Au quartier Messebe, près de Nkolbisson à Yaoundé, le domicile de Kevine est devenu, malgré lui, un lieu de curiosité morbide.
Cette femme, qui a ôté la vie à ses trois enfants le 16 février 2026 avant de se donner la mort, laisse derrière elle un quartier sous le choc. Journalistes et visiteurs s’y succèdent, cherchant des explications plausibles à un drame qui continue de bouleverser l’opinion. Pourtant, dans la cour, le calme ambiant raconte une toute autre histoire. Un sèche-linge sur lequel pendent encore de petites chaussettes d’enfants donne l’illusion douloureuse d’une absence provisoire, comme si ces jeunes vies n’étaient que momentanément éloignées du foyer.
L’aîné, Bordeau, âgé de six ans et élève en classe de SIL, a perdu la vie ce sombre après-midi du 16 février. Sa sœur Eden, quatre ans, inscrite en grande section de maternelle, ainsi que leur cadette d’à peine un an, ont connu le même sort tragique. Pour les voisins, évoquer cette tragédie demeure une épreuve. Les récits se brisent souvent sous le poids de l’émotion, tant les faits semblent dépasser l’entendement.
Selon les informations recueillies sur le terrain, Kevine vivait en couple avec un homme d’affaires connu sous le pseudonyme de «Papa Chinois ». Traducteur sollicité par des opérateurs économiques chinois, il voyageait fréquemment pour ses activités commerciales. Kevine, de son côté, était femme au foyer tout en gérant un bar et une boutique de chaussures. Pour l’entourage, le foyer renvoyait l’image d’un couple discret et sans conflit apparent. Les disputes éclatantes étaient rares et, à première vue, rien ne laissait présager une issue aussi fatale.
Toutefois, derrière cette façade, Kevine aurait confié à quelques proches les difficultés de son ménage. Une amie du quartier évoque des plaintes récurrentes liées à l’infidélité présumée de son conjoint. Une voisine affirme, pour sa part, qu’elle semblait moralement éprouvée. Des témoignages non officiellement établis font également état de menaces verbales antérieures. Ces éléments soulignent surtout un climat conjugal dégradé, sans toutefois expliquer l’irréparable.
Des vies fauchées, des fissures invisibles, de la Saint-Valentin au drame
Selon des sources concordantes rencontrées sur le terrain, les tensions auraient atteint leur paroxysme le 15 février.
La veille, jour de la Saint-Valentin, le conjoint aurait passé la nuit hors du domicile. À son retour, une altercation aurait éclaté, marquée par le silence de l’un et la colère de l’autre. Le 16 février au matin, alors que Kevine attend toujours des explications, son conjoint annonce son départ pour la Chine et s’en va sans un regard en arrière. Kevine accuse le coup, mais va tout de même déposer Bordeau et Eden à l’école. Marie, la vendeuse de friandises à l’entrée de l’établissement, s’en souvient :
« Elle m’a saluée avec un grand sourire et a pris des nouvelles de mes enfants. Je n’ai rien perçu d’anormal. » .
Aux environs de 14h, Kevine récupère ses enfants. Une fois à la maison, elle fait disjoncter le compteur d’électricité, empoisonne leur goûter, en consomme elle-même, puis ferme minutieusement toutes les issues avant de s’entailler les veines du cou et du poignet. C’est une belle-sœur, alertée par les confidences matinales de la jeune femme, qui fera enfoncer la porte.
Elle découvrira les trois enfants agonisants aux côtés de leur mère. Tandis que la foule s’amasse et que certains filment la scène, Kevine, perdant son sang, livre ses derniers mots sous les huées d’une foule incrédule. Elle égrène ses souffrances : délaissement, faim, dettes… sans pour autant convaincre son auditoire.
Un pays en quête de réponses
À l’arrivée des secours, le décès de la mère et des trois enfants est constaté. Alors que les corps reposent à la morgue, le Cameroun s’interroge.
« Elle ne devait pas faire ça, c’est quoi le mariage pour qu’on tue des enfants à cause de cela ? » s’insurge Célestin, un résident.
« Ce qu’elle a fait ne se justifie pas, mais peut-être que son mari a aussi exagéré », tempère Pulchérie.
Alors que les forces de sécurité enquêtent, le conjoint de Kevine reste, à ce jour, introuvable.
John Matou
