ALVINE EKOTTO EBOLO: LA PÉDAGOGUE QUI A FORMÉ DES GÉNÉRATIONS DE CAMEROUNAIS

Son nom est gravé dans la mémoire des élèves du primaire des années 1960 à 1980.

Pour de nombreux Camerounais ayant fréquenté l’école primaire dans les années 1960 à 1980, le nom d’Alvine Ekotto Ebolo évoque immédiatement un souvenir familier : celui inscrit sur la couverture du célèbre « Mon livre unique de français ». Pourtant, si son nom a traversé les générations, son visage et son parcours restent encore méconnus du grand public.

Née vers 1927 à Douala, Alvine Ekotto Ebolo appartient à cette génération de pionnières qui ont contribué à bâtir le système éducatif camerounais moderne. Très tôt, elle se distingue par son brillant parcours scolaire dans un contexte où l’accès des jeunes filles à l’éducation restait encore limité.

Elle fait partie de la première promotion de l’École supérieure des jeunes filles de Douala avant de poursuivre sa formation à l’École normale de Rufisque, au Sénégal, établissement prestigieux qui forma plusieurs élites féminines africaines durant la période coloniale.

En 1947, elle quitte l’Afrique pour la France afin de poursuivre ses études. Après un passage à l’École normale de Mont-de-Marsan, puis à Nice, elle obtient en 1950 un baccalauréat en sciences expérimentales, devenant ainsi l’une des premières femmes camerounaises titulaires d’un baccalauréat scientifique. Elle poursuit ensuite sa formation à l’École normale de Saint-Brieuc, d’où elle sort enseignante deux ans plus tard.

De retour au Cameroun, Alvine Ekotto Ebolo débute sa carrière comme institutrice. Passionnée par la transmission du savoir, elle enseigne dans toutes les classes du cycle primaire, de la SIL au CM2. Son sérieux et ses compétences lui permettent rapidement d’accéder à des responsabilités administratives importantes.

Admise au concours des inspectrices, elle gravit progressivement les échelons de l’administration éducative. Elle occupe notamment les fonctions d’inspectrice régionale adjointe puis d’inspectrice régionale de l’ancienne région du Centre-Sud. C’est au cours de cette période qu’elle participe activement à la conception et à la publication de manuels scolaires adaptés au contexte national, avec une ambition claire : proposer « des livres faits par les Camerounais pour les petits Camerounais ».

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Son nom restera à jamais associé au mythique « Mon livre unique de français« , ouvrage qui a accompagné l’apprentissage de plusieurs générations d’élèves à travers le pays.

Par la suite, elle est nommée déléguée provinciale adjointe puis déléguée provinciale de l’Éducation nationale pour l’ancienne région du Centre-Sud. À ce poste, elle est chargée de signer les certificats d’études primaires et élémentaires (CEPE). Beaucoup d’anciens élèves se souviennent encore aujourd’hui de ce nom inscrit au bas de leur diplôme scolaire.

Tout au long de sa carrière, Alvine Ekotto Ebolo consacre son énergie à la formation de la jeunesse camerounaise et à l’amélioration du système éducatif national. Son engagement est récompensé par sa nomination au poste de conseiller technique n°1 au ministère de l’Éducation nationale, fonction qu’elle occupera jusqu’à sa retraite en 1985.

Son action ne se limite pas au domaine scolaire. Femme engagée, elle milite également pour la promotion et l’émancipation des femmes camerounaises. Son parcours politique débute en 1962 au sein de l’Union Camerounaise (UC), devenue plus tard l’UNC puis le RDPC. Elle occupera notamment les fonctions de secrétaire nationale de l’OFRDPC et siègera au Conseil économique et social du Cameroun.

Au cours de sa vie, elle reçoit plusieurs distinctions honorifiques pour son engagement au service de la nation, parmi lesquelles le grade de Commandeur de l’Ordre de la Valeur.

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Décédée le 12 juin 2005 à Yaoundé à l’âge de 78 ans, Alvine Ekotto Ebolo laisse derrière elle un héritage immense. Enseignante, administratrice, militante et pionnière de l’éducation féminine, elle appartient à cette génération de bâtisseurs dont l’œuvre continue de marquer silencieusement la mémoire collective camerounaise.

L’oubli est la ruse du diable !

Arol KETCH

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