THESE SUR LES CRIMES RITUELS AU CAMEROUN : ENTRETIEN AVEC LE DR FELICITE FOSSI

Une chercheure a décidé de consacrer sa thèse de doctorat sur les crimes rituels au Cameroun, un travail qui analyse les meurtres commis dans trois villes entre 2012 et 2017.

« Les crimes rituels dans la presse quotidienne nationale camerounaise : une étude des stratégies narratives » est le thème de la thèse de doctorat en communication défendue par Félicité Fossi le 15 novembre 2025 à l’université de Douala, thèse sanctionnée par la mention honorable face au jury présidé par le Pr Madiba Oloko. Bien évocateur par son titre, ce travail a conduit Griote à la rencontre de son auteure, afin de connaitre l’analyse menée sur les crimes rituels répertoriés et les conclusions qui s’y dégagent. Le désormais Docteur Felicité Fossi Toukam, ancienne journaliste chez le Messager répond aux questions de Chanelle NDENGBE.

A la lecture du titre de votre thèse, vous parlez des crimes rituels dans la presse nationale camerounaise. Qu’est-ce qui vous a mené à une telle recherche?

C’est la nature de ces crimes produits entre 2012 et 2017. Ce sont des crimes odieux ; voir des personnes tuées, leurs organes enlevés. Mais ce qui m’a davantage interpellée, c’est que les femmes subissaient le plus. Dans la cinquantaine de corps enregistrés, la plupart étaient des femmes et des enfants. Partant de là, je me suis demandé : qu’est ce qui peut vraiment motiver que ce soit les femmes qui sont en majorité victime de ces crimes-là.

Pourquoi mêler presse et crimes rituels ? Est-ce en rapport avec votre passé de journaliste ?

Oui parallèlement à mes fonctions dans l’enseignement, je suis journaliste parce qu’on est journaliste à vie. Etant donné que j’ai côtoyé le milieu de la presse, il fallait questionner le traitement des faits divers par la presse. C’est pour cette raison que mon thème porte sur « les crimes rituels dans la presse quotidienne nationale camerounaise : une étude des stratégies narratives ». Il était question pour moi dire et de voir quelles sont les logiques qui soutenaient le traitement de l’information sur les crimes rituels. Parce que vous êtes sans ignorer que c’est une information qui a fait grand bruit entre les années 2012 et 2017.

Parlant de votre première motivation, le fait que les victimes étaient majoritairement des femmes et les enfants. Quels sont les profils des femmes ?  

Le traitement de cette information par la presse écrite et le profil de femme n’était pas mis en avant. Mais il faut noter que les profils étaient confondus partant des femmes adultes aux jeunes femmes. C’est-à-dire que dans la catégorisation, on avait des mamans d’une cinquantaine d’années. Je pense également à cette femme de 39 ans qui partait à son boulot et qui avait été tuée enceinte. Il y a aussi des petites filles de 5 ans, 6 ans. Donc vraiment c’était tous profils confondus.

Au cours de votre recherche, avez-vous pu déterminer les raisons qui expliquent la concentration de ce type de crime sur les femmes et les enfants?

Dans le cadre de cette étude, je me suis rapprochée des personnes qui ont une certaine expertise dans tout ce qui est occulte ou phénomène paranormal et il est ressorti de là que les femmes sont les victimes majoritaires parce qu’elles sont plus vulnérables. Il est plus facile de s’attaquer à une femme que de s’attaquer à un homme. A côté des femmes, on voit effectivement des enfants qui sont également des personnes fragiles qu’on peut facilement attaquer. C’est la raison qui a été évoquée par ces spécialistes pour expliquer la recrudescence de ce type de crime sur la gent féminine.

Revenons à votre problématique, le traitement de ces crimes par la presse, qu’est-ce qu’il en ressort?

On peut tout simplement dire à ce niveau que les médias étaient dans une forme de suivisme. Parce qu’ils ont très vite dans le traitement de cette information, qualifié ces crimes de «rituels » alors qu’après investigation et de ce qui est revenu dans mes entretiens avec des spécialistes des questions occultes et même de l’analyse des discours autour, tous ces crimes n’étaient pas des crimes rituels. Donc la responsabilité des médias ici c’est qu’en traitant ces crimes de  « crimes rituels », ils étaient en train d’écarter même les enquêteurs de la piste réelle qui aurait pu aider à saisir les commanditaires et connaitre les raisons de ces crimes-là.

Si ces crimes ne révélaient pas de l’occultisme, du moins en majorité, qu’est ce qui à votre avis et selon les conclusions de vos recherches étaient à donc l’origine de ces meurtres avec extractions des yeux, des seins, de cheveux et bien d’autres organes comme souligné dans votre thèse ?

Aujourd’hui il y a également la vente des organes. Il y a le trafic d’organes et ce sont également des pistes qui amènent des personnes à commettre des meurtres et à extirper des organes.

Quelle peut-être la recommandation de la chercheuse à ses confrères de la presse dans le traitement des faits divers ?

Tout d’abord je n’ai pas qualité de dire à la presse de faire ça ou de ne pas faire ça, mais toujours est-il qu’après ce travail, tout ce que je dirais, c’est que la presse doit être plus aiguisée dans son analyse. La presse ne doit pas participer à diffuser la rumeur. Elle doit investiguer pour donner la bonne information au public. Parce que justement, le piège dans lequel la presse est tombée dans le cas de ces meurtres avec prélèvement d’organes, c’est le piège du suivisme. Parce qu’il y a effectivement dans l’imagerie populaire, une fois que les organes sont extraits, il se dit immédiatement que ce sont des crimes rituels. Oh que non, il y a un certain nombre d’éléments, des signes communicationnels qu’il faut observer pour pouvoir dire d’un crime qu’il est un crime rituel.

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!
Top