Alors que la justice s’est prononcée ce mois d’octobre dans l’affaire Diane Yangwo en condamnant le fugitif Bekobe Eric à 20 ans de prison ferme, l’insatisfaction exprimée par la famille rappelle l’affaire Lydienne Solange Taba.
Les féminicides de Lydienne Solange Taba et Diane Yangwo sont parmi les cas qui ont impulsé la lutte contre les violences à l’égard des femmes au Cameroun ces dernières années. Ces féminicides produits en 2020 et en 2023 ont une histoire quasi similaire, précisément en ce qui concerne leur jugement, la réaction de leurs familles et de l’opinion publique.
Lydienne Solange Taba, enceinte a été abattue par son compagnon sous-préfet, qui écope de 10 ans de prison, la famille n’applaudit pas
Le choc soulevé par le décès tragique de Lydienne Solange Taba a longtemps été exprimé sur la toile. Candidate au BTS, elle avait 23 ans et était enceinte de six semaines lorsqu’elle a été tuée par son petit-ami et auteur de sa grossesse, Frank Derlin Eyono Ebanga, sous-préfet de la Lokoundje, au moment des faits. Une tragédie qui s’est produite dans la nuit du 25 au 26 juillet 2020. Frank Derlin Eyono avait appelé sa petite-amie en urgence après qu’elle ait terminé de composer ses épreuves du BTS. Une fois arrivée chez lui, il l’a abattue avec une arme à feu. Pour se défendre, l’administrateur civil soutenait qu’il nettoyait son arme et que c’est par inadvertance que la balle avait tué sa compagne. Mais la famille de la defunte maintenait qu’il ne voulait pas de l’enfant que Lydienne attendait et l’avait donc convoquée pour lui ôter la vie.
L’affaire portée en justice a connu une série de rebondissements au cours du procès, dont les audiences se tenaient au tribunal militaire d’Ebolowa. Le 6 mars 2024, soit près de quatre ans après l’incident, l’administrateur civil qui avait été démis de ses fonctions de sous-préfet pendant le procès, et condamné à 10 ans de prison ferme avec une amende de 45 millions de francs cfa à verser au trésor public. Un verdict que la famille de la défunte n’a pas acclamé tout comme de nombreux observateurs et des acteurs de la société civile. La famille a contesté cette décision en faisant appel. Et contre toute attente, le condamné a également fait appel pour contester la décision jugée injuste pour lui. Le 31 juillet 2025, la cour d’appel du Sud a confirmé la condamnation de Franck Derlin Eyono Ebanga à 10 ans de prison ferme. Alors que cette affaire n’était pas encore résolue, du moins était en instance, le féminicide de Diane Yangwo, à Douala a fait échos et continue d’en faire suite à une décision de justice récemment rendue.
20 ans prison pour Bekobe Eric, meurtrier de son épouse Diane Yangwo, la famille est insatisfaite
Le 15 octobre 2025, la cour d’appel du Littoral a statué sur l’affaire Diane Yangwo, dont la délibération du jugement au tribunal de grande instance, le 1er avril 2025 avait soulevé un tollé. Ainsi Eric Bekobe Mvondo, époux de la défunte a été reconnu coupable de « coups mortels » sur son épouse. Il passe de 5 ans de prison avec sursis et une amende de 52 000 Franc cfa, au tribunal de grande Instance à 20 ans de prison ferme, à la cour d’appel du Littoral. Si la famille de la défunte se dit consolée par la nouvelle décision de justice, elle déclare ne pas être totalement satisfaite. Elle s’attendait à ce que le meurtrier de leur fille et sœur soit reconnu coupable de son « assassinat», car le ministère public et l’avocate de la famille, Me Charlotte Tchakounte expliquaient aux juges que les faits montrent une intention criminelle car « l’acte était prémédité». Si les faits de « coups mortels » avaient été requalifiés en « assassinat », la famille, les proches de la défunte et l’opinion s’attendaient alors à « la peine de mort avec fusillade sur la place public ». Telle était la sanction requise par le ministère public.
Les acteurs de la société civile, les défenseurs des droits des femmes ont clairement exprimé insatisfaction du verdict d’autant plus que le condamné est en fuite.
Les deux cas, Diane Yangwo et Lydienne Solange soulèvent les mêmes questions. Pourquoi la justice semble être clémente envers les auteurs de féminicides ? Des questions qui activent davantage la lutte contre les violences à l’égard des femmes et contre les féminicides.
Chanelle NDENGBE
