C’est un autre drame qui a arraché la vie d’une femme dans la ville de Yaoundé, ses enfants l’ont vue souffrir de violences conjugales.
Alors que la victime, mal en point avait du mal à s’exprimer, c’est sa fille de 4 ans qui a confié à sa famille que son père (père de la petite et compagnon de Jacqueline) a frappé sa mère. Dans l’expression de l’enfant, pouvait se lire à la fois dégoût et colère.
L’histoire de Jacqueline Essimbi, décédée mardi 14 mai dernier après avoir été battue par son compagnon, l’officier de police Bertrand Essomba, ressemble à un mauvais roman où se mêlent querelles de famille, amour et soupçons de sorcellerie. Au quartier Barrière à Yaoundé, où vit la famille de la défunte, son improbable idylle avec Bertrand et la fin tragique de leur histoire sont sur toutes les lèvres. «On ne sait pas ce que Jacky faisait avec ce type-là, on lui avait pourtant dit que ça devait mal se terminer…», tente de nous faire comprendre une amie d’enfance.
Selon les avis recueillis auprès des proches, Bertrand Essomba, l’officier de police en service au commissariat du 19ᵉ arrondissement, est connu comme un rustre récidiviste en matière de violences conjugales. « Le gars-là sortait d’abord avec ma petite cousine et il la battait même pendant sa grossesse », nous confie Éric, un habitant du quartier frustré par le décès tragique de celle qu’il nous décrit comme étant son amie de longue date. Certains riverains nous relatent, les yeux rouges de colère, d’autres forfaits commis par cet homme en uniforme. Il battait les femmes qui croisaient son chemin, d’après ce qui nous a été relaté.
Dans la maison familiale de Jacqueline, où nous nous sommes rendus, ses deux sœurs présentes sur place portent sobrement le deuil.
Vêtue d’une robe noire et coiffée de tresses négligées, Noëlle, l’une d’elles, commence le récit des événements par la fin : « Elle sera enterrée le 31 mai », nous dit-elle, l’air épuisé. Elle poursuit : « Nous nous sommes battus pour notre sœur, mais on ne sait pas ce qui la retenait avec cet homme qui la battait tout le temps… C’est la sorcellerie… la vraie sorcellerie.». D’après Noëlle, Jacqueline, employée à la présidence de la République, était en relation avec Bertrand depuis près de six ans. Et même si de cette relation sont nés deux enfants, aujourd’hui âgés de quatre ans et un an, le quotidien de sa défunte sœur n’a jamais été de tout repos. Cette dernière aurait vécu sous l’emprise totale de son compagnon policier, qui la frappait régulièrement et l’obligeait à lui céder l’entièreté de son salaire. «Il avait dit à ma sœur que nous sommes une famille de sorciers et avait réussi à l’éloigner de nous», explique Noëlle.
Sur la bastonnade qui a précipité la mort de Jacqueline, les circonstances restent floues pour sa famille et ses proches. «Personne ne sait exactement quand elle a été battue», nous lance encore Noëlle. «Nous l’avons seulement vue débarquer ici fin avril avec ses affaires… », ajoute-t-elle. «Tout ce que nous savons, c’est qu’elle est arrivée avec des problèmes respiratoires. Et quand nous l’avons interrogée sur son état, elle disait que ça allait. Mais sa fille de 4 ans a fini par nous dire que sa mère avait été copieusement battue», poursuit Francine, l’autre sœur présente.
L’horreur décrite par la petite fille est confirmée par sa mère elle-même dans des notes vocales, aux allures de testament, envoyées ici et là par Jacqueline. On l’y entend dire qu’elle aurait été violemment frappée à plusieurs reprises à la poitrine par son compagnon, qui, quelques jours plus tôt, lui avait promis la mort. « Le père de mes enfants m’a tapée à mort. Il sautait sur mon cœur, il a cassé ma côte gauche, donc j’ai déjà fait les radios, il faut qu’on me masse« , déclare dans une note vocale envoyée à ses proches.
Conduite à l’hôpital par ses sœurs, Jacqueline Essimbi rendra l’âme le 13 mai 2025 sans donner plus de détails. Des confidences faites à des amis et confirmées par la famille, révèlent que Jacqueline Essimbi avait le projet de contribuer financièrement à la construction de l’église où elle avait ses habitudes. Un projet qui ne plaisait pas à son compagnon, lequel, comme souvent, aurait mis ses muscles à contribution pour lui donner une « dernière leçon ». D’après les informations en notre possession, la police judiciaire se serait saisie de l’affaire, mais le policier est en fuite.
Jacqueline Essimbi sera inhumée le 31 mai 2025 dans son village non loin d’Akono dans le centre. Elle laisse deux enfants en bas âge. Elle est là 31 ème femme tuée depuis le début de l’année 2025 selon la comptabilité de Griote.
John Matou
