DÉPRAVATION DU MILIEU SCOLAIRE CAMEROUNAIS : L’ÉTAT AU BANC DES ACCUSÉS

Entre consommation de stupéfiants et pratiques sexuelles en groupe, la jeunesse scolarisée camerounaise est en proie à une immoralité alarmante, les réseaux sociaux venant amplifier le phénomène face à un Etat absent. 

Des images exposant les élèves dans des scènes immondes sont devenues virales ces derniers jours sur les réseaux sociaux. La situation alarmante invite à questionner les formes de répression et interpelle sur les responsabilités.

La ville de Bertoua, chef-lieu de la région de l’Est est le premier terrain qui a connu des dérives scolaires d’ampleur phénoménale. Jeudi, 22 janvier 2026, 24 lycéens de cette ville ont été déférés devant le procureur de la république pour des actes présumés de débauche en groupe. Les lycéens avaient été interpellés suite à la découverte d’un réseau organisé de sexe entre élèves avec usages de codes pour désigner les types de pratiques sexuelles, telles « premier choix » « second choix ». Le lendemain, vendredi 23 janvier, plusieurs autres établissements d’autres régions localités ont à leur tour, fait tristement parler d’eux. Le lycée de Magba, en premier dans le département du Noun, région du soleil couchant, était à la une sur les réseaux sociaux. Une vidéo exposait une apprenante au  nom de Mfouapon Samira en train de fumer de la chicha en toute aisance en pleine salle de classe. Dans la même journée, d’autres vidéos ont été publiées sur les réseaux montrant les élèves du lycée technique de Bonabéri, à Douala, dans la région du Littoral, en train de consommer la boisson alcoolisée El Vino. D’autres images affichant les élèves en train de se livrer au sexe ont également inondé la toile. Un ensemble d’éléments qui dégradent l’image de la jeunesse camerounaise, pourtant considérée comme « fer de lance » de la nation, un état de fait qui donne du fil à retordre aux encadreurs scolaires.

Les enseignants face aux dérives scolaires

Les enseignants à qui nous avons passé notre micro face à cette situation qu’on pourrait qualifier de crise de la jeunesse, ont dit leur exaspération pour ce qui est de l’encadrement des élèves de cette ère. « Il est très difficile pour nous enseignants d’encadrer les apprenants de nos jours dans le climat des dérives sociales observées de plus en plus en milieu scolaire », a indiqué dame Ginette Tchapmi, professeur de lycée et collège de l’enseignement général depuis de longues années. L’enseignante précise que pour les cas les plus graves, les parents sont souvent contactés pour une prise en charge médicale, notamment des cures de désintoxication à l’endroit des élèves drogués, rendant davantage compte de la gravité de la situation de cette jeunesse scolaire. Pour réprimer ces actes chez leurs apprenants, ils prennent certaines mesures dont des sanctions. «Face à ces dérives, très souvent, la chaine éducative de l’établissement se met au travail pour y trouver des solutions : les cas d’enfants concernés sont interpellés, sanctionnés ou mis à la disposition du service de l’action sociale (SASO) ». La sensibilisation se range aussi dans les stratégies du personnel enseignant et même administratif. A l’écoute d’un jeune enseignant du secondaire, être un modèle pourrait donner plus de poids à la sensibilisation menée dans les salles de classe. « De temps en temps, quand des cas pareils se produisent au lycée on en parle. Je sensibilise les enfants sur les conséquences de l’abus et la consommation de l’alcool. Déjà que moi-même n’en consomme pas, donc je ne peux que sensibiliser », atteste le sieur Modo Djana. Pour cette méthode de sensibilisation, dame Tchapmi ajoute  « parfois, nous avons aussi des causeries éducatives pour amener les apprenants à s’ouvrir ». 

A qui la faute de ces dérives en milieu scolaire ?

L’encre ne cesse de couler depuis l’apparition de ces vidéos compromettantes d’élèves en tenue de classe. Si certains pointent un doigt accusateur sur les parents des enfants auteurs de ces dérives, la fondation Camerounaise des consommateurs (FOCACO) a ouvertement accusé le gouvernement. Selon elle, l’Etat est responsable parce qu’il n’encadre pas les actions que mènent des célébrités sur les réseaux sociaux, aux risques et périls de la jeunesse. « Plusieurs icônes de la chanson et de l’humour sont désormais des ambassadeurs des marques d’alcool ou de paris sportifs. Devant cette influence grandiose que les célébrités ont envers leurs publics, beaucoup de jeunes font n’importe quoi pour ressembler à leur idoles », a écrit la fondation dans un communiqué interpelatif suite à la sortie de la vidéo montrant des élèves en train de consommer El vino. La FOCACO prévient : « La consommation excessive ou régulière d’alcool représente un risque réel pour la santé, et particulièrement chez les jeunes de 16-25 ans. En plus d’un impact à long terme, l’alcool peut engendrer des comportements dangereux ».

Le 11 février prochain, le Cameroun célébrera la 60e édition de la fête de la jeunesse, ce tableau que livre la catégorie sociale concernée, invite à mener des réflexions dans le sens d’un avenir meilleur.

Chanelle NDENGBE

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