L’assassin présumé du petit Mathis passera sa première nuit en prison,17 jours après son forfait, alors que les voix criant justice ne cessent de retentir sur cette affaire d’infanticide.
Vêtu du maillot des lions indomptables, c’est ainsi que cet homme est arrivé devant le procureur ce matin, c’est donc ainsi qu’il a été placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Yaoundé aux environs de 15h30 minutes ce mardi 27 mai 2025. Un défèrement à l’issue de la présentation des résultats de l’autopsie de Mathis et des aveux fragmentés de Dagobert Nwafo au parquet du tribunal de première instance du Mfoundi. Il a reconnu s’être saisi d’une arme blanche avant de faire incursion chez Paulin Wandji, mais déclare ne pas se souvenir de la suite des événements. La décision de son incarcération intervient après une intense mobilisation du peuple et des personnalités publiques qui réclament justice pour l’enfant de 6 ans dont le sort du bourreau demeurait en suspens plus de deux semaines après le drame.
Des mamans portent le deuil au commissariat
Dagobert Nwafo, l’homme qui a poignardé à mort le fils de son voisin âgé de 6 ans était jusqu’à hier 26 mai 2025, placé en garde à vue au commissariat du 5e arrondissement de Yaoundé. C’est cette situation qui a amené un groupe important de mamans à pleurer le petit Mathis à haute voix devant le commissariat du 5e arrondissement, le lundi 26 mai 2025. Habillées pour la plupart de noir, ces mamans se lamentaient, exécutant un chant de deuil dans l’une des langues Bamiléké de l’Ouest Cameroun. L’écrivaine Ernis explique que c’est un chant fort qui puise dans la tradition pour réclamer justice.
« Dans la tradition Bamiléké, la poule joue un rôle sacrificiel lors des rituels de purification. Pour qu’un sacrifice soit validé, il est nécessaire que la poule provienne d’une source légitime et qu’elle n’ait pas été obtenue par un acte de vol. Il faut surtout que celui qui offre le sacrifice ou requiert la grâce ait obtenu sa poule en utilisant ses propres fonds, issus de son dur labeur.Et le chant de deuil exécuté par ces mamans dit ceci:« Tu arrêtes la poule d’autrui pour résoudre tes problèmes, même dans cent ans, le même problème reviendra.»Moment de deuil collectif, mobilisation des mères qui ont accouché, et ce, dans un lieu symbolique, devant le commissariat où se trouve le criminel ayant fait du mal au bébé Mathis. Elles assimilent le petit Mathis à une poule volée, un sacrifice irrecevable. Elles conjurent. Elles maudissent. Elles pleurent »,
argue l’écrivaine sur sa page Facebook. Moins de 24h après les lamentations de ces mamans, la réaction de la justice n’a pas tardé, le mis en cause a été présenté au procureur ce mardi et la décision de le placer sous mandat de dépôt a été prononcée. Cette mobilisation des mamans a croisé l’intensification des cris sur internet.

Une toile en soif de justice …
La fête des mères, le 25 mai dernier a amené plus d’un à avoir une pensée profonde pour la maman de Mathis, le garçon arraché si brutalement à la vie et dont le bourreau avait été renvoyé en garde à vue même après avoir été déféré au parquet le 14 mai dernier. Le 15 mai, l’assassin présumé de Mathis avait quitté le parquet non pas pour la prison, mais pour le commissariat sur instruction du procureur Luc Ndi Ndi qui évoquait un complément d’enquête. Une décision que plusieurs ont jugé inadmissible pour celui qui a poignardé à mort un enfant devant des témoins mineurs. Leaders d’opinion, hommes et femmes de médias, artistes n’ont pas caché leur indignation. Le rappeur Maahlox a fait un sacré coup de gueule dans lequel il a interpellé les autorités camerounaises, ses collègues artistes y compris Lydol, la fille du mis en cause. Il interpellait également les parents de Mathis, exigeant d’eux une meilleure mobilisation pour que l’assassinat de leur fils soit puni.
Pour des artistes, la lenteur du traitement de l’affaire était incompréhensible et inaceptable.
« QUAND LA JUSTICE TARDE L’INJUSTICE TRIOMPHE , BEBE MATHIS MERITE JUSTICE MAINTENANT.Aujourd’hui, mon cœur est lourd et ma colère immense. Il y a quelques jours, bébé Mathis a été brutalement arraché à la vie. Ce crime odieux a été commis sous les yeux de témoins, avec des preuves accablantes, et pourtant, la justice prend un temps inacceptable »,
a réagi la chanteuse Kareyce Fotso. Cynthia Elisabeth Ngono est sortie de sa réserve face à cette situation. Pour elle, c’est une infamie.
« Les faits sont clairs. Le mobile est établi. Les témoins sont nombreux. L’arme du cri-me a été reliée au suspect. Mais Dagobert Nwafo est encore libre.Vous avez été habitués à notre silence. À notre lâcheté. À nos peurs. À notre déni. Mais ne vous trompez pas : nous ne sommes pas id-iots.La loi est claire. Les articles 275, 276 et 277 du Code pénal camerounais stipulent respectivement :« Quiconque cause la mort d’autrui est puni de la réclusion à perpétuité. »« Si ce meurtre est prémédité ou sert à couvrir un autre crime, la peine est la mort. »« Le meurtre d’un enfant est une circonstance aggravante» Y a-t-il eu assa-ssinat ? Oui. Était-ce prémédité ? Oui.La victime était-elle un enfant ? Oui. Pourquoi donc ce complément d’enquête ? Si ce n’est pour gagner du temps, détourner l’attention, préparer éventuellement l’opinion publique à une requalification en hom-icide involontaire ? La jurisprudence camerounaise doit cesser d’être une mascarade. Ce scénario est indigeste. Infamie! « .
C’est dans l’après-midi du 10 mai que Mathis a été assassiné dans le domicile de ses parents. Le voisin qu’il appelait tonton Blake est entré chez eux pendant que le petit visionnait avec ses frères. Le tonton assassin muni d’un long couteau a transpercé deux fois le corps de Mathis tandis que ses frères avaient pu se sauver. Sieur Dagobert Nwafo avait agi ainsi après une bagarre dans une buvette avec le père de sa victime. C’était au quartier Ngoa-Ekellé où la population avait bondi sur le mis en cause, sauvé par l’intervention des forces de l’ordre. L’enquête prend une tournure décisive avec la décision de le placer sous mandat de dépôt ce mardi 27 mai. Il est poursuivi pour assassinat, tentative d’assassinat, violation de domicile entre autres.
Chanelle NDENGBE
