Alors que le Cameroun fait de nouveau face à la recrudescence des féminicides, ce sont des mots empreints d’indignation et de révolte qui s’enchaînent sans discontinuer.
61 féminicides comptabilisés et documentés par Griote du 1er janvier au 25 août 2026, dont cinq défraient la chronique ces derniers jours. C’est la série noire du carnage des femmes qui reprend au Cameroun, suscitant l’indignation générale et des tribunes tranchantes signées par des personnalités publiques féminines.
Avant même de tirer à sa fin, le mois d’août se révèle particulièrement meurtrier au sein des couples au Cameroun. Un jeune homme de 22 ans qui a mis fin aux jours de sa compagne au quartier Dakar à Yaoundé ; une femme décapitée par le père de ses enfants à Tsinga ; une autre dépecée par son mari en présence de leurs deux enfants à Logpom (Douala) ; ou encore une quadragénaire tranchée à l’arme blanche au quartier Fouda dans la capitale politique. Ces crimes odieux que le mois d’août a accueillis suscitent un vif émoi.
La comptabilité des féminicides étant menée depuis des années par le média féminin en ligne Griote, sa promotrice, dame Clarence Yongo, décrypte la situation en révélant une inaction des autorités compétentes face à la saignée :
« Lorsque nous avons commencé le travail de comptabilité, il ne s’agissait pas seulement de comptabiliser. Il s’agissait de comptabiliser pour présenter la laideur de l’ampleur du phénomène afin que des actions soient mises sur pied pour stopper la saignée. À ce jour, je ne perçois pas une action forte qui a été mise en place … Au contraire, j’ai l’impression que tout ce qui était dissimulé se révèle au grand jour. Et parfois, certains pensent que ce sont juste des éléments pour avoir de la lumière sur eux »,
argue la séniore journaliste.
La passivité des autorités dont parle la DP de Griote face aux féminicides est dénoncée par plusieurs autres voix, à l’instar de dame Hélène Ekwessa Douala, vice-présidente nationale du Front pour le Changement du Cameroun (FCC). Cette leader demande à la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille de prendre ses responsabilités ou de démissionner :
« Les condamnations ne suffisent plus, Madame la Ministre doit assumer son échec, tirer des leçons ou démissionner… Nous ne pouvons plus nous contenter de constater les drames une fois qu’ils ont eu lieu. Madame la Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, jusqu’à quand allons-nous nous contenter de communiqués de condamnation ? À chaque féminicide, nous entendons les mêmes mots : indignation, condamnation avec la dernière énergie, appel à la vigilance. Puis l’émotion retombe et, quelques jours ou quelques semaines plus tard, une autre femme est tuée », a écrit la femme politique.
Quelles actions fortes pour stopper la saignée ?
Puisque la corruption, la lenteur du système judiciaire et la circulation des drogues sont des facteurs importants de la criminalité en général, il faudra commencer par les combattre, selon Clarence Yongo :
« Des actions concrètes doivent être menées pour dissuader les potentiels auteurs de féminicides. Et ces actions doivent aller du système judiciaire, qui est aujourd’hui victime de corruption et de lenteur, à la célérité pour que les auteurs soient condamnés à la hauteur du crime commis. On a parlé de corruption, mais il y a également le phénomène des stupéfiants, des drogues en particulier, qui circulent et constituent un facteur aggravant dans la criminalité que nous observons aujourd’hui. Vous avez des psychologues qui ont expliqué que la prise de ces drogues-là entraîne la non-lucidité de leurs consommateurs. Et lorsqu’ils ne sont pas lucides, ils ont l’impression que les actes qu’ils commettent sont des actes qu’ils devaient commettre. Il est donc question aujourd’hui qu’on lutte tous contre la présence des drogues dans tous les espaces. »
Sur le plan préventif, la journaliste met l’accent sur la sensibilisation, l’information, la formation des acteurs du système judiciaire, tandis que la vice-présidente du FCC s’appuie sur l’éducation et la protection des femmes victimes de violences par le gouvernement :
« Ce cycle doit prendre fin. Je demande solennellement à Madame la Ministre de présenter publiquement un véritable plan national de lutte contre les violences faites aux femmes et les violences conjugales, avec des mesures précises, des mécanismes d’alerte accessibles, une meilleure prise en charge des femmes menacées, des structures d’accueil et de protection, un suivi des plaintes et signalements, ainsi qu’un dispositif permettant d’intervenir avant que la violence ne devienne irréversible. Nous devons également renforcer l’éducation à la non-violence, au respect de l’autre et à la gestion des conflits au sein des couples, dès l’école et dans les communautés. La prévention doit devenir une politique publique permanente et non une réaction ponctuelle après chaque drame »,
lit-on dans la tribune de la femme politique.
À côté du gouvernement, l’appel est également lancé aux citoyens lambda et aux femmes victimes de violences dans leur foyer : compatir, être attentifs, s’aimer, s’armer de courage et briser le silence.
« LE SANG DE NOS SŒURS CRIE, ET NOUS, QU’ATTENDONS-NOUS POUR RÉAGIR ? (…) Des femmes meurent sous les coups, sous les lames, sous la colère de ceux qui disaient les aimer. Chaque semaine apporte son lot de drames, chaque quartier son silence complice. Les chiffres ? Ils glacent le sang. Mais derrière chaque statistique, il y a un visage, un sourire éteint, un enfant qui pleure, une mère qui ne reviendra plus. Nous ne pouvons plus dire : « Ça n’arrive pas chez moi » ou « C’est leur affaire ». Parce que tant que nous détournons le regard, nous acceptons l’inacceptable. Il est temps que chacun prenne ses responsabilités »,
a écrit Larissa Madiba Songue, promotrice de l’Agence Iyanka et épouse du chef supérieur du canton Bakoko Wouri de la ville de Douala.
Et dans un poème adressé aux femmes victimes de violences conjugales, la journaliste culturelle Marie Gabrielle Mfegue d’ajouter :
« Ne laissez pas la peur
Décider de vos mots,
Ne laissez pas l’amour
Devenir complice
De vos supplices
De vos souffrances
Ne croyez pas qu’aimer
Signifie supporter… ».
Des cris de dénonciation pour demander à tous les acteurs sociaux de prendre le taureau par les cornes.
Chanelle NDENGBE
