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TRAVERSEE DE BASSEK BA KOBHIO : LES FEMMES DE CULTURE RENDENT HOMMAGE AU BATISSEUR DU CINEMA AFRICAIN

Le secteur culturel camerounais et cinématographique en particulier vit un sombre moment avec la disparition d’un de ses piliers, Emile Bassek Ba Kobhio qui a effectué sa traversée la semaine dernière.

Au-delà des larmes, c’est de l’encre qui coule abondamment depuis l’annonce du décès de l’illustre cinéaste et écrivain Bassek Ba Kobhio dont les obsèques ont débuté le mardi 23 juin 2026, et la levée de corps tenue jeudi. Le Cameroun rend hommage à l’un de ses dignes fils, le patron du festival panafricain Ecrans Noirs et les femmes de l’industrie culturelle pleurent l’icône, un pilier du domaine

A l’entame des obsèques de la légende, l’actrice Françoise Ellong Gomez a toujours du mal à accepter le départ de son père dans l’industrie du cinéma. « Le dernier voyage de Monsieur Bassek Ba Kobhio démarre ce jour. Toujours pas les mots, ni capable de réaliser ce qui se passe. Comme l’a titré le Journal Le Jour « UN BASSEK NE MEURT JAMAIS » La mort n’arrête pas l’amour Londoh na selele », a-t-elle écrit.

« Que votre âme repose en paix, M. Bassek Ba Kobhio, pilier de l’industrie cinématographique camerounaise, une légende, une icône. Votre héritage continuera de rayonner à travers Écrans Noirs, les films remarquables que vous avez offerts au monde, et les innombrables vies que vous avez touchées tout au long de votre parcours », a réagi l’actrice Stéphanie Tum à l’annonce du décès. Plus qu’un homme qui écrit l’histoire du cinéma dans son pays, l’actrice célèbre un leader avec de grandes valeurs humaines dont la justice et l’équité. « Une chose que j’admirerai toujours chez vous, c’est que vous étiez un homme qui savait vraiment écouter. Vous preniez les opinions des autres au sérieux et vous n’aviez jamais peur de vous corriger quand c’était nécessaire. Cette humilité et cette ouverture sont ce qui nous a rapprochés, et c’est quelque chose que j’ai profondément apprécié chez vous, monsieur. Je me souviens encore de la première fois où j’ai reçu un appel de votre part, après avoir publiquement reproché à Écrans Noirs d’écarter les cinéastes anglophones. Nous avons eu une longue et honnête conversation, et dans les années qui ont suivi, le changement était visible. Cette volonté d’écouter, de réfléchir et de s’améliorer en disait long sur le genre de leader et d’homme que vous étiez. Je garderai à jamais en mémoire les beaux souvenirs que nous avons partagés, notamment lors du voyage au Festival International du Film de Khouribga au Maroc avec votre équipe » témoigna-t-elle.

L’interprète et conteuse se souvient d’un grand homme de culture qui a évalué son talent artistique il y a deux décennies. « Ohh quelle tristesse! Un grand homme de la culture. Je me souviens que le premier prix que je recevais comme meilleure comédienne au festival national du théâtre camerounais, c’était lui le président du jury il y a près de 20 ans maintenant. Quelle émotion ! Que son âme repose en paix. Nous te pleurerons longtemps ».

Les hommages sont aussi observés dans la presse camerounaise. La journaliste culturelle célèbre l’illustre contribution de Bassek Ba Kobhio au rayonnement de l’industrie cinématographique et regrette qu’il n’ait pas produit autant de chefs d’œuvre comme « Sango Malo ». « J’ai toujours regretté que tu n’aies pas fait plus de films que ça, je te le disais d’ailleurs chaque fois que j’en avais l’occasion, parce que pour moi Sango Malo est un film culte. Un film visionnaire. Tu m’avais plus d’une fois annoncé un prochain long métrage…Mais tout n’était pas perdu parce qu’il y a le Festival Ecrans Noirs. Tant bien que mal il tient. C’est un évènement qui touche et marque chaque génération à sa manière. Lui, il m’a fait rêver et nourrit ma carrière de journaliste et critique de cinéma. Je n’oublierai jamais la magie que j’ai vécue dans l’ancienne mythique salle de cinéma Abbia. Pleine à craquer, je regardais Waga-Saga, un long métrage de Dani Kouyate. C’était magique. Depuis ce temps je n’ai plus manqué une seule édition. Notre festival. Cet héritage que tu as bâti pour nous cher Bassek Ba Kobhio. Nous étions déjà à pied d’œuvre pour préparer la 30ème que nous souhaitions tous mémorable. Nous étions tous enthousiastes. Ton départ, qui reste brutal, est un véritable choc. C’est un monument, une bibliothèque du cinéma camerounais et africain qui s’en va ».

Selon les historiens du cinéma, Bassek Ba Kobhio faisait partie de la deuxième génération des cinéastes Cameroun, la génération qui, dans un contexte difficile en raison de la crise économique camerounaise du milieu des années 1980 accompagnée de la crise du cinéma camerounais des années 1990, a su préserver la flamme de l’industrie cinématographique. Bassek Ba Kobhio a particulièrement été à l’œuvre en cette période en réalisant « Sango Malo » et « Le Grand blanc de Lambaréné ».

Le grand homme du cinéma est décédé le 12 mai dernier à l’âge de 69 ans des suites de maladie. Après des hommages au musée national de Yaoundé et une veillé mortuaire, sa dépouille a été conduite le vendredi 26 juin dans son village natal à Ninjè, dans l’arrondissement de Ndom, département de la Sanaga-Maritime, région du Littoral. Il y a été inhumé samedi après avoir laissé son empreinte indélébile sur le cinéma et l’audiovisuel africain.

Chanelle NDENGBE

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