Convoquée pour la troisième fois à la préfecture du Wouri, la présidente du conseil d’administration du Redhac, indique un autre agenda à l’autorité administrative.
Me Alice Kom PCA du Reseau des Défenseurs des droits Humains en Afrique Centrale (Redhac) était attendue le jeudi 19 décembre à 10h au cabinet du préfet du département du Wouri, Mvogo Sylyac Marie «pour affaire la concernant », comme indiqué dans une convocation émise le mardi 17 décembre par l’autorité administrative. Cette nouvelle convocation a été notifiée par voie d’huissier, une autre manifestation du bras de fer entre le Redhac et le Ministère de l’administration territoriale(Minat) qui s’est ouvert avec le bris par Me Alice Kom, des scellés apposés sur les bureaux du Réseau suite à un arrêté de suspension de l’organisation par Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale.
A cette énième convocation, l’avocate au barreau du Cameroun a également notifié par voie d’huissier au préfet qu’elle ne pourra pas se présenter à son cabinet en raison de l’absence de son avocat et lui propose de reporter la convocation au 10 janvier. Cette énième convocation fait suite aux polémiques suscitées par la première convocation et à l’annonce des manifestions des citoyens en guise de soutien à Me Alice Kom après la seconde convocation. D’après les nouvelles véhiculées sur les réseaux sociaux, le lundi 16 décembre devrait être baptisé «Lundi en noir», les manifestants devraient se réunir à l’esplanade de la préfecture de Douala pour dire leur soutien à la présidente du conseil d’administration du Redhac. Suite à ces annonces, samedi 14 décembre, le préfet via un communiqué a interdit cette manifestation qui est selon lui, synonyme du soutien de la pratique homosexuelle défendue dans le cadre des activités du Redhac et condamnée par la loi et les valeurs camerounaises. Une précision qui ne semblait pas dissuader les organisateurs du «lundi en noir». Dimanche 15 décembre, Me Alice Kom avait informé que sa rencontre avec le préfet est reportée au 19 décembre.
«Chers enfants, chers amis. En particulier ceux qui s’étaient organisés pour se déplacer le lundi 16 décembre : je viens de recevoir un appel des services concernés m’informant que la convocation a été reportée au jeudi 19 décembre. Ils prévoient m’envoyer une conversation écrite demain. En clair, le rendez-vous de demain est annulé »,
avait renseigné l’avocate.
Mardi, 17 décembre, le préfet a effectivement notifié par voie d’huissier une troisième convocation à la juriste, fixant la rencontre au jeudi 19 décembre 2024 à 10h. Ladite notification précisait que l’absence de la PCA du Redhac à cette ultime convocation «sera purement et simplement qualifiée de rébellion avec toutes les conséquences de droit et de fait envisageables». La déclinaison notifiée de la dirigeante du Redhac à cette convocation aura-t-elle donc des conséquences pénales? Un futur proche nous le dira certainement.
La première convocation est intervenue à la suite de la suppression par l’avocate, des scellés apposés sur les bureaux du Redhac à Douala sur ordre du ministre Paul Atanga Nji. «Bien voilà les scellés qui ont été illégalement apposés sur les bureaux du Redhac ce matin. Je les brise, conformément aux dispositions de l’article 191 du code pénal intitulé bris de scellés», avait déclaré la PCA du Redhac. L’acte posé le 09 décembre, la première femme avocate au Cameroun a reçu une convocation du préfet du Wouri le 10 décembre, une convocation qu’elle a critiquée. Dans une correspondance adressée au préfet, elle relève une intention de lui nuire et le caractère illégal et indigne de cette convocation.
«Monsieur le préfet, je ne sais pas comment qualifier votre désir de me nuire et jusqu’à quel point vous comptez aller (…) Je me souviens que vous avez donné instruction à votre secrétariat, il y a à peine quelques semaines, pour que vos services expulsent de vos bureaux, les porteurs du courrier que je vous adressais le 26 novembre 2024, pour délivrer le récépissé légal de la déclaration de mon association que vous êtes tenu de délivrer conformément à l’article 7 (3) de la loi N°89-53 du décembre 1990 portant sur la liberté d’association. Aujourd’hui, vous me faites adresser une convocation par la Chefferie du CANTON BELL, à moins d’une heure de ma présentation à votre cabinet. Je crois que vous cherchez les problèmes monsieur le Préfet »,
avait écrit l’avocate.
Comme quatre autres organisations non gouvernementales basées au Cameroun, le Redhac a été suspendu de toutes activités sur le territoire national pendant une durée de trois mois, tel qu’indiqué dans un arrêté ministériel signé par Paul Atanga Nji, communiqué le vendredi 6 décembre. «Financements illicites et exorbitants», est le motif avancé par le patron de l’administration territoriale au sujet de cette suspension. Par la voie de sa directrice exécutive le Redhac avait aussitôt réagi en disant : «nous ne nous laisserons pas faire», avant le passage à l’acte de la PCA le lundi suivant. Les tensions entre le réseau des défense des droits humains et le Minat est au cœur des débats au Cameroun, on se demande ce que livrera ce bras de fer dans les prochains jours.
Chanelle NDENGBE
