L’effondrement d’un immeuble à Bonamoussadi a fait de nombreuses victimes, dont des familles composées d’enfants, un bilan définitif de 8 morts a été communiqué.
C’était un week-end noir à Bonamoussadi, dans le 5e arrondissement de la ville de Douala, où l’effondrement d’un immeuble a tué plusieurs personnes et conduit certains aux urgences. Le décès d’une blessée à l’hôpital a alourdi le bilan, qui fait désormais état de 8 pertes en vies humaines.
Près de 48 h après le drame, le site du sinistre attire toujours les habitants du quartier qui y viennent jeter un regard de désolation. Sur les lieux, la rédaction de Griote a aussi rencontré d’autres victimes de la catastrophe. « Maman Julienne », comme on l’appelle dans le quartier, est l’une d’elles. Cette commerçante, dont l’emplacement était situé au rez-de-chaussée de l’immeuble, était absente la nuit du drame : elle l’a échappé belle.

De 6 décès provisoires à 8 morts, dont une famille entière
Selon les informations recueillies sur le terrain de cette tragédie, c’est vers 23 h, le vendredi 10 juillet 2026, que l’immeuble situé près du Groupe Scolaire Anderson s’est effondré alors que la pluie s’abattait sur la ville. Le bâtiment comptait deux étages avec un troisième niveau inachevé. Les occupants, qui seraient pour la plupart des ressortissants de la région de l’Extrême-Nord, se sont retrouvés pris au piège.
L’arrivée des sapeurs-pompiers vers minuit a permis d’extraire des décombres des survivants ainsi que des corps sans vie. Les secouristes ont notamment sorti des gravats Irène, une femme blessée, et les dépouilles de ses deux fillettes âgées de moins de 5 ans. Non loin d’elles a également été retrouvé le corps de sieur Robert, l’époux d’Irène et père des enfants.
En dehors de cette famille, deux autres adultes ont été sortis des décombres en journée et un autre décès a été enregistré. Le bilan faisait alors état de 6 décès, mais dans la soirée du samedi 11 juillet, de tristes découvertes ont alourdi ce chiffre. Le corps d’un autre homme a été extrait des décombres vers 18 h, et Irène, qui avait été admise aux urgences, a succombé à ses blessures à 20 h.
« Il y a eu en tout huit morts. Le monsieur est mort et ses enfants aussi, avec trois autres hommes. C’est la mère des enfants qui était blessée. On l’a amenée à l’hôpital Laquintinie, et de là-bas, ils l’ont transférée à l’Hôpital Général. Elle est morte à 20 h. Ici, alors qu’on pensait que tout était déjà fini et qu’on ramassait seulement nos affaires, on a découvert un autre corps », rapporte Julienne.

Des rescapés : deux familles sauvées
Sur le site du sinistre, on peut voir de tout-petits enfants aller et venir, et entendre les passants dire en les pointant du doigt : « Voici les enfants qui ont survécu », « Ces enfants ont eu beaucoup de chance ». 8 au total, 4 de ces enfants sont ceux de Jacky et les 4 autres sont ceux de sa sœur. Les deux femmes ont ainsi survécu au sinistre avec leur progéniture.
Jacky, qui vivait au 2e étage de l’immeuble, nous a raconté comment elle s’en est sortie avec les siens, son mari étant absent au moment des faits. Lorsque l’effondrement a commencé cette nuit-là, elle s’est précipitée pour « jeter » ses enfants en bas, où des voisins les récupéraient tour à tour pour les mettre à l’abri. Après avoir mis ses quatre enfants en sécurité, elle s’est elle-même jetée dans le vide. C’est ainsi que sa famille a pu être sauvée. La rescapée confie avoir été guidée par Dieu.
Des familles sont aujourd’hui sauvées, mais désormais sans abri. Une situation très difficile à gérer, car ces sinistrés logeaient là gratuitement (malgré les rumeurs sur les risques d’écroulement) parce qu’ils n’avaient pas de quoi se payer un loyer.
Un immeuble à risque, un propriétaire démissionnaire
Le couple propriétaire de cet immeuble n’étant plus de ce monde depuis plusieurs années, c’est le frère du défunt qui en avait hérité. Mais depuis quelques années, ce dernier avait cessé de percevoir les loyers après avoir demandé aux occupants de quitter les lieux.
« L’homme qui possédait ça est mort depuis longtemps, sa femme aussi. C’est son frère qui s’en occupait. Mais lui aussi s’en était lavé les mains à un moment donné. Il a refusé de prendre le loyer et a demandé aux gens de partir. Il est même allé au commissariat pour déclarer que s’il arrivait quelque chose, il n’était pas responsable. Il y a trois ans, quand on démolissait les immeubles insalubres, on pensait qu’on allait aussi détruire celui-ci, mais on ne sait pas pourquoi cela n’a pas été fait », explique maman Julienne.
Le maire de l’arrondissement, Richard Mfeungwang, a confirmé qu’il s’agissait d’un immeuble à risque qui aurait dû être détruit depuis des années, précisant que les procédures administratives avaient malheureusement constitué un frein.
Cette tragédie de Bonamoussadi, survenue au mois de juillet 2026, réveille les douloureux souvenirs de juillet 2023, terriblement marqué par l’effondrement d’un immeuble R+4 dans le même arrondissement : le drame de Mobil Guinness, qui avait fait plus de quarante morts. Une situation critique qui devrait pousser les autorités à prendre des mesures fortes.
Chanelle NDENGBE
