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CALVAIRE DES ORPAILLEUSES QUI TOMBENT MALADES DANS LES MINES DE L’EST : LA FAUTE AUX CHINOIS ?

Des orpailleuses dans des mines de la région de l’Est-Cameroun ont dit avoir attrapé une maladie qui blesse leurs parties génitales et affecte les rapports intimes avec leurs conjoints.

Suite à 72 autorisations accordées en 2018 pour l’exploitation semi-mécanisée des mines d’or, selon les données de la délégation régionale des mines de l’Est, les sites d’exploitation minière couvrent près du tiers de la région du Soleil-Levant. Une situation qui implique une abondante main-d’œuvre engageant des femmes qui travaillent au risque de leur santé : un désastre sanitaire est dénoncé et la responsabilité avait été attribuée par les populations aux exploitants chinois.

Des femmes travaillant dans les mines de l’Est-Cameroun auraient contracté une maladie qu’elles appellent « lésion vaginale ». Selon leurs confidences au journaliste Jean Charles Biyo’o, cette infection se manifesterait notamment par des blessures autour de leur sexe et des douleurs au bas-ventre, leur causant un véritable calvaire pendant les moments intimes avec leurs conjoints. Le médecin consulté avait lié la maladie à l’utilisation du mercure dans les mines où travaillaient les orpailleuses.

« J’ai eu des blessures tout autour de mon sexe. Je ne comprenais pas ce qui se passait. Dans mon ménage, je n’étais plus en mesure de satisfaire mon mari. Je me sentais mal pendant les rapports sexuels. Quand il était emporté de joie, moi, je coulais des larmes, parce que je me sentais mal. C’était un cauchemar ! Il ne me comprenait pas, mais j’étais la seule à mesurer ma douleur, une douleur atroce. À force de revenir travailler à la mine, j’étais en contact avec ces eaux, et ces petites blessures se multipliaient et s’aggravaient. J’avais des démangeaisons partout au bas-ventre. À l’hôpital, le médecin m’a demandé de quitter la mine, car il a retrouvé des traces de mercure dans ma vulve»,

a révélé Augustine, comme on le lit dans un article de Jean Charles Biyo’o publié en novembre 2021 sur Reporterre.

« Il est inévitable qu’une femme qui passe du temps dans un liquide lui arrivant au niveau du nombril ait, avec une dermatite de contact, des lésions au niveau de la peau ou du sexe. Évidemment, les femmes qu’on reçoit ici ont ces problèmes d’allergies vaginales causées par le mercure », explique le Dr Betsalel Ndifo de l’hôpital catholique, où il reçoit régulièrement les « accidentés du mercure », comme il appelle ces orpailleuses et les enfants ayant accidentellement avalé du mercure.

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Ces patientes travaillant dans des mines appartenant à des Chinois, le désastre sanitaire avait aussitôt été imputé à ces derniers par les populations. « Quand vous travaillez dans les mines appartenant aux Chinois, vous tombez malade. Vous avez des blessures au corps, parce qu’ils utilisent le mercure », explique une ancienne orpailleuse. Mais le délégué départemental, Ndorman Nico Landry, avait démenti et attribué la responsabilité de l’utilisation du mercure aux exploitants locaux. « Aucun Chinois n’utilise le mercure. Au contraire, ce sont les orpailleurs artisanaux [camerounais et centrafricains] qui manipulent ce produit pour capter l’or sans mesures de protection», avait-il déclaré.

Selon des habitants de la région de l’Est et des chercheurs travaillant sur la question, ce problème persiste en 2026. « Effectivement, étant à l’Est, je suis témoin de cela. Elles restent immergées pendant de longues heures dans cette eau pour fouiller l’or jour après jour. Résultat : leurs parties génitales commencent à pourrir à la longue. Sauf que ça ne les arrête pas, hein », révèle Karyn Béatryx sur Griote. « Elles restent dans l’eau jusqu’à mi-cuisse plusieurs heures par jour pour laver le gravier, et gardent leurs habits trempés sur elles toute la journée », rapporte Harlem Kainsbyl.

Stéphane Okoa parle d’un scandale à la fois environnemental et sanitaire sans mesures concrètes. « Ce qui est particulièrement grave, c’est que le problème touche à la fois l’environnement, la santé au travail et la santé publique. Des enquêtes de terrain à Batouri ont documenté l’exposition au mercure, les lésions chez certaines orpailleuses et l’absence de mesures de protection suffisantes. Un rapport réalisé pour le PRECASEM (Plateforme de responsabilité sociale du secteur minier) indique même que 23 % des femmes interrogées sur certains sites utilisaient du mercure. »

Le journaliste Jean Charles Biyo’o a ramené le sujet sur la table dans la récente émission Libres Penseurs diffusée sur Dash Media. Une situation décriée qui devrait susciter des mesures fortes sur le plan gouvernemental pour stopper le mal.

Chanelle NDENGBE

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