Le feu a ravagé une quinzaine de boutiques dans ce marché populaire de Douala, créant des millions de perte en plein début de la rentrée-scolaire.
Les mains au-dessus de la tête ou sur les joues, les bras croisés et le visage crispé, les larmes dans les yeux en face de ce qui reste des boutiques parties en fumées. C’est dans ces positions que nous trouvons les femmes au marché Mboppi, précisément au lieu-dit Esplanade où un incendie s’est déclenché dans l’après-midi du dimanche 15 septembre et a persisté jusqu’aux aurores du lundi 16 septembre, un sinistre qui dépouille commerçantes et commerçants.

Charline perd 10 millions dans sa boutique d’outils de décoration
Il est 9h sur le lieu du sinistre et les flammes s’observent toujours. A côté des sapeurs-pompiers et gendarmes qui interviennent, des riverains s’arment de seaux d’eau pour éteindre les flammes qui persistent dans les boutiques, dans l’espoir d’en sortir quelque chose de récupérable. Une parmi les sinistrées ne ressent pas la force de se livrer au même exercice pour sa boutique. La possibilité n’y est même pas, visiblement il ne reste plus rien des prestigieux outils de décoration que contenait son espace. Son choc est énorme pour avoir perdu plus de 10 000 000 FCFA. «Je suis Charline, hier autour de 12h30, je reçois un coup de fil et la personne me dit que le marché a brûlé. Le temps que j’arrive, il n’y avait plus rien à récupérer… ma marchandise brûlée valait 10 000 000fcfa et j’avais 350 000fcfa en espèce dans la boutique », raconte la quadragénaire chez qui de nombreuses personnes trouvaient leur compte pour les décors dans l’évènementiel.
L’incendie s’est déclenché aux environs de midi dimanche, il proviendrait d’une boutique de pagne appartenant à un monsieur de nationalité nigériane qui aurait fait appel à un soudeur pour un travail. « Ce qui s’est passé c’est qu’un commerçant nigérian ici a fait venir un soudeur pour travailler dans sa boutique. Les étincelles ont jailli et ont pris la boutique d’à côté qui contenait beaucoup d’objets inflammables, mèches, cahiers, lait de beauté… », indique Sandrine, une commerçante non sinistrée, mais témoin de l’incendie. L’incendie s’est propagé très rapidement. L’arrivée des sapeurs-pompiers aux environs de 14h selon des sources sur le terrain n’a pas empêché cette propagation. A cause de la fermeture de certaines entrées du marché le dimanche, les soldats du feu n’ont pas pu déployer leur équipement pour rapidement maîtriser le feu. Les boutiques même lointaines des étincelles en ont payé les frais. Un des soldats de feu a évoqué à 9h, 12 boutiques touchées, mais en insistant que le chiffre pouvait ne pas être définitif, étant donné que les boutiques sont collées les unes aux autres. Un peu plus tard, effectivement, c’est le chiffre de 15 boutiques que nous suivons. Des boutiques de mèches, pagnes, fournitures scolaires, denrées alimentaires, produits de beauté, produits pour bébés etc. La désolation est énorme, les sinistrées sont si désespérées que plusieurs refusent de s’exprimer et préfèrent parler loin des caméras, et plusieurs dont les boutiques n’ont pas pris feu se trouvent également coincés.
Des dommages collatéraux
La destruction de plusieurs locaux est annoncée pour reconstruire de façon à prévenir les incendies. Plusieurs croyant être sauvés de justesse se retrouvent ainsi dans une situation compliquée. Laurentine est de ceux-là, même si sa marchandise est saine et sauve, elle pleure son local, et a peur de se retrouver à louer ou acheter un autre. «On ne sait pas comment ça va se passer. Ils nous disent maintenant qu’on va tout casser et reconstruire. Nous sommes coincés », argue la commerçante.

Coup de gueule de la présidente du syndicat des commerçants du marché Mboppi
La situation est assez critique pour les sinistrées puisqu’elles ne sont pas assurées. C’est ce que laisse entendre la cheffe du syndicat des commerçants de ce marché, qui exprime par la même occasion son mécontentement. C’est en colère que dame Alice Maguedjio, présidente du syndicat des commerçants du marché Mboppi déplore la situation. « … Il n’y aura pas de dédommagement puisque personne ne peut assurer un risque certain, parce le marché c’est une poudrière, un risque certain », décrie la syndicaliste. «Aujourd’hui, nous sommes en droit de dire qu’ils sont complices. Comment comprendre qu’on dise aux autorités que le malin a frappé ? … Comment comprendre que les incendies surviennent toujours le dimanche ? Vous constatez qu’il n’y a aucune lampe publique, quand bien-même les fils électriques ne seraient pas endommagés, il n’aurait pas de lampe publique. Et on dit qu’on est le plus grand marché de la sous-région. On a installé les boutiques sur le seul endroit de respiration. Il y a certaines boutiques qu’on dit même être sur des bouches d’incendies, mais, il n’y a pas d’eau », ajoute dame Maguedjio.
Les sinistrés meurtris appellent à l’aide du gouvernement. « Tout ce que nous demandons, c’est l’intervention du gouvernement. Si nous pouvons être dédommagés, parce que ça ne va pas », implore Charline. « Ça ne va vraiment pas, que ce gouvernement jette le regard sur nous », supplie un homme propriétaire avec son épouse d’une boutique brulée.
Les incendies dans les grands marchés du Cameroun sont devenus courants, particulièrement à Douala, les populations déplorent que des solutions efficaces ne soient pas implémentées pour éviter d’autres sinistres similaires, afin d’épargner les commerçants et les ménages de tant de peine.
Chanelle NDENGBE
