Depuis la sinistre découverte, le mercredi 2 septembre, d’un immeuble du quartier Essos à Yaoundé ayant abrité un nébuleux réseau présumé de trafic d’enfants, les réseaux sociaux sont en émoi.
Les zones d’ombre entourant la provenance des enfants retrouvés sur place et les intentions réelles des propriétaires des lieux maintiennent en haleine une opinion publique interloquée par les images abondamment relayées.
Au bas de la bâtisse, une foule de curieux venus de plusieurs quartiers de la capitale s’amasse pour vérifier des faits que certains jugent encore difficiles à croire. Des badauds du quartier, témoins du démantèlement du réseau par les forces de l’ordre, s’improvisent informateurs.
Ici, toutes les versions circulent : entre le récit officiel et les scénarios dignes de Nollywood avancés par certains, il est ardu de retracer le véritable film des événements. Au milieu de cette foule, une femme garde les yeux rivés sur l’immeuble. L’air pensif, elle semble perdue au milieu du brouhaha. Abordée, elle révèle sans même nous regarder la raison de sa présence :
« Je suis venue voir si mon fils est ici. On m’a dit que les personnes à la recherche de leurs enfants disparus devaient se rendre sur les lieux… Mon fils a disparu depuis septembre 2025 », confie-t-elle.
Non loin de là, une autre femme, vêtue d’un simple pagne léger, pantoufles aux pieds et cheveux en bataille, explique avoir accouru après avoir vu les images circuler sur Internet. La véhémence avec laquelle elle s’adresse aux policiers laisse entrevoir une ultime lueur d’espoir.
« Je cherche mon enfant, une fille… Elle doit avoir douze ans aujourd’hui. Elle a quitté la maison il y a trois ans », explique-t-elle, avant de monter sur une moto-taxi pour rejoindre le commissariat du 4ᵉ arrondissement, situé à Ekounou.
Selon les forces de l’ordre qui gardent ce que l’opinion qualifie désormais de « maison de l’horreur», c’est là-bas que les victimes ont été conduites.
À l’hôtel de police d’Ekounou, le décor est sensiblement le même. Des hommes et des femmes, installés dans un tournedos en face du bâtiment, attendent anxieusement des nouvelles de leurs proches.
« On nous a dit qu’ils étaient ici, mais d’autres personnes soutiennent qu’ils ont été transférés à la Délégation générale à la Sûreté nationale », s’emporte JP, un père venu spécialement de Douala dans l’espoir de retrouver son fils disparu depuis dix mois.
En attendant une communication officielle des autorités, de nombreux parents désemparés continuent de ronger leur frein devant le commissariat du 4ᵉ arrondissement et la Délégation générale à la Sûreté nationale, espérant que les investigations des forces de l’ordre mettront enfin un terme à des mois, voire des années, d’angoisse et de recherches.
Entre-temps, les enquêtes se poursuivent pour faire toute la lumière sur cette affaire sortie tout droit d’un autre monde.
John Matou
