QUARTIER MINI-FERME À YAOUNDÉ : FILLES DE JOIE, BARS, DÉBAUCHE ET INSÉCURITÉ DE RETOUR

Au quartier Mini-ferme, les activités ont repris leur cours prostitueés, malfrats, tenanciers de bars, auberges, et vendeurs de stupéfiants sont de retour après la reprise des activités commerciales dans ce quartier chaud de Yaoundé.

Interdits d’ouverture pour 30 jours le 29 juin dernier par le sous préfet de l’arrondissement de Yaoundé 3, les lieux de divertissement ont finalement rouvert ce lundi 03 juillet au quartier mini ferme de Yaoundé. Si le rétropédalage de l’autorité administrative fait la joie des ‘’entrepreneurs du plaisir », il siffle aussi le retour de l’insécurité dans ce quartier réputé comme étant l’un des plus dangereux de la capitale politique.

Il est un peu plus de 21h lorsque nous arrivons au quartier mini ferme, ce mardi 04 juillet. Le secteur n’a rien perdu des allures festives qu’on lui connaît. Des deux côtés de la rue de cette avenue chaude où les métiers de nuit se côtoient avec une certaine dépendance les uns des autres, les bruits des bars se font concurrence pendant que les enseignes des hôtels et auberges rivalisent d’irisation.

Alex, propriétaire d’un bar très couru discute des récentes mesures du sous préfet avec quelques clients venus faire allégeance à Bacchus. «Cette affaire a failli me faire rentrer au village» lance t-il pour se plaindre des pertes économiques enregistrées le week-end dernier. «La vie est dure pour tout le monde, décider comme ça de la fermeture des bars, c’est vouloir nous tuer avec toutes nos familles» peste t-il encore. Selon les explications de ce mastroquet qui tient ici sa buvette depuis une décennie, la mise sous scellé de son commerce lui aurait causé des pertes de plus de 300 000 CFA. ‘
Michel, gérant d’un snack-bar situé en face de la gargote de Alex égraine la même litanie en mettant un peu d’eau dans son vin «je comprends la décision du chef de terre mais c’était trop dur pour nous. On a seulement fermé pendant quelques jours et nous souffrons déjà comme ça, imaginez si on avait fermé pendant un mois … » fait observer le quinquagénaire qui avoue pratiquer des majorations sur les prix de bières pour combler le manque à gagner .
Sur les abords des rues, les vendeurs de cigarettes et les filles de joie mènent allégrement leurs activités. Les professionnelles du sexe sont les plus visibles.

Dans leurs tenues suggestives, les reines de la nuit se partagent des clients venus mettre fin à un sevrage qui aura peut être été frustrant.

Nous approchons l’une d’entre elles. Et, alors que nous nous apprêtons à entamer la discussion avec cette dernière, nous voyons venir vers nous deux hommes aux bras musclés qui nous interpellent d’un ton menaçant. Ils nous interrogent sur nos intentions et nous somment violemment de quitter cet endroit. La scène est suivie de loin par un passant qui nous approche à quelques mètres de là « vous cherchiez quoi là bas ? » nous questionne t-il. Nous lui expliquons la raison de notre présence «vous avez eu beaucoup de chance » nous lance t-il. On ne fait pas ça ici, vous auriez pu vous faire agresser ou tuer même ‘’ nous explique notre interlocuteur qui accepte volontiers de se soumettre à son tour à nos questions.

Selon notre informateur, les hommes qui nous ont apostrophés seraient en charge de la sécurité des prostituées. Ils auraient une sorte d’accord avec ces dernières qui leur verseraient une partie de leurs recettes en fin de soirée. «Il ne faut pas voir les filles là comme ça. Souvent, ce sont elles qui signalent aux agresseurs qu’un tel client a beaucoup d’argent. C’est comme ça qu’elles livrent les gens aux bandits’’ nous renseigne t-il.

Toujours selon lui, les filles de joie seraient à 80% au cœur de toute l’activité économique qui fleurit de nuit à Mini-ferme « ce n’est pas difficile à comprendre…Quand les gens boivent, ils cherchent les femmes. Les gens qui viennent boire, cherchent les femmes. Les gars qui agressent et qui vendent la drogue sont aussi les gros bras des femmes » argue t-il d’un air savant avant de nous révéler que la majorité des grands délinquants du coin seraient connus de tous les tenanciers de buvettes qui les entretiennent à coup de rançons symboliques pour se mettre à l’abri de malencontreuses violences physiques qui peuvent parfois finir en assassinat.
Et, quand nous lui demandons quelle serait la solution pour en finir avec l’insécurité dans ce quartier, il soulève l’urgence d’une implication des acteurs économiques installés sur place. «Je vous ai dit qu’ici , tout le monde connaît tout le monde. Pour que l’insécurité finissent ici, il faut que tout le monde décide d’en finir avec. Le problème c’est que les gens mettent leurs intérêts devant et ils ont peur de livrer les bandits aux forces de l’ordre. Il devient donc Impossible de régler ce problème, à moins de raser le quartier » conclut-il.

Pour rappel, un élément des forces de l’ordre a récemment été tué au quartier Mini-ferme. Ce meurtre est le énième forfait qui a conduit le sous préfet de l’arrondissement de Yaoundé 3 à décider de la fermeture pour 30 jours des débits de boissons, hôtels, auberges et autres lieux de distraction. La mesure décidée le 29 juin 2023 dernier a été levée ce 03 juillet 2023 par la même autorité administrative.

John Matou

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