Alors que l’année 2025 arrive à grands pas avec la campagne présidentielle au Cameroun, ses soubresauts et ses multiples péripéties pour les femmes, il nous vient à présent le moment de parcourir avec vous les grands moments des 12 mois écoulés.
Au cours de l’année dernière, nous avons travaillé sur divers sujets concernant les femmes sur le plan social, dans la sphère du pouvoir, dans le domaine économique et artistique. Dans ce bilan de l’année 2024, nous ferons un récapitulatif des cas de féminicides au Cameroun, nous dresserons l’inventaire de la gent féminine dans les cercles de décision, mais aussi nous porterons le regard mélioratif posé sur les femmes artistes.

La toile lugubre des féminicides !
Commençons par le tableau sombre dressé par les féminicides sur lesquels nous travaillons depuis maintenant 5 ans. Le bilan obscur après collecte, traitement et publication fait état de 76 féminicides documentés par Griote au cours de l’année 2024. Nos enquêtes sur le terrain de ces meurtres ont été classifiés par notre rédaction en crimes conjugaux (les plus nombreux), crimes d’insécurité, matricides, fratricides). Dans cette classification, il est important de mettre de l’emphase sur un aspect, celui des crimes commandités par les compagnes/ épouses, pour mettre fin à la vie des amantes/ maîtresses de leur époux/compagnon.
Le bal mortuaire des meurtres des femmes du fait de leur genre s’est ouvert le 13 janvier 2024 avec l’affaire Ngah Cecile Owona, tuée par son compagnon au quartier Ekounou à Yaoundé parce qu’elle refusait de céder la propriété de sa boutique à ce dernier. Une sombre histoire qui rappelle également celle qui a fermé l’année le 27 décembre, celle de la jeune Rahilou, 26 ans, tuée et dépecée par son époux ivre alors qu’elle était mariée depuis seulement 8 mois. Mais loin d’être le comble de l’horreur, le cas qui nous aura profondément marqués au fer rouge est celui d’Alida Marceline, morte brûlée par son concubin emportant par la même main funeste 3 victimes collatérales. La jeune femme de 21 ans, orpheline, avait tenté de fuir son bourreau, était rentrée chez son oncle au village mais contre toute attente, elle avait été rejetée par ce membre de sa famille comme une vulgaire malpropre. Obligée de rebrousser chemin, elle avait trouvé refuge chez des voisins au quartier Cité-Sic à Douala. Le 09 juin 2024, l’homme qui avait déclaré qu’il la ferait disparaitre a mis ses menaces à exécution, en incendiant le studio des voisins qui avaient accueilli sa proie, tuant par la même occasion 4 personnes dont Alida, le bébé du couple hôte, la nièce dudit couple et le chef de famille qui avait succombé à ses blessures plus tard à l’hôpital. Alida avait pourtant déposé plusieurs plaintes contre son bourreau, mais aucune réponse efficace ne lui avait été donnée.
Au vu de ce gouffre ténébreux, des éléments récurrents ressortent de nos travaux. Dans cette constance, l’on répertorie que les auteurs de ces meurtres sont pour la plupart des consommateurs de stupéfiants, qui misent sur la prise des drogues pour entraver ce qui leur reste comme lucidité. L’autre élément commun aux féminicides est le complexe de supériorité souvent manifesté par les hommes qui pensent avoir le pouvoir de vie ou de mort sur les femmes, l’absence de refuge pour les victimes qui dissuade les femmes de quitter leur foyer, mais nous ne pouvons ignorer la corruption des forces de l’ordre et la lenteur du système judicaire. C’est ici le moment de rappeler qu’à travers le monde 85 000 femmes ont été tuées de façon intentionnelle en 2023 avec 40% de cas signalés à la police sans réponse efficace. Des données d’ONU-Femmes qui appellent à une riposte efficace à travers la planète du fait de cette gangrène qui décime les femmes.

La récurrence des enlèvements des filles et des enfants, ajouté aux intoxications alimentaires
Toujours dans la cartographie non séduisante de l’année 2024 s’inscrivent les enlèvements répétés des jeunes filles et des enfants. Qu’il s’agisse des kidnappings sur le chemin de l’école, en route pour l’université, dans les taxis ou en motos-taxis, la situation est alarmante. Plusieurs élèves et étudiantes ont ainsi été enlevés et retrouvés morts, les plus chanceux ayant été découverts dans des situations affligeantes. Une situation qui crée la psychose au sein de la population jeune dans un environnement où les chiffres des disparitions de personnes appellent à la réflexion.
Enfin, la partie triste de ce bilan ne peut se refermer sans un diaporama sur les intoxications alimentaires au Cameroun. Hormis le plantain muri de façon accéléré au formol ou encore la viande conservée selon des méthodes aussi douteuses que toxiques, le poison se balade désormais dans les assiettes à travers ce que mangent les populations camerounaises. Des familles entières ont été décimées de façon accidentelle à cause des repas consommés et ce sont 23 personnes qui ont ainsi péri entre juin et octobre 2024. Une situation qui suscite pour le moins des interrogations et qui devrait amener les pouvoirs publics à se pencher sur la sécurité alimentaire des populations, afin qu’elles aient un regard positif sur leur place au sein de la société.

Les femmes ont étincelé les cercles des décisions … et l’art
Après le tableau de l’horreur, l’on peut tout de même se réjouir de la rationalité positive qui se dresse à l’horizon s’agissant de l’évolution de la place de la place que les femmes se sont arrogées cette année 2024.
L’on pourrait peut-être commencer par citer la Namibie qui connait pour la première fois de son histoire une femme à la tête de la magistrature suprême. Le nom de Netumbo Nandi-Ndaitwah résonne donc désormais aux côtés de Samia Suhulu la Cheffe de l’Etat Tanzanien dont les prouesses de gouvernance sont appréciées par ses populations. Elle a d’ailleurs inauguré au mois d’août un chemin de fer électrifié à écartement standard entre Dar es Salam et Dodoma. Si l’on cite Samia Suhulu, Netumbo Nandi, Cela fait en tout trois femmes à la tête des Etats africains dont Sahle-Work Zewde de l’Ethiopie.
Dans cette reconnaissance féminine, l’on ne saurait ne pas citer la première africaine à occuper le poste de secrétaire général du Commonwealth. L’arrivée de la Ghanéenne Shirley Botchwey est un souffle plein d’espoir pour les jeunes femmes aux rangs desquelles Aghaichata Guichene Atta la plus jeune ministre nigérienne ou encore Lesogo Chombo l’ancienne reine de beauté botswanaise devenue ministre, comme quoi, la place de la femme en société tend à s’améliorer.
Et puisqu’on parle de la beauté, l’art intervient avec la distinction cette année 2024 de plusieurs camerounaises qui nous ont éblouis par leur travail. Stéphanie Tum a remporté le prix du meilleur acteur de l’Afrique centrale à l’académie des Sotigui et la très discrète Françoise Ellong s’en est sortie cette année avec plusieurs prix dont celui de l’amazone du cinéma africain au FIFF, elle a également été inondée de 5 prix au Balafon seven awards.
Toujours dans cet univers du beau et de l’art, l’on a pu encore confirmer l’adage selon lequel la musique adoucit les mœurs. Qui mieux que Sandrine Nnanga aurait pu porter une telle mission, elle qui est voix féminine de l’année au Balafon music Awards. Chanter à la faveur des hommes et chefs de familles responsables et en faire une orientation thématique est en adéquation avec l’ère du temps, malgré la constance de l’irresponsabilité masculine dans notre environnement. Mais à la croisée des chemins et des idées, nous reconnaissons qu’il n’existe pas de comportements singuliers à un genre précis, tout comme la sphère du pouvoir n’est pas uniquement masculine. C’est ici l’occasion de parler de l’intronisation d’une femme dans une chefferie traditionnelle de la région de l’Adamaoua au Cameroun.
Sa Majesté Hassiyatou est depuis le mois de juillet 2024 Djaouro de Selbe Darang, un statut qui n’a pas été facile d’accès car étant une femme dans un environnement misogyne, elle a dû faire face à diverses contestations, mais a tenu ferme. Un moment précis pour botter du pied, l’époque où certains évoquaient l’absence de répartie chez les femmes pour justifier leur éviction des postes de décision. L’on se rend donc compte que les femmes sont dotées des mêmes facultés que les hommes pour gouverner et parfois elles le font même mieux, car les résultats de leur gouvernance parle d’eux-mêmes.
Voilà pour vous dressé le tableau 2024, en 2025, nous souhaitons de nombreuses réussites et une solide candidature féminine à l’élection présidentielle du Cameroun.
Bonne et heureuse année à tous
Clarence YONGO
