Alors que le pays fait face à des foyers de tension multiformes depuis plus d’une décennie, la section camerounaise de la WILPF (Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté) met en avant une approche inclusive efficace.
Depuis un peu plus d’une décennie, le Cameroun est secoué par plusieurs conflits armés : crises persistantes dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, menaces sécuritaires à l’Extrême-Nord et à l’Est. Au milieu des bruits de bottes, des uniformes des forces régulières et des vies brisées, une force discrète mais déterminée fait entendre sa voix : celle des femmes formées par la WILPF (Women’s International League for Peace and Freedom).
Des chiffres qui ont parlé d’eux-mêmes
Lors du récent congrès international de l’organisation, qui s’est ouvert le 17 juillet dernier sous la houlette de sa présidente internationale, la Camerounaise Sylvie Jacqueline Ndongmo, les résultats du travail de terrain mené au pays ont été dévoilés au grand jour.
À ce jour, ce sont plus de 1 200 femmes et jeunes filles qui ont été formées aux techniques de médiation en zones conflictuelles.
Un encadrement de proximité qui a permis des avancées concrètes :
- Plus de 850 incidents et tensions localisés désamorcés avec succès au cours des 24 derniers mois, évitant des escalades désastreuses.
- 87 comités locaux de paix créés dans autant de communes à travers le pays.
- 3 400 bulletins de risques et d’analyses sécuritaires générés.
- 42 conventions de paix signées entre des communautés locales.
Amina à Mora : le triomphe de la communication non violente
Dans les couloirs de l’organisation, l’épopée d’Amina est érigée en modèle. Installée à Mora, dans l’Extrême-Nord, cette jeune militante de la paix a permis à sa communauté d’éviter un dramatique conflit foncier.
En facilitant le dialogue entre les chefs communautaires et les belligérants grâce aux techniques de communication non violente apprises au sein de la WILPF, elle a su trouver les mots juste pour apaiser des tensions prêtes à s’enflammer. Un soulagement de plus dans une zone déjà lourdement fragilisée par la menace terroriste de la secte Boko Haram.
L’impératif d’une approche inclusive
Des « Amina », il en existe des centaines à travers le pays. Des femmes bien décidées à ne pas se mettre en marge de la résolution et de la prévention des conflits.
Pour la section camerounaise de la WILPF, créée en 2014, le postulat est clair : il est impossible de bâtir une société durablement paisible sans l’implication des premières victimes des crises, à savoir les femmes et les jeunes. De l’Extrême-Nord aux zones délicates du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ces soldates de la paix prouvent chaque jour que la médiation communautaire et l’inclusion sont des armes redoutables pour conjurer le fatalisme de la guerre.
John Matou
