Des générations de médecins doivent leur formation à cette illustre femme de science camerounaise, la Professeure Fidèle Binam Bikoï.
Dans le secteur de l’anesthésie et de la réanimation, le Cameroun est un géant en Afrique centrale grâce à l’histoire glorieuse écrite par la Professeure Fidèle Binam Bikoï. Une femme de science qui s’est imposée comme une légende dans cette grande spécialité, et pour laquelle une bougie est allumée au Cameroun depuis quelques mois.
Le médecin pionnière agrégée en anesthésie-réanimation en Afrique centrale
Née à Eséka le 8 avril 1949, Fidèle Ngo Njom, de son nom de naissance, est une pionnière au Cameroun et en Afrique centrale. Un titre qu’elle a acquis à l’issue d’une démonstration imposante.
Après des études primaires dans le Nyong-et-Kellé d’où elle est originaire, elle fait un passage au Collège Marie-Albert et obtient son baccalauréat D au lycée des jeunes filles de Douala. Après le baccalauréat, elle poursuit sa passion pour les sciences médicales au Centre universitaire des sciences de la santé (CUSS) de l’Université fédérale du Cameroun, où elle est admise en 1969. Elle en sort médecin en 1976, alors âgée de 27 ans, après avoir épousé Charles Binam Bikoï, qui deviendra plus tard professeur émérite et secrétaire général du CERDOTOLA. C’est le début d’une brillante carrière parée d’exploits historiques.
Elle passe par l’hôpital Jamot avant d’être nommée médecin des fonctionnaires au dispensaire de Messa à Yaoundé. À l’âge de 35 ans, elle est admise au concours de sélection des candidats pour une spécialisation en France. Elle suit sa formation d’abord à l’Université de Bordeaux II, puis obtient à Paris un certificat d’études spécialisées d’anesthésie-réanimation en 1987. Elle achève son séjour d’études en France avec une spécialisation en anesthésie-réanimation appliquée à la chirurgie cardio-vasculaire à l’hôpital Édouard-Herriot de Lyon. C’est donc mieux équipée qu’elle rentre au Cameroun, qui sera le terrain d’une brillante carrière hospitalo-universitaire. Elle est affectée au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Yaoundé et recrutée au Centre universitaire des sciences de la santé.
C’est en l’an 2000 que sa carrière prend une tournure historique. Cette année-là, l’universitaire et médecin fait partie des six candidats en anesthésie-réanimation au concours d’agrégation de médecine du CAMES. Seulement trois sont admis, avec pour major la Camerounaise Fidèle Ngo Njom. Un exploit exceptionnel qui fait d’elle la première femme agrégée en anesthésie-réanimation en Afrique centrale et l’une des deux premières femmes agrégées des universités du Cameroun.

Femme de science engagée, de grands projets qui prennent un coup…
Enseignante et praticienne de l’anesthésie-réanimation, c’est avec cœur et dynamisme que la Professeure Fidèle Binam a professé tout au long de son parcours, formé de nombreuses générations et élargi ses compétences à la médecine d’urgence, dont elle a fini par être reconnue au fil des ans comme une spécialiste de renommée mondiale.
Après sa retraite à la Faculté de médecine et des sciences biomédicales de l’Université de Yaoundé I, elle crée puis coordonne les masters en anesthésie-réanimation et en médecine de catastrophe à l’École des sciences de la santé de l’Université catholique d’Afrique centrale. À l’Université catholique Saint-Barthélemy d’Eséka, où elle assure la mise en place des programmes, elle est également nommée rectrice. Son expertise la hisse à la tête de la Société camerounaise d’anesthésie-réanimation (SCAR) et au poste de secrétaire générale de la Société d’anesthésie-réanimation d’Afrique noire francophone (SARANF).
La femme de science de renom portait le projet d’un centre de simulation en réanimation pour l’Afrique centrale, avant d’être interrompue par son décès le 16 août 2026 à Yaoundé, à l’âge de 77 ans.
L’universitaire émérite a été inhumée le 24 août dernier à Yaoundé à la suite d’hommages académiques et artistiques, laissant un énorme vide dans la médecine camerounaise, et spécialement en anesthésie-réanimation. Mais l’immense héritage qu’elle laisse fera certainement briller à jamais sa lumière.
Chanelle NDENGBE
