Femme de courage et de conviction, la journaliste émérite s’est éteinte au petit matin de ce jeudi 1er août 2024 des suites de maladie.
De nombreux témoignages sont unanimes sur le charisme qui l’animait, ainsi que la confiance qu’elle dégageait. C’est que Suzanne aimait à le rappeler; « je veux changer le monde, changer le Cameroun et l’Afrique« , déclarait-elle en 2009 aux journaliste du magazine féminin MAMA dont la directrice de publication est Clarence Yongo. Pour y parvenir, elle disait travailler sur « le patrimoine bâti … avec des jeunes … pour faire comprendre dans quel monde nous sommes ».
C’est d’ailleurs ce que retient son frère cadet et Chef de famille d’elle.
«Vous l’avez connue, pleine de convictions. Elle avait des convictions qu’elle savait défendre, quand elle avait quelque chose à dire, elle le disait…Tout le monde, toute la famille est encore sous le choc… »,
a déclaré le sieur Moukoko Ekwalla.au micro de Griote TV ce matin.
Cette matinée 9h30 justement, nous nous sommes rendus au quartier Bali dans la ville de Douala, où vivait Suzanne Kala Lobe, 71 ans. Nous avons été accueillis par les cris et pleurs des proches. La famille sous le choc était peu bavarde face aux questions de nos reporters. Mais à ces questions, l’entourage a apporté quelques éléments de réponse. Un peu plus loin des logements Sonel ou est recueillie la famille de la femme de média, se trouve leur maison familiale en construction près de l’hôtel des roses dans le même quartier. Là on apprend que Suzanne Kala Lobe est décédée à 4h30 à la garnison militaire des suites de maladie. Les riverains apprennent que samedi dernier elle a reçu une transfusion sanguine.
«Son frère est venu nous chercher ici samedi pour qu’on donne notre sang. Il voulait au moins cinq donneurs dans le quartier pour qu’on puisse lui faire cette transfusion sanguine. Moi j’étais parmi, vous savez c’est la famille. On a cohabite ici ensemble pendant des années »,
révèle un riverain.

Une femme au parcours inspirant …
La native de Douala et fille du journaliste fondateur de la maison d’édition Présence Africaine Iwiyè, Kala-Lobe a fait ses études primaires au Petit Joss à Akwa. Elle a fait ses études secondaires et universitaires en France notamment à l’Université de Paris III où elle a décroché son doctorat linguistique en 1976. En 1980, elle a obtienu un MBA en management culturel et en 1997, un DEA en sciences politiques à l’Université de Bordeaux.
En 1992, c’est à la nouvelle expression qu’elle fait ses débuts en journaliste pour suivre les pas de son père. Elle devient très vite célèbre avec sa chronique « Ma candidate serait une femme » alors présentée en période électorale. Du début des années 2000 au début des années 2010, elle anime plusieurs émissions télé et radio, à l’instar « Vendredi soir » sur Equinoxe TV. Au milieu de toutes ces activités, elle crée EBK, société de production qui produit le magazine « Actu« , diffusé sur Canal 2 international. Le 23 février 2013, Suzanne Kala Lobe est nommée par décret présidentiel membre du Conseil national de communication (CNC) et devient la même année directrice de la communication à la société Hysacam. Ces dernières années, elle était consultante sur les antennes de Dash Media.
Femme politique, écrivaine et chanteuse pour l’histoire
La journaliste n’a pas fait que s’exprimer sur les sujets politiques, elle a officiellement pris la carte d’une politicienne avec son adhésion à l’Union des Populations du Cameroun (UPC), le parti historique du pays qu’elle a toutefois quitté en 1992. Suzanne Kala Lobe a aussi porté la casquette d’écrivaine. Elle est auteure des « Chroniques sous le manguier », publié en 2010. En musique, la femme de média s’est aussi illustrée, elle a participé à l’album d’hommage au nationaliste Ruben Um Nyobe intitulé « Ni Africa ni yoso ». On se souvient aussi d’elle comme la chanteuse principale du groupe Djala Lilon.
Dans l’univers médiatique, on pleure une femme de caractère, une journaliste engagée et d’un professionnalisme remarquable. Elle est un modèle dont la jeune génération de journalistes doit s’inspirer, surtout qu’elle clamait la diffusion de ses travaux dans une langue locale.
Chanelle NDENGBE
