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DE NOMBREUSES MAMANS NE PARLENT PAS D’HYGIÈNE MENSTRUELLE AVEC LEURS FILLES

Seulement 3 femmes sur 10 abordent le sujet sur la menstruation avec leurs filles et 7 filles sur 10 ont été informées sur la gestion de l’hygiène menstruelle par des amies.

C’est du moins le constat que nous avons fait en interrogeant des femmes et des filles dans les rues de Bépanda, quartier du 5ème arrondissement de la ville de Douala.

Les règles sont toujours mal comprises et parler avec les enfants de la santé menstruelle demeure un tabou.

«J’ai le temps de parler des règles à ma filles?», lance dame Brigitte âgée d’une quarantaine d’années. Elle ne parle jamais des règles avec sa fille de 18 ans. Selon cette femme, les priorités sont ailleurs surtout qu’elle-même n’a reçu aucune éducation sur la santé menstruelle ni à l’école, ni de ses parents. «Vraiment, mon temps c’est pour chercher comment les nourrir et les envoyer à l’école. Si tu commences à lui demander des choses comme ça, cela veut dire que tu dois aussi lui donner les garnitures tous les mois. Non ! Qu’elle se débrouille comme elle peut ce n’est pas une maladie», lance la dame.

Comme cette dernière, Bernadette Moffo pense que les amies éduquent mieux les filles sur l’hygiène menstruelle. «Les filles préfèrent parler des choses pareilles entre elles. Je ne parle pas des règles avec mes filles, mais je les ai souvent surprises en train de parler lorsque leurs camarades arrivent à la maison. Du coup je pense qu’elles se sentent plus à l’aise avec les filles de leurs âges», affirme Bernadette.

Pour d’autres femmes, tout part de la genèses. Si elles ont pu traverser leur période de jeune fille sans aucune éducation, il n’y a pas lieu de s’inquiéter surtout qu’à l’école on en parle. «Quand je voyais mes règles j’avais peur de passer à côté des gens parce que je ne savais même pas ce que c’est. Je fuyais l’école. Donc elles ont même la chance qu’on leur parle de cela à l’école», indique une autre femme.

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HYGIÈNE MENSTRUELLE : UNE EDUCATION MITIGÉE

Alors que certaines mamans n’ont pas le temps ou ne se sentent pas confortables de parler de l’hygiène menstruelle avec leurs filles, d’autres le font, mais avec beaucoup de légèreté. «Ma fille a 14 ans, elle a eu ses premières règles en décembre presqu’au même moment que mois, mais depuis on en a plus parlé, elle ne me demande pas les garnitures. S’il te plait permet que je l’appelle pour savoir », demande Egwige Mbou. Elle vient de se rendre compte de son manque d’intérêt pour les menstruations de sa fille. Cette jeune dame de 37 ans, après avoir eu une conversation avec sa fille nous fait savoir que les règles de cette dernière ont été interrompues il y a 5 mois, mais elle l’ignorait.

Parlant des filles, nombreuses sont celles qui disent ne pas avoir le courage d’en parler à leur maman encore moins à leur papa. « Avec mes parents je ne parle pas de mon intimité. Quand j’ai eu mes premières règles, je n’ai rien dit à ma mère et elle ne m’a jamais rien demandé. J’ai commencé à couper mes habits pour me protéger. Et après dans mon argent de beignet j’économisais pour m’acheter des garnitures et c’est ce que je fais jusqu’à présent» nous confie Manuela 20 ans.

«Moi par contre j’aurais bien voulu partagé ces moments avec l’un de mes parents, mais ma maman n’est pas là et je vis seule avec mon père. Je vais lui dire ça comment ? La honte va me finir. Pourtant avec une autre femme comme moi ça aurait été facile», revèle Sandra toute souriante. Cette dernière est d’une famille monoparentale, élevée par son papa.

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LA PRÉCARITÉ ET USAGE DE PROTECTION DE FORTUNE

De nos jours on trouve encore des femmes qui utilisent des morceaux de tissus pas très appropriés pour se protéger pendant la période des menstruations. Elles évoquent le manque de moyens financiers. «Ce n’est pas possible pour moi d’acheter les garnitures dans les espaces commerciaux. Je n’ai pas d’argent pour cela. Comme ma mère m’a appris, je coupe les morceaux de tissus pour me protéger et après je lave» nous dit Gladys. Une pratique pas très appropriée surtout lorsque l’on sait que ces moyens de protections réutilisables peuvent causer des infections quand ils sont mal entretenus.

D’après l’UNICEF, en Afrique, 66% des filles ne disposent pas d’une bonne information sur la menstruation avant d’être confrontée à leurs premières règles et une fille sur 10 s’absente régulièrement à l’école pendant cette période.

Rachèle KANOU

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