ACTIVISME CONTRE LA VIOLENCE DES MOTS : LA DEPUTEE NOURANE FOTSING PORTE LE COMBAT POUR LES FEMMES

Les remarques sexistes, les intimidations par le discours, le dénigrement en ligne ; des formes de violences subtiles perpétrées contre les femmes et qui ont fait l’objet d’une conférence nationale à Douala.

Comme c’est le cas chaque année, les 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes se déroulent entre le 25 novembre (journée mondiale contre l’élimination de la violence à l’égard des femmes) et le 10 décembre (journée des droits de l’homme). Le Cameroun a emboité le pas avec une conférence nationale organisée le 23 novembre 2025 dans la capitale économique, une initiative de l’honorable Nourane Fotsing, députée à l’assemblée nationale du Cameroun.

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La violence des mots, la violence en ligne, réel calvaire pour les femmes

Si la violence physique est plus souvent au cœur des dénonciations quand on parle de violences faites aux femmes, la violence des mots n’est pas en reste. Des mots prononcés ou écrits dans les réseaux sociaux, sous forme de contenus ou de commentaire peuvent prendre la forme d’un fouet en plein cœur. C’est ce que des femmes vivent ou ont vécu.

« J’ai mis l’accent sur la violence des mots, la violence verbale, la violence du silence, qui fait aussi mal que la violence physique, parfois même beaucoup plus mal. Parce que ce sont des violences qu’on peut subir pendant des années, voir même toute une vie. Des types de mots qui peuvent complètement détruire votre existence. ‘Si vous n’accouchez pas vous n’êtes pas une femme, une femme c’est fait pour la cuisine, tu n’es pas assez intelligente… les postes de ce niveau ce n’est pas fait pour les femmes’. Cette violence-là, la violence des mots touchent énormément notre société. Personnellement, moi je la subis au quotidien, je suis une personnalité publique »,

a expliqué la promotrice de l’événement Nourane Fotsing.

Une centaine de femmes se sont réunis autour de ce sujet, une cause à laquelle se sont aussi mêlés des hommes de science. Autour des panels, des personnalités publiques, des cadres d’entreprises, cadres d’administrations, des personnes ordinaires ont parlé de leur expérience, dénonçant la recrudescence des violences qui conduit aux féminicides et levant le voile sur la violence du dénigrement en ligne. « Malheureusement on constate qu’il y a une augmentation de féminicides. Cela veut dire que nous devons encore continuer à sensibiliser sur les mêmes sujets, sur les mêmes questions sur lesquelles nous sensibilisons depuis plus de deux, trois, quatre décennies et c’est très malheureux de voir qu’on l’a impression d’avancer d’un pas et de reculer de deux autres pas», déplore l’écrivaine Djaili Amadou Amal, panéliste à la conférence. Des violences souvent encouragées par la perception négative « pas très honorable » que des cultures africaines donnent à la femme depuis sa naissance. « Et souvent on se rend compte que de la naissance au veuvage, la femme a souvent été victime des paroles ou d’une perception qui n’est pas très honorable. Quand elle nait, on regrette un peu sa naissance si un fils ne l’a pas précédée. Quand elle doit se marier, elle devient une cible de belle-mère, de sa belle-sœur. Et elle est obligée pour réussir son foyer, de prendre sur elle sur le plan mental, psychologique », expliquait l’ex-députée Marlyse Douala, Bell, présidente de Manycawe Littoral.

Sur internet, Noura Njikam, la Miss Cameroun 2024 qui est aussi la Miss Word 2025, a vécu un bashing très douloureux au point où sa santé a pris un coup. « Je n’étais pas acceptée, certains ne m’acceptaient pas parce que je suis Bamoun, mais j’étais candidate du Nord… Donc je suis rejetée. Au départ je me dis que ça va passer, mais en face, on avait aussi ceux qui n’étaient pas contents que tu aies réussi et que leur candidate ait échoué. Donc ça persistait », a raconté la reine de beauté. Le Pr psychothérapeute Njengwe ERERO explique que cette situation de cyberharcèlement par la manière malveillante avec laquelle les internautes expriment leur opinion sur les personnalités. « Le problème maintenant c’est qu’on est dans l’entre deux milieux. C’est-à-dire que quand on est dans les réseaux sociaux, quand on est dans le spectacle par exemple. Quand on est face au regard d’autrui qui est un regard d’évaluation, sachant que l’évaluation peut-être favorable comme elle peut-être défavorable. Et la façon d’exprimer, c’est-à-dire de restituer l’opinion favorable ou défavorable, peut-être malveillante, hostile », arguait le psychothérapeute.

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Force et détermination des victimes, responsabilité des internautes

Le silence, dans certaines circonstances est une forme de violence à l’endroit des femmes et des filles, le silence face à tout ce qu’elle subit, aux remarques sexistes, au dénigrement dans ou hors des réseaux sociaux. C’est ainsi que les femmes peuvent elles-mêmes se rendre complices des violences à leur endroit. Briser le silence n’est donc plus une option. Car l’accompagnement psychologique et même juridique est disponible pour les victimes des violences verbales. En outre, les panelistes ont fait comprendre que la femme doit s’armer de force dans un milieu où le langage lui porte atteinte. Elle n’a pas besoin de fuir et d’abandonner ses rêves, mais de les poursuivre avec force et détermination et s’en sortir résiliente en attendant les remédiations externes (justice réparatrice, prise de conscience des bourreaux). C’est ce qui a poussé la présentatrice TV Marie Gisèle, dite MG à dire qu’en matière d’inclusion, « les solutions ne viennent pas que des autres ». Enfin, l’attitude des internautes sur le cyberespace devrait être revue quand on sait que la manière hostile d’exprimer leur opinion est susceptible de couter la vie à une personne.

Tenue à la veille du lancement de la campagne mondiale des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, cette conférence a été saluée et corroborait avec le thème national « Unis pour mettre fin à la violence numérique à l’égard de toutes les femmes et les filles », comme déclaré dame Gisèle Ekoh, déléguée régionale du ministère de la Promotion de la femme et de la Famille pour région du Littoral.

Chanelle NDENGBE

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