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UTA BELLA : LA PREMIERE DIVA DE LA MUSIQUE CAMEROUNAISE

Bien avant l’avènement des grandes vedettes africaines contemporaines, une voix féminine venue des profondeurs de la forêt équatoriale faisait déjà danser l’Afrique et rayonner le Cameroun sur les scènes internationales ; cette voix, était celle d’Uta Bella.

Elle est l’une des premières grandes divas de la musique camerounaise, une artiste dont le talent a marqué toute une époque mais dont la mémoire semble aujourd’hui s’effacer peu à peu.

Née dans un village situé aux environs de Sangmélima, au sud du Cameroun, au sein d’une famille de cultivateurs, Uta Bella découvre très tôt sa passion pour la musique. À cinq ans à peine, elle chante déjà dans les groupes traditionnels de son village et participe aux danses communautaires qui rythment la vie locale. Sans le savoir, elle pose alors les premières pierres d’une carrière exceptionnelle.

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Après l’obtention de son certificat d’études primaires, la jeune fille décide de quitter son terroir pour tenter sa chance en ville. Comme beaucoup de jeunes de sa génération, elle rejoint Yaoundé avec l’espoir de construire un avenir meilleur. La capitale lui offre rapidement une première opportunité : elle intègre un orchestre local où sa voix ne tarde pas à attirer l’attention. Son talent est tel que certains professionnels lui conseillent d’enregistrer un disque en France, alors considérée comme le centre névralgique de l’industrie musicale francophone. Mais un obstacle se dresse sur sa route : elle est encore mineure et ne peut voyager seule. Loin de se décourager, elle profite de cette attente forcée pour perfectionner son art et mûrir son projet artistique.

Lorsqu’elle débarque finalement à Paris en 1968, elle ne connaît pratiquement personne. Son arrivée ressemble à un saut dans l’inconnu. À peine sortie de l’aéroport, elle monte dans un taxi et demande simplement au chauffeur de lui trouver un hôtel où passer la nuit. Commence alors une période de persévérance et de débrouillardise. Uta Bella écume les cabarets, les clubs et les salles de spectacle à la recherche d’un producteur prêt à croire en elle. La chance finit par lui sourire lorsqu’elle est repérée lors d’une prestation parisienne.

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Quelques mois plus tard, paraît son premier disque : Monboulaé. Le succès est immédiat

Dans cette chanson devenue emblématique, Uta Bella célèbre l’amour sincère et la fidélité des sentiments. À contre-courant des logiques matérielles, elle y raconte le choix du cœur plutôt que celui de l’argent. Le public adhère instantanément à ce message universel porté par une voix chaleureuse et profondément africaine. Monboulaé propulse son interprète parmi les grandes révélations de la musique africaine des années 1960. Son nom commence à circuler bien au-delà des frontières camerounaises.

En février 1969, elle franchit un nouveau cap lorsqu’elle interprète magistralement ce titre dans l’émission Pulsations diffusée sur l’ORTF et animée par le célèbre musicien Manu Dibango. Cette apparition télévisée lui offre une visibilité exceptionnelle et contribue à faire connaître la musique camerounaise auprès d’un large public francophone. Durant les années qui suivent, Uta Bella enchaîne les succès et s’impose comme l’une des grandes voix féminines du continent. Son répertoire puise dans les traditions musicales du Sud-Cameroun tout en intégrant des sonorités modernes inspirées de l’afro-funk, de la soul et des musiques urbaines de son époque. Elle réussit un équilibre rare : préserver l’âme des rythmes ancestraux tout en les inscrivant dans la modernité.

Des titres comme Metek, Awoé ou encore Nassa Nassa deviennent incontournables. Cette dernière chanson demeure aujourd’hui encore l’un des morceaux camerounais les plus diffusés à travers le monde. Au-delà de ses qualités vocales, Uta Bella se distingue par la profondeur de ses textes. Elle chante l’amour, la joie et l’espoir, mais délivre également des messages de sagesse et de réflexion. Dans Metek, par exemple, elle invite chacun à cultiver l’humilité face au caractère éphémère de l’existence. Pour elle, la quête du bonheur passe moins par l’accumulation des biens matériels que par la paix intérieure et le respect des autres.

Son immense popularité lui vaut d’être régulièrement invitée lors des grandes cérémonies officielles du Cameroun. Sous la présidence d’Ahmadou Ahidjo, elle participe à plusieurs célébrations nationales et devient l’une des artistes les plus sollicitées lors des grands rendez-vous de l’État. Mais comme beaucoup d’artistes influents, elle se retrouve aussi au croisement de la culture et de la politique.

Au début des années 1980, alors que le Cameroun entre dans une nouvelle ère avec l’arrivée au pouvoir du président Paul Biya, Uta Bella compose Bikoko bi rigueur. Le titre, dont le sens littéral est « Les champignons de la rigueur », est perçu par certains comme un soutien au nouveau mot d’ordre politique de l’époque : « rigueur et moralisation ». Cette prise de position supposée suscite des controverses et lui attire de vives critiques. L’artiste affirmera plus tard avoir été victime d’une violente agression en France à la suite de cette chanson. Gravement blessée, elle est hospitalisée puis opérée. Marquée par cette épreuve, elle décide quelque temps plus tard de retourner au Cameroun avant de revenir s’installer en France. Malgré sa notoriété, la réussite financière n’est pas au rendez-vous.

Passionnée par la promotion de la culture africaine, Uta Bella investit massivement dans la production musicale. Elle crée l’Association Intégration et Cultures d’Expression Française (AICEF) et fonde sa propre structure de production, Balafon, à proximité des Champs-Élysées à Paris. Mais cette générosité lui coûte cher. Au fil des années, elle produit de nombreux artistes, parfois sans retour sur investissement. Elle confiera avoir perdu une grande partie de ses ressources en faisant confiance à des collaborateurs peu scrupuleux et à des personnes qui ont abusé de sa bienveillance.

Mère de deux garçons, elle nourrit longtemps le rêve de rentrer définitivement au Cameroun, le pays qui a inspiré toute son œuvre. Mais ce retour tant espéré ne se concrétisera jamais vraiment.

Le 21 janvier 2021, Uta Bella s’éteint à l’hôpital de Saint-Gaudens, dans le sud de la France. Celle qui fut l’une des premières stars internationales de la musique camerounaise disparaît dans une relative discrétion. Son décès passe presque inaperçu dans son pays natal, loin de l’immense popularité qu’elle avait connue durant ses années de gloire.

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Pourtant, son héritage demeure considérable

Avant les grandes figures féminines qui ont marqué les décennies suivantes, Uta Bella a ouvert la voie. Elle a démontré qu’une jeune fille venue d’un village du Sud-Cameroun pouvait conquérir les scènes internationales, imposer sa voix dans un univers largement masculin et faire rayonner la culture camerounaise bien au-delà de ses frontières.

Son nom mérite aujourd’hui de retrouver la place qui lui revient dans la mémoire culturelle africaine : celle d’une pionnière, d’une bâtisseuse et de l’une des plus grandes voix de l’histoire de la musique camerounaise.

L’oubli est la ruse du diable !

Arol KETCH

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