Outre les défis liés à la conjoncture économique, les parents doivent désormais composer avec le défi sécuritaire, accentué par les violences scolaires et les enlèvements.
L’allure pressée et le visage serré, Mme Mbida est venue inscrire sa fille, admise en classe de seconde C, dans un collège réputé de l’arrondissement de Yaoundé 7. Comme beaucoup de parents dans sa situation, elle attend l’arrivée de la principale de l’établissement scolaire pour espérer avoir l’autorisation d’inscrire son unique fille, âgée de 13 ans seulement. « J’espère qu’on va l’accepter ici », nous confie-t-elle avant de justifier son choix : « Là où elle était avant, on enseigne bien, mais avec tout ce qui se passe dehors, je préfère qu’elle vienne ici pour pouvoir rentrer avec ses cousins qui fréquentent cet établissement depuis des années. », nous a-t-elle confié il y a quelques jours.
Pour cette mère d’une quarantaine d’années, le choix du collège ne dépend donc plus seulement de la qualité de l’enseignement, mais aussi de la sécurité de son enfant. Elle précise d’ailleurs que le précédent établissement de sa fille était irréprochable sur le plan de l’encadrement, celle-ci y ayant décroché son Brevet d’études du premier cycle avec la mention « Très bien ». Seulement, le collège est éloigné du domicile familial et la crainte d’un éventuel kidnapping l’a décidée à aller voir ailleurs.
À quelques kilomètres de là, dans un établissement d’enseignement secondaire privé du même arrondissement, une autre parente d’élève, Mme Ghislaine O., est assise devant le portail, l’air désemparé. Le dossier de son fils vient d’être rejeté par la direction.
Dans l’enceinte du complexe, qui regroupe maternelle, primaire et secondaire, la responsable des recrutements s’explique : « Le travail de son enfant n’est pas mauvais, mais sa situation disciplinaire est alarmante. Il y a des blâmes partout dans son carnet. Nous ne pouvons pas l’accepter. » Elle nous expose ensuite l’ensemble des règles adoptées par l’établissement : « Ici, nous sommes très regardants sur la discipline. La tenue comportementale de l’élève est primordiale, car elle garantit la sécurité de ses camarades », argue-t-elle fièrement en brandissant un engagement à signer par les parents et les élèves. Ce document énonce les interdictions strictes, avec une attention particulière portée aux armes blanches et aux stupéfiants.
Rappelons que l’an dernier, plusieurs établissements scolaires de la ville de Yaoundé ont enregistré des cas de consommation de substances illicites et d’agressions au couteau. Une telle insécurité au cœur même du milieu scolaire, couplée à la résurgence des cas d’enlèvement, impose aujourd’hui une vigilance accrue à toute la communauté éducative. Ce qui vient accentuer le casse-tête qu’est le choix d’un bon établissement scolaire pour sa progéniture.
Cette situation d’insécurité a entrainé il y a quelques années des règles strictes comme la fouille systématique des élèves à l’entrée des établissements, mais il a été constaté que certains arrivent encore à passer dans les mailles du filet. Dans d’autres villes, des élèves se sont rendus complices d’enlèvements de leurs camarades, d’où l’inquiétude justifiée des parents.
John Matou
