L’affaire des triplés nés prématurés à l’hôpital de district de Logbaba dans la ville de Douala et installés dans un carton faute d’infrastructures appropriées pour leur prise en charge, se poursuit avec la garde-à-vue des membres de la famille endeuillée.
C’était la première grossesse du couple Maeva et Gérard, ils vont certainement en garder des souvenirs tristes. Après avoir perdu leurs bébés dans des conditions déplorables, plusieurs membres de leur famille sont encore en garde à vue à la brigade de gendarmerie de Ndogbong dans la ville de Douala. Ils sont en tout 6 dont 4 hommes et 2 femmes des frères et sœurs du couple, arrivés hier 23 janvier 2025 à l’hôpital de district de Logbaba pour prendre des nouvelles de la maman des défunts triplés après le choc vécu par elle. C’est donc à ce moment qu’il a été reproché au corps médical des actes de négligence, car pendant que Maeva Nguenga, 24 ans était en travail, certains personnels du corps médical « faisaient des TikTok », nous dit une source familiale. Selon la même source, plusieurs étaient concentrés sur leur téléphone ou s’activaient à autre chose. C’est ainsi qu’a éclaté une altercation avec la famille, les professionnels de la santé et l’agent de sécurité présent au moment des faits. Ledit agent de sécurité serait blessé et aurait été admis au bloc opératoire selon des membres du corps médical, une version que réfute la famille qui dit détenir les vidéos de l’accrochage.
Pour remonter au cœur du débat, l’histoire commence au petit matin du 23 janvier 2025 aux environs de 3h. Selon un membre de la famille avec lequel nous nous sommes entretenus, tout en nous référant au carnet dont nous avons copie, Maéva suivait ses visites dans ce même centre hospitalier depuis bientôt 7 mois. Lorsque sont arrivées les contractions, elle s’est naturellement rendue à l’hôpital de district de Logbaba où elle pensait être en sécurité. Mais entre 3 heures et 9heures, rien n’a été fait. Il lui a été demandé d’attendre l’arrivée de la gynécologue. C’est donc vers 10h que celle-ci s’est présentée, a posé des questions avant de se retirer. Selon notre source familiale, personne ne s’occupait de la parturiente, le personnel médical était pour la plupart concentré à regarder chacun son téléphone. C’est en ce moment qu’est arrivée la tête du premier bébé, réveillant ainsi la prise en charge qui semblait agoniser. Lorsque les bébés sont nés, il a été demandé à la famille de chercher un carton. Dans ledit carton, les enfants ont été installés sans vêtement et couverts d’un pagne. Les parents ont ensuite été référés à l’hôpital Laquintinie, ils ont emprunté un taxi pour y aller. En y arrivant l’un des nouveau-nés était déjà décédé et les autres l’ont suivi dans les minutes d’après, selon le récit de notre source. Une situation scandaleuse à laquelle plusieurs questions n’ont pas de réponse.
Mais d’après le communiqué de l’hôpital de district de Logbaba,
«Une patiente de 25 ans, enceinte de triplets, a été admise pour une suspicion de perte des eaux. Après des examens cliniques et échographiques, un avortement inévitable a été diagnostiqué en raison de la précocité de la grossesse. Dans l’urgence, les fœtus ont été transférés à l’Hôpital Laquintinie, un centre spécialisé en néonatologie. Cependant, malgré tous les efforts déployés :
-Un des trois fœtus est décédé durant le transfert.
-Les deux autres ont succombé quelques heures après leur admission en néonatologie. ».
Toujours selon ce communiqué, toutes les mesures ont été prises par la corps médical pour sauver les bébés mais ils n’ont pu survivre.
«Toutes les démarches médicales nécessaires ont été entreprises conformément aux protocoles. Des moyens spécifiques, comme l’utilisation de bouilloires pour maintenir la température des fœtus durant le transfert, ont été mobilisés pour maximiser leurs chances de survie. En dépit de ces efforts, l’issue tragique était inévitable. »,
renseigne le communiqué de l’hôpital. D’ailleurs selon le top management les cartons sont une vieille méthode de rattrapage utilisée dans les zones reculées de l’Europe selon le Dr Ngnegeu Plong Gaël, le directeur de l’hôpital de district de Logbaba. Il reconnaît tout de même qu’il faut renforcer l’infrastructure hospitalière, même s’il déclare que l’hôpital dont il a la charge est doté de 3 couveuses. A la question de savoir pourquoi un véhicule médicalisé n’a pas été mis à la disposition de la maman et ses bébés prématurés ? Aucune réponse. Pourquoi aucun membre du corps médical n’a accompagné les triplés ? aucune réponse non plus.
En attendant, les 6 membres de la famille des bébés prématurés morts faute d’infrastructures appropriées attendent d’en savoir plus sur leur sort.
Clarence YONGO
