Une commémoration historique s’est transformée en festival à Ndokoti : la grande foire culturelle a été marquée par l’élection des toutes premières ambassadrices de la culture de ce village populaire de Douala.
Le décor aux couleurs jaune et bleu, le lundi 21 septembre, dans les rues de Ndokoti, était celui de la caravane qui présentait les fruits de la toute première édition du festival de Ndokoti. Un festival qui a profondément marqué les esprits pour une grande première.

Pendant une semaine pleine, Douala a vibré au rythme du festival de Ndokoti, village populaire de la ville longtemps assimilé à un simple carrefour où règne l’insécurité. La déconstruction des stéréotypes est donc l’une des principales motivations de ce festival afin de redonner à ce village ses lettres de noblesse. C’est dans cette lancée que les concours Miss et d’art culinaire ont suscité une grande effervescence. Des compétitions qui étaient au cœur de la mission de revalorisation culturelle de l’événement.
« Donc, pour la partie qui concerne les femmes, il y a deux volets. Le premier, c’est le concours de l’art culinaire. Ce concours sera constitué de six candidates : le village Ndokoti étant composé de six familles, chaque famille sera représentée. Et cela concerne les jeunes uniquement, puisque nous, les mamans, savons déjà le faire. Maintenant, il faut voir si nous avons bien passé le relais, voir ce que nos enfants peuvent faire et leur montrer ce qu’elles doivent faire»,
avait expliqué en conférence de presse la reine Marie-France Songue Bedime, épouse du chef du village, le Dr François Bedime Songue, et cheffe du pôle foire et animation culturelle du festival. À l’issue de ces concours, deux jeunes filles du village ont remporté respectivement les titres de Miss et de championne d’art culinaire.

Mbango Dissongo Hélène, pionnière Miss du festival à 15 ans
La compétition Miss, qui s’est déroulée dans la soirée du 18 septembre, reposait sur le savoir-faire culturel, l’intellect et la prestance des candidates, notamment leur expression en langue locale (le bassa), leur capacité à attacher le foulard selon la tradition et la qualité de leur projet. C’est Mbango Dissongo Hélène Grace, de la famille Dissongo, qui a été désignée Miss par le jury face à trois autres candidates. L’adolescente porte le projet de valoriser son village au-delà de Douala grâce à sa couronne. L’élève en classe de seconde scientifique au lycée bilingue de Nyalla devient ainsi la première Miss du festival, à 15 ans seulement. Elle a respectivement pour première et seconde dauphines Mpacko Gabrielle (17 ans, élève en Upper Sixth sciences au collège l’Agape) et Njoh Marthe (18 ans, en classe de 1ʳᵉ au collège La Roche).

Au concours d’art culinaire, les candidates ont été jugées sur la préparation du mets traditionnel qu’est le Nsougui et le couscous de manioc, ainsi que sur son goût et sa présentation. C’est Etonde Agnès, la candidate du foyer Bona Beduke, qui a décroché ce sacre historique.

Les blessures de l’histoire, le rappel mémoriel au cœur du festival
En plus des concours de Miss, d’art culinaire, de luttes traditionnelles, de matchs de football et d’une campagne médicale, le festival de Ndokoti a aussi connu une soirée de contes au cours de laquelle a été racontée l’histoire de Ndog Kori, de son nom originel. Contrairement à une idée reçue, Ndokoti n’est donc pas un simple carrefour, mais un village à part entière qui s’étend jusqu’à la Cité des Palmiers. C’est le territoire des fils de Kori, qui autrefois comprenait aussi les villages Nyalla et Ndogpassi — ce qu’on appelle à ce jour « Ndog Kori i keni », en français le « Grand Ndokoti ». Malgré la dislocation, ces villages ont conservé des liens fraternels si étroits que leurs ressortissants ne se marient pas entre eux.
On ne saurait parler de l’histoire de Ndog Kori sans évoquer l’exil forcé de ses fils en 1939, pendant la Seconde Guerre mondiale, lié à la présence du général de Gaulle dans ce village. Les séquelles de cette déportation demeurent vivantes au XXIᵉ siècle.
«Le général de Gaulle est arrivé en 1939 avec ses troupes. Alors, il a occupé le carrefour. Il a séjourné à Ndokoti et, avant qu’il ne vienne, il fallait que les Ndokoti libèrent les lieux. C’est comme cela qu’on a chassé les filles et fils de Ndokoti. On a parlé de déportation. Tous les Ndokoti sont partis en abandonnant leurs biens et sont allés séjourner là où ils pouvaient trouver de la famille. C’est ainsi que les Ndokoti sont partis et que le général de Gaulle a fait de Ndokoti son quartier général… Là où l’on voit les grands hangars, c’étaient les camps des militaires… Et il y avait un couvre-feu ici : pour les autres frères Bassa, personne ne pouvait traverser le territoire après 15 heures. Alors ils ont dévasté nos champs. Ils ont détruit nos premiers cimetières. C’est ce qui nous fait le plus mal. Les parents sont incapables de montrer aux petits-enfants les tombes de leurs ancêtres. Cela fait mal, nous sommes très affectés et nous, les Noirs, savons ce que la tombe représente »,
a raconté Emmanuel Dalle, notaire et secrétaire général de la chefferie.
C’est un 18 septembre qu’est intervenu le retour au bercail après deux ans d’exil. Beaucoup n’ont plus pu retrouver leur habitation, mais cette date est devenue un jour d’action de grâce, un moment où, de génération en génération, les villageois s’arrêtent pour commémorer cette page de leur histoire. En 2026, ils ont décidé de transformer cette commémoration en festival pour renforcer l’unité des six grandes familles du village et redorer l’image de leur territoire.
Du 12 au 19 septembre 2026, c’était donc la fête du village Ndokoti, une célébration marquée par la présence des autorités de la ville et des ressortissants d’autres villages, Ndokoti étant le véritable carrefour des cultures. Le cap est à présent mis sur la préparation de la seconde édition.
Chanelle NDENGBE
