La réforme gabonaise relative au statut matrimonial des militaires et récemment entérinée continue de faire l’objet de polémiques dans le pays.
Le coup de coeur lancé aux officiers supérieurs de l’armée le 22 janvier dernier au conseil des ministres concerne la possibilité pour eux de souscrire désormais à l’option polygamique. Coup de coeur du Président de la transition, le Général Clotaire Oligui Nguema qui a entériné un projet d’ordonnance portant modification statut matrimonial des militaires.
Le projet d’ordonnance ratifié par la loi n°18|2010 du 27 juillet 2010 officialise la possibilité pour des militaires de prendre plusieurs épouses. C’est une réforme au Gabon. En effet la polygamie est permise dans la société gabonaise en référence au code civil de 1972 et aux us et coutumes plus antérieures. « Qu’il s’agisse du code civil gabonais ou de nos lois coutumières est admise comme valeur sociétale« , déclarait l’anthropologue gabonais Emmanuel Nguema Minko. Toutefois, les militaires n’ y avaient pas droit étant astreints au régime monogamique selon l’article 40 du décret n°1059|PR du 24 juillet 1976. L’idée serait d’empêcher que l’homme qui a prêté serment de défendre la nation soit absorbé de responsabilités familiales au point de ne pas remplir ses obligations envers l’Etat. C’est cette restriction qui a été revue le 22 janvier dernier. L’autorisation de la polygamie au sein de l’armée n’est cependant pas valable pour tous les militaires. Seuls les officiers supérieurs dont les généraux sont concernés par cette ordonnance. Cette particularité donne un goût amer à la réforme du statut matrimonilal dans l’armée, étant considéré par certains comme une « injustice ».
Dans la foulée de ceux qui saluent la décision du Général Oligui Nguema, se range Olivier Emvo Ebang, fondateur de l’association « Oligui doit rester« . Pour le sympathisant du Chef de l’Etat, c’est une « avancée significative…Cela permet aux officiers supérieurs de vivre leur culture et leurs traditions » . Par contre, pour l’ancienne procureure de la République Sidonie Flore Ouwie, par ailleurs présidente de l’ONG féminine « Salon de la femme« , cette décision est une injustice et frise la discrimination en privilégiant les généraux sans la considération des autres catégories . » Cette décision ne s’applique qu’aux officiers supérieurs ce qui est injuste ! » , dit-elle au micro de RFI. » Que cela soit démocratique ! Que tous les militaires aient la possibilité d’épouser plusieurs femmes pour ne pas verser dans une forme de discrimination. », ajoute l’ancienne procureure.
Les réformes engagées par le général Oligui Nguema depuis son arrivée au pouvoir le 30 août 2023 après avoir déchu Ali Bongo, touche ainsi son corps de métier et particulièrement ses confrères de grade. Plus d’un s’appuient sur cette affinité de grade avec les concernés par cette modification du statut matrimonial pour crier au favoritisme.
Chanelle NDENGBE
