L’histoire nous rappelle que des femmes se sont mobilisées pour créer un mouvement majeur qui a milité pour l’indépendance du Cameroun et la réunification.
Les visages de certaines de ces grandes dames sont connus et d’autres demeurent d’illustres inconnues. Elles étaient militantes de l’Union Démocratique des Femmes Camerounaises (UDEFEC), mouvement qui a participé avec ferveur auprès de l’union des populations du Cameroun (UPC) à la guerre de libération et à l’unification du Cameroun.
L’UDEFEC est le mouvement féminin qui s’est imposé comme nationaliste lorsque le Cameroun était sous tutelle de l’ONU. Il revendique les droits des Camerounais et des Camerounaises en particulier, s’opposant à la discrimination raciale et sociale, aux diverses formes d’exactions du régime colonial. À l’initiative de ce mouvement créée le 3 août 1952, des intellectuelles, épouses et proches des nationalistes Marie-Irène Ngapeth Biyong et Marthe Ouandié. Elles se sont rapprochées de Gertrude Omog et Emma Ngom qui est devenue la secrétaire générale du mouvement.
Citée par l’historienne Meredith Terretta, Marianne Ngosa, secrétaire de la section Babimbi dans la Sanaga-Maritime, parlait de l’objectif principal et de la stratégie de ce mouvement. « Donner voix aux revendications des femmes, d’envoyer les pétitions à l’ONU et de manifester et protester contre les abus du régime colonial. Le mouvement voulait à cet effet regrouper les femmes de toutes les tribus sans distinction de clan, de religion« , tel que le rapporte l’historienne Rose Ndengue.
L’année de la création de l’UDEFEC, Anne Marthe après avoir participé à la conférence sur l’enfance tenue en 1952 à Vienne sous l’égide de la Fédération démocratique internationale des femmes (FDIF) s’est exprimée sur ses aspirations. Des aspirations corroborant avec celles des leaders nationalistes, Elle estimait que « l’UPC… et tous les autres mouvements anti-colonialistes sont ses alliés dans la lutte anti-colonialiste pour l’émancipation de la femme camerounaise ». L’UDEFEC était alors assez proche de l’UPC et de Ruben Um Nyobe dont elle s’était inspirée en ce qui concerne la formulation des petitions couramment adressées aux Nations Unies pour les revendications citoyennes.
Dans le rapport de la commission mixte camerouno-française sur le rôle de la France dans la répression des mouvements indépendantistes, présenté en janvier 2025 à Yaoundé, les historiens ont révélé la profondeur du militantisme des femmes de l’UDEFEC. En effet, ces femmes ont aussi subi la répression coloniale, elles ont été emprisonnées et ont souffert le martyr comme les nationalistes dont les noms sont célèbres. De cette proximité idéologique avec l’UPC est né un partenariat. C’est à cet effet que dès 1953, au niveau local, des militantes se sont organisées pour soutenir les activités des leaders nationalistes, notamment par des collectes de fonds, par des manifestations contre les arrestations des colons.
De part ses actions, l’UDEFEC, est considérée par Meredith Terretta comme un redoutable adversaire de la puissance coloniale française. Ses actions en synergie avec l’UPC ont conduit à la proclamation de l’indépendance le 1er janvier 1960 qui elle a conduit à la réunification en octobre 1961 et plus tard à l’unification, le 20 mai 1972.
Chanelle NDENGBE
