquel elle a succombé au regard de son état de santé alarmant ? Y-a-t-il eu meurtre vu les signes d’étranglement ? Ce sont des questions qui se posent dans le quartier. Entre temps, James n’est plus jamais revenu dans la chambre qu’il partageait avec Carine, certains voisins disent pourtant l’avoir vu dans les parages ces derniers jours.
Que va-t-il donc se passer surtout que Carine venait de Buea et n’avait pas de famille à Douala, l’enquête va-t-elle se poursuivre? Difficile à dire. D’après les révélations de la défunte à l’épouse du bailleur avant sa mort, c’est elle qui payait le loyer et James vivait sous son budget. Etait-ce du proxénétisme? Personne ne le sait. Carine laisse un enfant qu’elle a eu d’une précédente relation.
Elle est le 2e cas de féminicide présumé enregistré par notre rédaction en ce début de 2025 au Cameroun.
Chanelle NDENGBE
