Les promoteurs culturels s’accordent à dire que très peu de femmes instrumentistes existent tout comme l’on observe une absence de la gent féminine dans l’administration de la musique.
Si chanter est une passion pour les femmes, manager les artistes, administrer les labels et surtout jouer aux instruments ne semblent pas susciter autant d’engouement chez elles. «Vous verrez toujours des femmes chanteuses, des femmes choristes. Mais une fois qu’on traverse le chant, vous aller voir qu’il n’y a presque pas de femmes instrumentalistes. C’est-à-dire si vous regarder les orchestres qui accompagnent les musiciens, il est presque impossible de voir les femmes à la guitare basse, à la batterie, au piano », fait savoir le sieur Rostand Taguela, promoteur du Mboa Cameroun music. « Pourtant, les femmes sont très fortes, elles ont les mêmes capacités que les hommes », remarque le panéliste. Un diagnostic s’impose pour comprendre les raisons du cette carence de femme dans ces métiers hors chant.
Le facteur naturel un frein ?
Pour faire allusion à la maternité, aux périodes de menstruations parfois douloureuses chez certaines femmes et à la douceur dont elles sont naturellement dotées, le facteur naturel a été évoqué, dans le but de justifier le repli de la femme dans certains métiers hors chant. Cet argument ne fait toutefois pas l’unanimité. Nadia Maba, manager culturel et administratrice de Up High Lab, intervenant dans le panel trouve que la maternité et bien d’autres difficultés ne sont pas des excuses pour la non intégration des femmes dans les métiers musicaux hors chant. Pour l’administratrice, il est vrai que la nature de la femme peut lui causer des désagréments dans l’exercice de sa profession, mais elle peut contourner en cultivant la discipline. « Il y a des femmes enceintes qui travaillent jusqu’au jour de l’accouchement. La vie c’est une planification et on est capable tout autant que les hommes. Je ne crois pas qu’il y ait des inconvénients seulement pour les femmes dans ce métier. Dans tous les domaines, il y a des avantages et des inconvénients, il y a le bon et le mauvais. Il faut juste se connaître, se donner les moyens, et surtout s’armer de patience et de détermination », observe la panéliste.
Harcèlement, préjugés et sexisme ?
La « promotion canapé » souvent exigée aux femmes par des promoteurs culturels en général et musicaux en particulier est evoquée pour justifier le repli féminin dans les métiers hors chant, de même que des préjugés. Mais, pour Nadia Maba, la femme peut être au dessus des propositions indécentes, des harcèlements et être convoitée uniquement pour son potentiel. « Lorsque tu travailles on va te chercher », pour reprendre les mots de l’administratrice de Up High Lab. Par ailleurs, le travail rime avec connaissance qui à son tour implique la formation. Pour Roland Taguela, c’est la clé d’une carrière durable dans la musique comme ailleurs. « La base d’un travail durable c’est la connaissance, c’est la formation. Si vous ne connaissez pas les fondamentaux, les normes d’un métier, vous ne pouvez pas avancer dans ce métier » argue le promoteur culturel. Selon l’expérience de Nadia Maba, il y a des préjugés dans l’univers de la musique, qui tendent à faire des femmes des êtres inférieures à leurs homologues masculins, c’est encore plus appuyé pour les femmes mariées. « Il y a des gens qui vous font croire que quand vous êtes mariée, ils disent que c’est fini pour vous, et une femme quand elle entend ça, elle croit aussi, et part s’asseoir chez elle… On fait croire aux femmes qu’elles ne peuvent pas faire ci ou ça et elles ont mis ça dans la tête » renseigne la panéliste qui recommande d’être au dessus de ces préjugés et travailler avec passion.
« Pour parler de mon expérience, avant de manager un artiste, il faut être super fan de cet artiste d’un. De deux, il faut bien connaître cette personne. », renseigne la manager de l’artiste Mounpoubeyi.
Tournant autour du thème « Les différents métiers de la musique hors chant», le panel animé par des entrepreneurs et promoteurs culturels le samedi 19 octobre 2024 a été riche en informations concernant l’investissement féminin dans l’univers musical hors chant. L’initiative de l’Association des jeunes dynamiques pour la promotion de la culture (AJDPC), est une étape du projet » L’art de l’inclusion » entamé en mai 2023. Une initiative en partenariat avec l’ONG Associazone centre orientamento.
L’AJDPC mène un plaidoyer pour la création d’un environnement propice au « développement des femmes dans la musique », selon le président de l’Association Mpacko Auguste.
Chanelle NDENGBE

Merci Chanelle et merci Griote