Les Camerounais sont encore horrifiés par le massacre de 14 personnes à Gigado, dont 7 enfants, 6 femmes, les familles sont meurtries suite au meurtre par balle d’une femme à Buéa.
C’est une atmosphère triste et terrifiante qui règne à Gigado, commune de Ndu, région du Nord-Ouest depuis le 14 janvier 2026, jour où 14 personnes ont été tuées par des assaillants qui appartiendraient aux groupes armés encore appelés ambazoniens. Deux jours avant ce sinistre, la ville de Buea faisait face à une nouvelle attaque attribuée aux groupes armés qui a coûté la vie à une jeune dame.
Les victimes ciblées ?
A Gigado, les 14 victimes sont essentiellement issues de la communauté Mbororo, originaire de l’Extrême-Nord. On y enregistre 7 enfants âgés entre 2 et 11 ans, 6 femmes et un homme âgé de 60 ans. Les assaillants s’en sont également pris aux biens, ils ont incendié le grenier et abattu du bétail. Ce massacre est survenu deux semaines après une opération coordonnée par les forces de sécurité, ayant fait 8 morts chez les groupes armés. Une situation dont les groupes armés aurait attribué une partie de la responsabilité aux Mbororo, selon des allégations. Pour les défenseurs des droits des communautés, les Mbororo du Nord-Ouest sont continuellement accusés de trahison du côté des forces de sécurité et du côté des groupes armés, c’est aussi une thèse que met en avant Ramatu Abdu, défenseure des droits humains. Les Mbororo se retrouvent alors dans une situation de stress permanent et sont exposés à l’insécurité. Selon plusieurs observateurs, le massacre du 14 janvier les ciblait certainement.
A Buéa, le 12 janvier 2026, dame Ntochi Lucinda était sur le chemin de retour après une visite chez son frère quand elle a été atteinte par balle, selon le récit de son époux Shey Chin Emmanuel. Selon des témoignages, la voiture de son frère a été prise pour cible par des personnes soupçonnées d’appartenir aux groupes armés. Des suspicions de trahison par les groupes armés envers la famille de la victime ? C’est une question en suspens que plus d’un se posent.
10 ans de crimes qui passent sous silence, Ramatu Abdu dénonce
La militante des droits des communautés indigènes est montée au créneau suite au massacre de Gigado. Tout en se lamentant, elle dénonce la passivité, le silence face aux crimes liés à la crise anglophone qui dure depuis 10 ans.
« Nous sommes en deuil. Est-ce là l’indépendance que nous souhaitions ? Des massacres quotidiens ont lieu dans les régions anglophones du Cameroun. Nous condamnons ces massacres depuis 2016. Des femmes pleurent et implorent la paix. Le monde regarde et reste silencieux. Le gouvernement camerounais garde le silence. Les dirigeants ambazoniens gardent le silence. Quel avenir pour le Cameroun anglophone ? Les Mbororo sont exterminés… Personne ne défend les minorités et le Cameroun anglophone. C’est triste… c’est traumatisant. Des jeunes, des femmes et des enfants sont tués chaque jour dans les régions en proie à l’instabilité…Dix ans se sont écoulés sans aucune solution »,
a déploré la militante.
Le traumatisme est donc grandissant dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest après la multiplication des attaques meurtrières en ce début d’année. Une situation qui au-delà des mesures urgentes pour stopper la saignée, suscitent aussi des inquiétudes sur la santé mentale ponctuelle des populations qui y vivent.
Chanelle NDENGBE
