HUMANITÉ, AMELIORATION TECHNIQUE ET RESPECT DE LA CULTURE AFRICAINE: POTENTIELLES SOLUTIONS AU PROBLEME DE LA MORTALITÉ MATERNELLE AU CAMEROUN

Une femme est morte le weekend dernier à Douala, après avoir donné naissance par césarienne, un nouveau cas de mortalité maternelle qui s’ajoute aux autres décès maternels observés sur l’étendue du territoire national.

Pour 100 000 naissances vivantes au Cameroun, on enregistre 406 décès, selon le Fonds des Nations Unies pour la Population. Le weekend dernier a justement été marqué par des larmes de chagrin versées par une famille en raison de la perte de leur fille décédée dans ces circonstances. En savoir plus sur ce phénomène est susceptible de prévenir de nombreux cas.

En raison de sa régularité dans notre pays, la mortalité maternelle est un phénomène qui intéresse de nombreux chercheurs à l’instar du Professeur Jeannette Wogaing, enseignante au département d’anthropologie de la faculté des lettres et sciences humaines de l’université de Douala, l’une de nos consultantes qui confirme que dans ce type de mortalité maternelle, il y a lieu de distinguer les causes des facteurs. Si les causes selon l’anthropologue sont les « éléments directs» qui conduisent aux décès (raisons obstétricales à l’instar de l’hémorragie interne et de l’éclampsie, les infections, les avortements, maladies cardiovasculaires …). Il existe des situations non obstétricales susceptibles d’occasionner la mortalité maternelle. Ce sont les facteurs.

Les facteurs environnementaux, humains et sociaux

La mortalité maternelle est le « décès de la femme qui porte un enfant, ou le portait dans son ventre 42 jours avant sa mort », déclare l’anthropologue. Les facteurs qui influencent cette tragédie sont liés à la distance d’un point A considéré comme le lieu de départ de la femme enceinte à un point B qui est le lieu d’arrivée au centre hospitalier ; la qualité du bassin de la femme qui oblige le personnel accoucheur à procéder à des méthodes que la patiente ne parvient pas à supporter, le stress et la violence que subissent ces femmes, qu’elles soient verbales ou physiques au cours de la grossesse ou pendant l’accouchement. Le Professeur insiste sur ces cas de violences.

« Nous avons effectué un sondage qui prouve clairement que les femmes et jeunes filles préfèrent le suivi du personnel médical masculin à celui du personnel médical féminin à causes des violences verbales et du manque de douceur de ces dernières»,

révèle-t-elle.

Ces paroles sont frustrantes pour la jeune fille qui veut donner naissance, le Professeur nous livre quelques-unes d’entre elles :

 « Ta maman ta envoyée à l’école et tu es allée porter la grossesse, tu pensais que c’est facile ? Pousse comme lorsque cet enfant entrait en toi … Une adolescente qui vient pour accoucher et qui manque de force pour pousser sur la table d’accouchement, pourra succomber à cause des propos maladroits à son égard habituellement proférés par certaines infirmières accoucheuses… Des propos qui stressent la patiente et l’amènent à perdre confiance en elle…Elle peut mourir »,

argumente la chercheuse.

Le déficit technique de certains centres hospitaliers et l’inculture des femmes enceintes

Le facteur technique peut renvoyer à l’incapacité du plateau technique du centre hospitalier qui accueille la femme enceinte. C’est ce facteur qui est intervenu dans le récent cas décès maternel enregistré par la rédaction de Griote Tv à Douala, dont a été victime une jeune femme de 26 ans. Cette dernière arrivée au centre de santé pour son accouchement y a été opérée comme prévu, mais a eu par la suite besoin d’une transfusion sanguine urgente, la formation hospitalière ne disposant pas de poche de sang de son groupe sanguin O+ a dû la transférer à l’hôpital Laquintinie, le temps du parcours mis entre les deux centres n’a pas été avantageux pour la nouvelle maman qui a rendu l’âme ayant déjà assez perdu de sang.

Par ailleurs, l’ignorance des femmes sur le fonctionnement de leur organisme et par conséquent de leur grossesse, est un autre facteur.

« Toutes les femmes ne coagulent pas de la même façon, le sang de certaines coagulent rapidement, tandis que chez d’autre, la coagulation est lente. Connaître son rythme de coagulation peut permettre à la femme de prévoir des poches de sang au cours de son accouchement en cas de besoin, dans le cas contraire, elle pourrait être surprise par les circonstances et en mourir »,

explique notre consultante.

Le facteur socio-culturel africain

De l’entretien avec le Professeur Jeannette Wogaing, nous ressortons également un facteur inédit qu’est le facteur socio-culturel africain. Ce facteur spécifique au continent africain regroupe les us et coutumes observés dans les différentes cultures du Cameroun ou de l’Afrique. Même si ses études sur les questions prénatales ne sont pas totalement achevées, l’Anthropologue a pu comprendre que les traditions africaines, notamment les interdits sont à prendre en considération chez la femme africaine enceinte. Parmi ces interdits socio-culturels les plus bafoués aujourd’hui dans nos sociétés, nous avons le mariage coutumier d’une femme en état de grossesse et les mamans qui écartent le père de la dot de sa fille par orgueil ou par vengeance parce qu’elle a eu à se séparer de ce dernier entre temps.

Ces deux faits constituent des interdits dans plusieurs cultures africaines et ceux qui y sont rebelles s’exposent à des représailles qui incluent la mortalité maternelle. C’est un fait difficile à expliquer matériellement comme l’exige la science biomédicale, mais étant donné que nos traditions africaines comprennent beaucoup de nos réalités elles ne sont pas à négliger.

Pour la spécialiste,

« ces éléments de notre culture ne sont pas à prendre à la légère, il faut que la femme africaine qui est enceinte respecte ce que sa tradition demande du moment où il ne s’agit pas d’un acte immoral, car de la même manière que ceux qui y doutent n’ont pas de preuve pour confirmer la punition à laquelle l’on s’expose lorsqu’on bafoue une tradition, de même ils ne peuvent non plus l’infirmer avec preuves ».

Cette remarque de la chercheuse qui tient également lieu de conseil constitue l’une des préventions face aux décès maternels.

Chanelle NDENGBE

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

error: Content is protected !!
Top