Des manifestants se sont massés devant l’établissement scolaire présenté par la famille de la victime, comme le lieu du viol présumé sa fille.
Il y a eu des revendications de justice au quartier Odza dans la ville de Yaoundé ce jeudi 28 mai 2026. Ce quartier abrite l’Olympic Glory school, école qui fait face aux accusations d’agressions sexuelles sur une fillette de 3 ans, inscrite dans ledit établissement. Face ce énième cas de viol sur mineure, le public de Yaoundé, les femmes en première ligne, ont ainsi dit trop c’est trop à travers des cris ardents qui ont sorti de leurs bureaux, des membres du gouvernement.
Des larmes, des cris, des paroles incisives pour reclamer justice : « Trop c’est trop », « On ne se calme pas, c’est devenu quoi ! Les enfants sont des bois ? » « Ce n’est pas seulement l’enfant d’une personne, c’est notre enfant à tous ! », «Je suis parent je sais ce que ça fait. ».
Des répliques aussi cinglantes que douloureuses des manifestantes qui ont fait bloc à l’extérieur du campus de l’Olympic glory school d’Odza au lever du jour. Elles y étaient dès 6h ce matin. Il s’agit des femmes, venues s’indigner et exprimer leur solidarité à la maman de la petite Bissang Omgba Joyce.
La famille du bébé de 3 ans a fait publier un certificat médical établi le 26 mai, soit au lendemain du constat du sang dans l’entre-jambes de l’enfant, à son retour de l’école le lundi 25 mai, comme l’a martelé son oncle ce jour sur le lieu des manifestations. Ledit certificat confirme l’ »écoulement sanglant » et atteste « une ecchymose hyménéale« .

Convaincus que l’agression sexuelle s’est produite à l’école, la famille s’était rendue à l’établissement où elle aurait été repoussée et menacée. D’ailleurs l’établissement a réfuté les faits et déposé une plainte pour cybercriminalité et diffamation contre la maman de Joyce. Une situation qui a contribué à faire grimper la colère du grand public, colère qui a donné lieu à la forte mobilisation de ce 28 mai. Dans les troupes de manifestantes, on remarque aussi des membres de la famille de Joyce qui ont témoigné du traumatisme que l’enfant subit jusqu’ici.
« Ce matin elle se lève elle dit qu’elle veut se mettre à l’aise, quand on veut maintenant baisser sa jupe pour qu’elle se mette à l’aise. Elle sert sa jupe, elle sert sa jupe, c’est sa grand-sœur qui vient que bé Nawal, c’est moi, c’est moi. C’est là qu’elle regarde bien sa grande sœur et elle laisse que sa grande-sœur baisse la jupe. Vous voyez à quel point l’enfant est traumatisée. »,
déclare une femme se présentant comme la tante de Nawal.
Des actrices culturelles des créateurs de contenus étaient de la partie et c’est en larmes que la comédienne Raïssa Chimala a dénoncé les traumatismes infligées couramment aux enfants en questionnant l’avenir.
« Pourquoi laisser des traumatismes aux enfants ? Pourquoi faire du mal aux enfants ? C’est fort, c’est fort. On fait comment ? On n’accouche plus ? Chaque jour maintenant on entend que soit on a kidnappé un enfant, soit on a violé un enfant, soit on a tué un enfant. On dit que la jeunesse est le fer de lance de la nation, si on passe le temps à faire du mal à nos enfants, les qui seront le fer de lance de la nation demain ? Ce qu’on se bat à faire aujourd’hui … Un parent ne peut pas sortir le matin, se battre, chercher le pain quotidien de son enfant pendant qu’il y a une autre personne qui est entrain de calculer son enfant derrière. » .
La descente de la gendarmerie sur les lieux n’a pas pu calmer les manifestantes, celle du sous-préfet de Yaoundé IV, Akondi Elvis non plus. L’autorité administrative a fondu en larmes face à ce cri collectif, expression de la douleur et du ras le bol face aux récurrents crimes sur enfants au Cameroun. Face aux réclamations de la fermeture de l’établissement, il explique : « L’établissement est ouvert parce que à part votre enfant Joyce Nawal, il y a encore d’autres enfants, nous sommes en période d’examens. Ces enfants n’ont rien fait pour mériter qu’on les bloque de composer leurs examens ». Une explication réitérée par le ministre de l’Education de base, Laurent Serge Etoundi Ngoa, qui est arrivé sur lieux en mi-journée. Le patron de l’éducation de base se dit émissaire du Président de la république pour l’appel au calme et promet des sanctions selon les résultats de l’enquête.
« Nous sommes venus appeler tout le monde au calme. C’est ce que le Président de la république nous a demandé de faire. Nous sommes venus appeler tout le monde au calme pour que pendant que la justice suit son cours, l’école puisse continuer avec ceux qui sont là, avec la petite Nawal qui ne va pas rester éternellement à l’hôpital. L’on rappelle que s’il y a des responsables, ils seront sévèrement punis, et que si l’école était incriminée d’une manière ou d’une autre il y a des mesures qui vont être prises, allant de la suspension à la fermeture de l’école ».
D’autres membres du gouvernement se sont également rendus sur les lieux et la ministre des affaires sociales Pauline Irène Nguene a condamné les faits tout en faisant des promesses de sanctions après les résultats de l’enquête. Mais les Camerounais expriment leur incrédulité aux discours ministériels après l’affaire divine Mbarga, qui a suscité un tollé en mars dernier et dont le public n’a pas connaissance du dossier jusqu’ici, malgré les sorties ministérielles.
Les Camerounais ne veulent donc plus vivre une affaire à la Divine Mbarga ou à la Orphée Bissossolo. La synergie de l’enquête policière et celle ordonnée par le délégué régional de l’éducation de base au délégué départemental du Mfoundi, pourra probablement livrer la vérité et donner rapidement lieu à la justice qu’attendent la famille de la victime et les populations.
Chanelle NDENGBE
