En zone de guerre ou pas, les femmes et enfants sont de plus en plus exposés à l’insécurité au Cameroun, comme cela été démontré au cours d’un colloque scientifique organisé par l »Ecole internationale des forces de sécurité, à Awae .
La situation des femmes et des enfants est alarmante au Cameroun selon des recherches scientifiques menées par des hommes de science, des cadres de l’armée et des femmes de médias convoquées à un colloque international de l’Ecole internationale des forces de sécurité. Leurs travaux réunis autour du thème « Insécurité polymorphe des catégories vulnérables en Afrique: Le cas des femmes et des enfants », exposent et analysent des faits de féminicide, d’infanticide, de violences sur ces catégories et de leur objectification.

En situation de conflit, les enfants sont faits malgré eux des soldats, espions, messagers…
Dans les zones de conflits, la violation des droits des enfants est criarde. Des mineurs sont faits soldats et ont des rôles qui leur sont assignés contre leur volonté. C’est ce qu’explique le Pr Fofack Eric Wilson de l’université de Dschang. Dans ses travaux intitulés « Enfants-soldats: victimes et acteurs de la violence », il explique comment les enfants payent le lourd tribut des conflits armés et deviennent eux-mêmes des auteurs de violences. Le Dr Abou’ou Jeanne Mariette Rosette du Ministère de l’économie, de la planification et de l’aménagement du territoire (MINEPAT) dans sa recherche sur « Les conflits armés en Afrique comme cadre d’émergence et d’aggravation des insécurités des femmes et des enfants », renforce les révélations sur la situation désolante des enfants en zones de guerre. Tous ces travaux presentés au récent colloque international de l’EIFORCES devoile que malgré eux, les enfants deviennent combattants, cuisiniers, messagers, espions, agents logistiques entre autres. Certains enfants naissent dans les contextes de guerre et ne connaissent rien d’autre que cet environnement. Parfois, ils sont formés pour éliminer les membres de leurs propres familles. Se retrouvant dans des situations si effroyables, ces enfants tentent parfois de s’echapper des griffes de leurs patrons bourreaux mais l’évasion n’est pas toujours une voie de secours. Le Dr Abou’ou Jeanne argue que lorsque que ces enfants essaient de quitter ces milieux, ils sont stigmatisés au sein des communautés et ne sont pas bien accueillis. Tel est le calvaire que vivent de nombreux enfants en zone de crise sécuritaire. Les femmes ne sont pas épargnées.

La propulsion alarmante des violences basées sur le genre et les féminicides …
Les zones en crise au Cameroun, tout comme dans d’autres pays africains frappés par des conflits, les violences sexuelles sont utilisées comme stratégie de guerre, au grand malheur des femmes et des filles. C’est l’un des éléments soulevés par Gallax Etoga, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la défense en charge de la gendarmerie nationale, lors de son discours d’ouverture. Ces violences sexuelles sur les femmes, visent à déstabiliser l’adversaire et occasionnent des troubles au sein de la société. Les féminicides se produisent également en contexte de crise sécuritaire. En septembre 2024, une explosion criminelle attribuée aux groupes armés visaient les commerçantes à Bamenda. Cette attaque avait tué la commerçante Chung Juliet. Si les femmes sont exposées à l’insécurité en contexte de guerre, les zones où ne se déroulent pas les conflits armés ne sont pas des jardin d’Eden pour elles. C’est ce qui s’est démontré avec des travaux de Griote.tv. Le web média traitant des sujets liés aux femmes et aux enfants a également pris part à ce colloque international s’intéressant à la situation sécuritaire des femmes et des enfants en Afrique. Sa Directrice Clarence Yongo a fait le tour de la question des « Phénomènes d’enlèvements d’enfants et de féminicides au Cameroun ». À côté d’un rapport analytique sur le phénomène d’enlèvements d’enfants au Cameroun, dame Clarence Yongo s’est aussi penchée sur la question des féminicides, le féminicide étant considéré comme la forme la plus extrême des violences faites aux femmes. Il ressort que 144 femmes ont été victimes de féminicide pendant les deux dernières années, selon le décompte de Griote.tv. L’année 2023 a compté 67 féminicides et l’année 2024, 77 cas avec des pourcentages plus élevés en crimes d’insécurité et crimes conjugaux. Les régions du Centre et du Littoral sont toujours au sommet concernant le nombre de cas, mais les pourcentages des regions de l’Ouest, de l’Est et de l’Extrême Nord ne sont pas négligeables. L’analyse des féminicides rend compte d’une situation alarmante qui destabillise les familles et crée un réel malaise social.
Le colloque international sur l' »insécurité polymorphe des catégories vulnérables en Afrique : le cas des femmes et des enfants« , s’est tenu du 06 au 07 mai 2025 au siège de l’EIFORCES à Awaé. Il est organisé dans un contexte marqué par les crises sécuritaires en Afrique et des actualités de plus en tragiques au sujet des femmes et des enfants. Ce moment scientifique visait ainsi principalement à « recenser les facteurs qui contribuent à l’insécurité multiforme des femmes et des enfants en Afrique, proposer des solutions pour y remédier et dégager une contribution pour la gouvernance des catégories vulnérables pour un meilleur développement de l’Afrique « , lit-on dans le dossier de presse. À la sortie de ce colloque international pendant lequel seize (16) thématiques ont été développées, il ne reste plus que l’application sur le terrain des résolutions émises pour voir une Afrique, particulièrement un Cameroun meilleur marqué par la sécurité autour des femmes et des enfants.
Chanelle NDENGBE

