Les conséquences désastreuses de l’usage des drogues en milieu jeune imposent une véritable stratégie de riposte au sein des familles, noyaux de la société.
Un rapport officiel communiqué en juillet 2024 par le ministre de la santé publique le Dr Manaouda Malachie a révélé l’état des lieux alarmant de la consommation des drogues au Cameroun, précisant que 68% des sujets concernés par la drogue sont scolarisés. Dans le secteur privé, au cours de la conférence «Ensemble contre les drogues : consommateurs et famille», organisée par l’association Au-delà des frontières, dame Vanina Laure Mendo, dirigeante de United against drugs informe qu’un foyer sur deux est touché par les drogues au Cameroun, une situation face à laquelle des mesures de protection sont proposées.

La faiblesse de l’attachement et du contrôle parental, une cause de l’usage des drogues par enfants
Le constat de la consommation des drogues en milieu jeune est «catastrophique» selon dame Mendo. Le silence des parents par honte ou par choc n’empêche pas les manifestations des dégâts que produit l’usage des drogues chez leurs enfants. « Aujourd’hui c’est un foyer sur deux qui est concerné, mais c’est juste que les gens n’en parlent pas. C’est la honte, c’est le déni, c’est la culpabilité c’est le regard d’autrui », qui font que les parents ne parlent pas de la situation de leurs enfants victimes des drogues, informe la présidente de United against drugs. La leader de l’association de lutte contre les drogues part de son expérience en tant que maman d’un enfant, ancien usager des drogues pour démontrer l’importance de l’attention et du contrôle des parents sur leurs enfants. La maman qu’elle est a su que quelque chose clochait chez son fils aîné lorsqu’il s’est mis à frapper sa sœur cadette à lui. Cette attitude était l’alerte qui l’a poussée à creuser pour comprendre ce qui n’allait pas chez son enfant et en poussant le bouchon, elle a découvert que son fils se droguait, alors qu’il n’était encore qu’au secondaire. Cette terrible découverte l’a amenée à chercher les causes, les raisons à l’extérieur, mais c’était une erreur selon elle. « L’erreur que j’ai fait et que beaucoup font, c’est de chercher les erreurs ailleurs alors que généralement les causes sont internes, c’est lié à notre attachement, notre encadrement, l’absence de communication, de dialogue… », explique la spécialiste. Elle ajoute que pour prévenir ainsi l’usage des drogues par les enfants, les parents devraient être plus attentifs. « Il faudra donc que les parents soient plus regardants, que les parents soient plus conscients, que les parents soient plus attentifs et qu’ils accordent une place de choix au dialogue en famille », argue-t-elle. Ceci est d’autant plus important que même si l’enfant est influencé à l’extérieur du foyer par des mauvaises compagnies, ce dialogue amène le parent à s’enquérir des influences extérieures sur son enfant et à agir en conséquence. La découverte du fait qu’un enfant se drogue doit être acceptée par le parent pour engager le processus de guérison.

L’acceptation et l’amour indispensable au processus de guérison
Lorsqu’un parent découvre que son enfant consomme de la drogue, il doit se ressaisir, car c’est le moment où il doit être plus attentionné. Un laisser-aller au choc, au découragement et à la honte peuvent occasionner le pire. « Qu’il commence par manifester beaucoup d’amour. Qu’il lui dise mon fils, ma fille, je te comprends, ensemble on va s’en sortir. Rien que cette phrase, rien que cette phrase, ça brise tout » soutient dame Mendo. C’est important pour permettre au jeune usager de la drogue de se battre pour redevenir un être saint alors qu’un sentiment de rejet, de dégoût peut le faire sombrer. « Ça fait que l’enfant ne se sent plus marginalisé, stigmatisé ou discriminé. Il comprend que ce qui était un problème individuel est devenu l’affaire de tous.», explique l’oratrice. Aussi importante qu’elle soit, la seule action du parent pour la prise en charge de l’enfant usager de drogue est insuffisante, il a le devoir de s’ouvrir pour solidifier le traitement de son enfant.

La gestion d’un enfant usager de drogue, une affaire de toute la société
Le dicton africain «il faut tout un village pour éduquer un enfant» prend tout son sens avec la gestion d’un enfant usager de drogue. Ce n’est plus qu’une affaire du parent, ou de la famille nucléaire, mais la famille élargie, voisins, amis et collègues doivent s’y mêler, il est impératif que les parents soient ouverts et communiquent. Selon l’expérience de dame Mendo, cette option allège le fardeau du parent et le conduit vers des résolutions plus ou moins directes. «Déjà le fait d’en parler t’enlève un très gros poids, tu sens que tu n’es plus seul dans le problème. Il y a X, il y a Y, il y a Z et ensemble, ils vont te donner des solutions. Pour la petite histoire, moi je ne savais pas qu’au Cameroun, il y a des centres de désintoxications. C’est justement parce que j’en ai parlé à un X, qui m’a dit : mais tiens Vanina, pourquoi tu veux mourir pour l’enfant ? Il y a un truc juste à côte, viens je t’y amène », révèle dame Mendo. Toujours selon l’expérience de l’oratrice, parler aux autres permet aussi au parent de garder le contrôle sur son enfant, même en son absence de sorte que les membres de la famille élargie, les voisins, amis et collègues sont les yeux du parent s’ils voient l’enfant en cours de traitement dans des postures ou endroits inappropriés.
La présidente de United against drugs a fait cette sensibilisation le vendredi 27 décembre 2024 dans le cadre de la conférence organisée par Au-delà des frontières, association humanitaire basée au Québec au Canada et dirigée par Claudia Priso Ndounkeu. Une initiative soutenue par United against drugs, Teen Challenge dont le coordonnateur, le pasteur Jacques Nonga a expliqué les activités en faveur de la lutte contre les drogues en milieu jeune. Peace Bus association dont le centre de ressource a accueilli l’évènement est un autre partenaire de cette organisation. Pour sa présidente, dame Madeleine Kenfack, cette sensibilisation permet de trouver des réponses au violences basées sur le genre dont la lutte se range dans les activités.
Chanelle NDENGBE
