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LYDIA EWANDÉ : PIONNIÈRE OUBLIÉE DU CINÉMA ET DE LA MUSIQUE

Actrice, comédienne, chanteuse, enseignante, Lydia Ewandé a traversé cinquante ans de scène avec une élégance que son pays natal n’a jamais su célébrer de son vivant.

Lorsqu’elle arrive en France en 1952, Lydia possède juste une valise, son bac et une idée en tête : les chiffres ; elle veut être comptable. La comptabilité certes, mais c’est la comédie qui la trouve. Un petit rôle dans Pot-Bouille de Julien Duvivier suffira à tout changer. Cette jeune Doualaise de vingt ans, née le 22 septembre 1932 dans le quartier de Bali, ne le sait pas encore, mais elle vient de poser le premier jalon d’une carrière hors du commun ; la première d’une actrice africaine à s’imposer durablement sur la scène et l’écran français.

Dès le début, elle pose ses conditions. Pas question de se laisser enfermer dans les rôles de domestique noire ou de faire-valoir exotique que l’industrie cinématographique française de l’époque réserve volontiers aux comédiens et acteurs africains. Elle prend des cours, elle travaille, elle choisit. Et ses choix sont ambitieux.

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La scène avant tout

C’est au théâtre que Lydia Ewandé forge d’abord sa réputation. En 1959, elle tient un rôle dans Les Nègres de Jean Genet, lors de la création historique mise en scène par Roger Blin — une pièce qui fait événement dans le Paris intellectuel de l’époque. Cinq ans plus tard, elle est de la création de La Tragédie du roi Christophe d’Aimé Césaire, mise en scène par Jean-Marie Serreau, puis d’Une saison au Congo du même Césaire en 1967. En 1978, c’est Peter Brook lui-même qui la dirige dans Mesure pour mesure de Shakespeare. Des noms, des œuvres, des mises en scène qui définissent le meilleur du théâtre du XXe siècle. Elle y est.

En décembre 1986, lorsque le quotidien national Cameroon Tribune lui consacre un portrait, elle prépare un doctorat d’État en sciences de l’éducation, enseigne la diction depuis 1982 à l’École supérieure de journalisme de Lille, et affiche à son curriculum vitae pas moins de trente pièces de théâtre, une discographie honorable et deux émissions de radio-TV. Son agenda professionnel, note le journal, « sera toujours très chargé ».

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Le retour à l’écran

À partir des années 1980, elle revient au cinéma avec la même exigence. Marche à l’ombre de Michel Blanc (1984), Tranches de vie de François Leterrier, puis Black Mic-Mac de Thomas Gilou (1986) où elle campe l’un des rôles principaux aux côtés de Jacques Villeret ; une comédie sur la vie des immigrés africains en France qui trouve un large public et rencontre un franc succès. Elle enchaîne avec Toxic Affair, Métisse de Mathieu Kassovitz, Élisa de Jean Becker, Yamakasi. En 1995, le réalisateur zaïrois Zeka Laplaine lui offre l’occasion rare de tourner pour la première fois en Afrique, dans Macadam Tribu, où elle incarne Mother Bavusi.

Sa dernière apparition à l’écran, en 2007, est dans un téléfilm de la grande Euzhan Palcy, Les Mariées de l’isle Bourbon. La réalisatrice martiniquaise dira d’elle : « Ce qui m’attriste, c’est qu’on ne se rende pas compte en France du gâchis que cela représente de ne pas lui avoir donné plus de rôles importants. » Un hommage lucide, prononcé presque comme un réquisitoire.

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La voix en marge

Parallèlement à la scène et à l’écran, Lydia Ewandé chante. Par plaisir, dit-on. Aux Disques Barclay, elle enregistre sous le nom Lydia Ewandé and her Family des titres en langue duala — Ebi Weka, A muna tete, Dibato la ndôlô, Ebow’a tete — qui constituent aujourd’hui une part du patrimoine musical camerounais et l’expression de la diaspora camerounaise en France. Des 45 tours et des 33 tours, à une époque où la présence africaine dans les catalogues des grandes maisons de disques françaises relevait de l’exception.

Le silence du Cameroun

Lydia Ewandé meurt le 20 avril 2016 à Meung-sur-Loire, dans le Loiret. Elle avait 83 ans. Sa disparition passe presque inaperçue au Cameroun. Cinquante ans de carrière, des créations mondiales, des metteurs en scène parmi les plus grands du siècle, une filmographie qui couvre quatre décennies et le silence.

Bien qu’oubliée dans son pays, elle a longtemps voulu apporter son expertise au rayonnement de son pays. En 1991, elle participe activement aux états généraux de la culture au Cameroun. Dans les années 80, elle s’est régulièrement produite au Cameroun.

Lydia Ewandé n’est pas tombée dans l’oubli parce qu’elle manquait de talent ou de persévérance. Elle appartient à cette catégorie de pionniers africains que l’Histoire accueille trop tard ; ceux dont on redécouvre le nom après que la voix s’est tue.

L’oubli est la ruse du diable !

Arol KETCHIEMEN

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