La Journée de l’enfant africain se célèbre dans un contexte lugubre au Cameroun, marqué par la recrudescence des différentes formes de violences constituant un véritable défi pour les militants des droits des enfants.
Commémoration des macabres évènements de Soweto qui ont couté la vie à des centaines d’écoliers manifestant contre le régime d’apartheid en 1976, la 36e édition de la Journée de l’enfant africain s’est célébrée le 16 juin 2026. Si des activités sont menées pour faire marquer cette journée mémorable pour la jeunesse africaine, c’est surtout le lieu de faire le point sur les maux qui entravent l’épanouissement et le progrès des enfants sur le continent afin d’y remédier.
En août 2024, il y a Orphée Bissossolo, 5 ans, qui a été violée et assassinée à Douala. En novembre 2025, dans le Moungo, Gabrielle âgée de 3 ans est abusée sexuellement, tuée et jetée dans un puits. En mars 2026 à Yaoundé, Divine Mbarga, 11 ans, a subi le même sort que les précédentes, sans qu’il y ait réparation du préjudice. Ce sont quelques cas qui disent combien le mal est grandissant au Cameroun en matière de violences sur les enfants. A ces drames qui s’enchaînent à une vitesse effrénée, se rajoutent les violences domestiques fatales, le banditisme en milieu jeune. Des scandales éclatent exposant les violences physiques et verbales dont les enfants sont eux-mêmes auteurs. Il faut dire que le climat marqué par les discours de haine récurrents et l’accès facile à l’alcool et aux stupéfiants sont à l’origine de cette situation morose. Une situation face à la quelles la société civile ne se tait pas. De nombreuses initiatives sont observées sur l’étendue du territoire camerounais pour protéger l’enfance et assurer la stabilité de la société à venir.

L’éducation à la paix et l’écoute psychologique par Peace Bus Association
Dans le registre des organisations en première ligne pour la protection des enfants, Peace Bus Association est classée. En réponse aux violences observées en milieu jeune, l’association enseigne la paix conformément à son slogan « Il n’y a pas de paix sans éducation à la paix ». La paix, la tolérance, le respect de la différence, la non-violence sont des mots clés des diverses activités menées dans son centre de ressources basé au quartier Cité-Cicam, dans le 5e arrondissement de Douala. Des activités qui poussent les enfants à l’excellence. « Peace Bus Association fait partie des organisations dont la principale mission est de réduire la violence en milieu jeune à travers l’éducation à la tolérance et aux valeurs de paix. Au cours de l’année, nous proposons des petits ateliers de contes éducatifs ainsi que ceux d’écoute psychologique pour les parents et les enfants. Pour ce cas précis d’écoute, les psychologues de notre centre de ressources donnent de leur temps pour accompagner les parents et surtout les enfants en raison des comportements déviants tels que l’addiction aux stupéfiants et la violence physique dans lequel ils sont englués et malheureusement qui les éloignent de l’activité scolaire à proprement parler. Pendant les vacances, Peace Bus Association se transforme entièrement en un espace de protection et d’éducation aux valeurs de tolérance », explique dame Viviane Nguimeya, coordonnatrice des activités de Peace Bus Association. Pour l’association d’éducation à la paix, la répression des adultes irresponsables coupables des violences sur les mineurs est également une mesure importante de protection des enfants. « Notre vœu est de voir chaque jeune citoyen camerounais devenir non pas le pourfendeur de l’autre mais le protecteur de son semblable. Cela passe pas des comportements responsables des adultes. Nous plaidons pour que soient sévèrement sanctionnés les adultes qui sont des contre exemples en matière de protection des enfants », plaide l’organisation par sa coordonnatrice.

Le retour aux sources salvateur avec les Soirées lambè
L’enfant africain puisqu’on parle de lui est particulier par sa culture, son histoire. Au moment où les pratiques modernes semblent avoir gagné le terrain, il est important d’amener l’enfant à savoir d’où il vient, notamment en lui racontant ses origines, où en l’enseignant avec des méthodes traditionnelles. C’est ce que dame Maximilienne Mahop fait avec son équipe au Cameroun. A travers les contes racontés dans des décors afritudes, la conteuse rassemble les familles, les voisins et inculque l’unité, la tolérance, la paix, le pardon, le travail. C’est un travail qui intensivement a été mené pendant le mois de mai, à l’occasion de la célébration de l’unité nationale. La conteuse de l’association Kel i yè parle de l’importance des contes pour préserver les enfants des discours de haines et du tribalisme. « L’initiative est venue de ce que j’ai observé dans notre société. Ces mots méchants que l’on s’adresse même dans les réseaux sociaux. On est tellement malsain dans nos propos. Et nous avons décidé de donner les messages de paix, d’amour à travers les contes. Parce le conte il est rassembleur, il permet à ce que les enfants, les parents, les voisins se mettent ensemble et écoutent les histoires. Et c’est ça qui apporte une meilleure collaboration, qui nous permet d’être plus unis. Il est important de ne pas oublier d’où nous venons. Et je pense qu’il est très important de rappeler aux parents que c’est comme ça qu’on donnait des messages, c’est comme ça qu’on s’éduquait, c’est comme ça qu’on sensibilisait, c’est comme ça qu’on inculquait des valeurs aux enfants à travers les contes. Il n’y avait pas des écoles comme on voit maintenant, mais on avait cette école qui se faisait au travers des contes, ces moments où les parents se retrouvaient ensemble avec des enfants et leur partageait les valeurs, de la sagesse, à travers les comptes et les proverbes », argua la conteuse.

« Non aux petits alcoolos » de Griote
Les scandales viraux sur la toile impliquant les enfants et l’alcool ont remis à jour le problème de la consommation de l’alcool par les enfants. Griote, le média africain en ligne de référence spécialisé sur les sujets liés aux femmes et aux enfants a mené des enquêtes sur le terrain qui ont conduit à des découvertes effroyables. C’est donc en urgence, que le média dirigé par la séniore journaliste Clarence Yongo a lancé le concept « Non aux petits alcolos ». C’est une sensibilisation de masse et de proximité, menée dans les écoles primaires. Les enfants sont éduqués sur les dangers de la consommation de l’alcool sur leur santé, leur intelligence, leur futur. Pour la promotrice du concept, c’est une initiative qui portera certainement ses fruits. « Je pense que sensibiliser les enfants sur les dangers de la consommation de l’alcool a quelque chose de pointu sur leur avenir, parce qu’aujourd’hui, lorsque nous observons l’environnement dans lequel nous sommes, même seulement dans le cyberespace, nous constatons que plusieurs personnes nous ont rejoint, dont des médecins qui interpellent les parents sur la consommation de l’alcool par les enfants. Or il y a quelque temps ce n’était pas le cas. Dans les écoles dans lesquelles nous sommes allés, nous avons vu des enfants qui n’avaient pas certaines informations, et qui au détour de la sensibilisation, étaient non seulement surpris, mais disaient avoir retenu des éléments de ce que nous leur avons donné s’agissant de leur santé face à la consommation de l’alcool et des stupéfiants en général. Cela veut dire que c’est une construction qui va se faire sur le temps et qui va porter ses fruits à coup sûr. Nous savons que sur la durée il y aura un effet induit et ça c’est certain », affirme la DP de Griote.
La synergie des acteurs sociaux pour la protection des enfants est donc rassurante pour des lendemains meilleurs, sans violences avec des jeunes qui grandissent dans le respect et la responsabilité citoyenne. Pendant que se mène ce combat de la société civile, les autorités publiques et les familles devraient tout mettre en œuvre pour assurer la sécurité des enfants au Cameroun afin de les protéger des bourreaux qui se retrouvent aujourd’hui même au sein des lieux de cultes et d’apprentissage.
Chanelle NDENGBE
