La 12e audience dans l’affaire opposant les dirigeantes du Réseau des défenseurs des droits humains en l’Afrique Centrale (Redhac) au ministère public a connu une issue tendue pour le conseil des prévenues.
Pour le collectif d’avocats des prévenues Me Alice Nkom et Maximilienne Ngo Mbe, respectivement présidente du conseil d’administration et directrice exécutive du Redhac, l’audience du 6 juillet 2026 au tribunal de première instance (TPI) de Douala-Bonanjo était un haut-le cœur à son égard. La première situation écœurante était la tenue tardive de l’audience. « Déjà je suis très étonné par cette espèce de mépris que des magistrats peuvent avoir à l’égard des avocats. Je le dis de manière claire. On vient à l’audience présumée commencer à 7h et demie et c’est à 10h que ça démarre, sans que le président du tribunal ne donne un simple mot d’excuse … comme s’il ne s’était rien passé. J’avoue que je suis étonné par ce genre de comportement envers nous les avocats », s’est indigné Me Emmanuel Simh.
Du même collectif, Me Clémence Mafetgo s’est dit outrée par cet incident. « 2h30 pour les avocats en salle qui ne savaient pas ce qu’ils devaient faire ». A ce fait malencontreux, s’est ajouté le changement des représentants du parquet et le renvoi de l’audience pour les réquisitions du ministère public, censées avoir lieu ce lundi-là. Une incompréhension pour les avocats des prévenues qui ont effectué un long voyage afin d’assister à cette audience. « C’est aux environs de 9h30 que le juge a ouvert les débats. Contre toute attente, le ministère public qui a l’habitude d’être présent à cette audience n’était pas le même … Qu’à cela ne tienne les débats ont été ouverts et le ministère public présent a dit que le dossier administratif n’était pas en salle d’audience … Alors l’audience a été renvoyée au 7 septembre prochain. Nous étions très embêtés parce qu’il y a les confrères qui sont venus de Yaoundé, de Bamenda, un peu partout. Et ils seront obligés de repartir pour revenir le 7 septembre, en espérant que le 7, le dossier administratif sera à l’audience et que le ministère public sera prêt. Parce que la cour revenait aujourd’hui pour réquisition du ministère public et débats », explique Me Matfego.
Selon Me Simh, c’est une autre manifestation du mépris pour les avocats en ce sens où un simple coup de fil aurait évité ces désagréments. « Je dis encore qu’on aurait pu nous informer avant, que l’audience sera renvoyée et éviter tous ces déplacements ». L’avocat dénonce en outre la tentative de musèlement de ses clientes dans cette affaire et exprime sa foi en leur témérité. « Défendre la dignité, défendre la liberté, défendre l’honneur de nos clients qui pour nous, sont poursuivies par intimidation administrative, par menace. Simplement parce qu’on veut leur fermer la bouche, on veut éteindre leurs droits, mais je les connais, elles se battront jusqu’au bout pour que les droits de l’homme soit respectés dans ce pays. »
Pour des défenseurs des droits humains, la situation du Redhac en ce moment est un coup dur pour toute la chaine de la société civile, le Redhac étant un maillon fort de la chaine. « Quand les responsables d’un pilier administratif comme le Redhac sont dans cette situation, ça fragilise non seulement cette organisation, mais toute la société civile elle-même est fragilisée. Il y a à l’esprit cette affaire qui est en justice et ça ne donne pas suffisamment de sérénité pour conduire les activités », a déclaré Philippe Nanga, coordonnateur de Un Monde Avenir qui appelle ainsi au soutien de toute la société civile pour le Redhac.
Accusant le Redhac de recevoir des financements illicites et de nuisance à l’intégrité du système financier par ses actions, l’administration territoriale avait suspendu les activités de l’organisation en décembre 2024 et des scellés avaient été apposés par le préfet du Wouri sur les bureaux du réseau. Me Alice Nkom, jugeant la mesure incohérente, avait décidé le briser les scellés le 9 décembre 2024, déclenchant un conflit ouvert avec l’administration territoriale et l’affaire judicaire traitée par le TPI de Bonanjo.
Chanelle NDENGBE
