Ce sont des révélations étonnantes qui nous accueillent sur le lieu où la jeune femme avait trouvé la mort, ainsi que trois autres personnes.
Dans le cadre d’un travail documenté, nous repartons sur les traces du féminicide d’Alida Marceline, morte calcinée le 9 juin 2024.
Ce lundi 19 mai 2025, nous profitons de ce jour de baisse d’activités en raison de la veille de fête nationale pour une descente sur le terrain. Le quartier Cité-Sic, précisément à l’entrée Chococam grouille de monde. Des jeunes sont installés de part et d’autres sur les allées. A notre arrivée, nous sommes dévisagés par des regards, curieux de savoir ce qu’un groupes de personnes étrangères vient chercher sur ces lieux. Nous longeons à peine sur 500 mètres entre la route principale et le site du drame et nous y sommes. Le décor parle de lui-même, l’habitation garde les stigmates de l’incendie. Les planches calcinées de la charpente laissent percevoir l’effroi, la chambre sans toiture se pave de verdure, un voile orangé recouvre l’entrée principale. Nous apprenons qu’un voisin a installé ce tissu pour camoufler l’horreur que la vue de cet espace leur rappelait. « Surtout le petit garçon qui pleurait dans le feu. Quand on pense à lui ça fait mal », lance un homme trouvé sur le lieu. Il dit ressasser avec peine ces moments douloureux. Il lui arrive de faire des cauchemars de cette nuit du 8 au 9 juin 2024. D’ailleurs, deux autres personnes qui vivaient là au moment du drame ont préféré déménager pour s’installer ailleurs et laisser derriere elles l’épouvante.
Si ce jeune homme accepte de nous parler, ce n’est pas le cas de la majorité des habitants du quartier. « Vous voulez qu’il revienne nous chercher? », questionne d’un air inquiet une dame. Elle est de la famille propriétaire de la chambre dans laquelle vivait Alida avec son compagnon avant leur séparation. « Leur chambre était ici », nous indique-t-elle à l’arrière de la résidence principale. « On ne l’a pas arrêté, il a menacé la sœur qui vivait ici parce qu’elle était allée témoigner au commissariat lorsqu’il avait mis le feu, jusqu’à ce qu’elle a déménagé ».
Ce que nous apprend la dame c’est que Ngounou Joseph, auteur présumé du meurtre par incendie n’aurait pas été inquiété. Au contraire, il aurait menacé de mort les voisins qui acceptaient témoigner auprès des forces de sécurité. Ces derniers terrorisés préfèrent se murer dans le silence car « la police ou la gendarmerie, bref tous ces gens ne font rien pour nous », lance un jeune du quartier Cité-Sic.

Retour sur les faits
Pour comprendre le film de ce drame, il faut remonter au mois de juin 2024. Alida Marceline 21 ans, avait quitté son compagnon quelques temps plus tôt pour cause de violences conjugales, mais elle continuait à fréquenter le quartier dans lequel elle vivait avec son ex, car employée dans un restaurant non loin de son ancien lieu d’habitation. Sauf que son ex compagnon avait déclaré qu’il ne veut plus la voir dans les parages et la menaçait de mort. Cette nuit du 8 juin 2024, elle avait terminé le travail tardivement et avait demandé à un couple d’anciens voisins de l’héberger. Accord donné, elle s’était glissée sur le sol exiguë de la petite chambre qui l’avait accueillie chaleureusement. Cette solidarité du voisinage aurait été signalée à Ngounou Joseph, ex compagnon d’Alida qui a débarqué nuitamment, a aspergé la chambre construite en planches d’essence, y a mis le feu, ayant au préalable bloqué la porte de l’extérieur à l’aide de fils barbelés.
Par cet acte cruel Alida Marceline, le chef de famille hôte, son enfant (enfant du chef de famille) et son neveu sont morts calcinés. Seule la dame qui avait convaincu son mari d’héberger Alida a survécu après une longue hospitalisation, mais selon les voisins, « elle n’a pas l’air d’être normale« .
Le nommé Joseph Ngounou aurait été capturé en image par les cameras de vidéosurveillance, mais il continuerait à menacer les habitants du quartier Cité-Sic à Douala, selon ce qui nous a été dit sur le terrain. Ils sont convaincus qu’il n’a jamais été inquiété par les forces de sécurité.
Clarence YONGO
