Deux femmes au destin tragique, pourtant moquées et humiliées sur le cyberespace.
Les photos de ces femmes ont été diffusées sur les réseaux sociaux et les histoires y accolées ont été travesties pour des besoins d’humour. Pourtant leur histoire ne donnerait pas envie de faire des plaisanteries.
Sawtche (Saartjie Baartman)
Saartjie Baartman, de son véritable nom Sawtche, née vers 1788 dans le Cap Oriental (Afrique du Sud), a été longtemps utilisée comme bête de foire. Avant sa mort en 1815 en France, cette femme Khoïsan transformée en esclave était exhibée pour son large postérieur.
Encore appelée la «Vénus Hottentote», son histoire rappelle le regard abject qu’avaient les européens sur ceux qu’ils qualifiaient de «race inférieure».
Sawtche asservie toute sa vie est découverte en 1810 par Alexander Dunlop, chirurgien militaire de la marine britannique. Son hypertrophie des hanches et des fesses deviennent ainsi des arguments pour l’exposer tel un animal, dans des zoos humains.
Elle apparait dans une cage, réifiée, on lui lance des quolibets et les spectateurs ne s’empêchent de toucher son anatomie. Le spectacle inhumain va se poursuivre en France, puis en Hollande. Elle devient ensuite un objet d’études scientifiques. Sawtche meurt dans des conditions horribles, on lui diagnostique une pneumonie associée à la variole, on la présente comme alcoolique dans son examen post-mortem. Même après sa mort, elle est disséquée, au nom du progrès des connaissances humaines.
Sawtche a donc été mortifiée toute sa vie et même après sa mort.
Extrait de « Sexe, race & colonies »
Cette photo montre également la chosification des esclaves dans les empires coloniaux et les systèmes esclavagistes. Herbert Sigha qui milite pour la réappropriation du patrimoine, nous explique que cette illustration est extraite de «Sexe, race & colonies» : « Chinde. Branco & Negro. Black & White », carte postale, Mozambique, 1907. OLIVIER AUGER.
Sur cette photo toute aussi opprimante, on voit cette femme noire, apparaitre seins nus, aux bras de cet homme blanc.
«Sexe, race et colonies étudie les rapports de pouvoir et de domination à l’encontre des personnes racisées. Ces rapports s’articulent autour de la construction du corps de «l’autre » et des fantasmes que cela engendre. En pas moins de 543 pages, plus de cent auteurs analysent les rapports entre colonisation/impérialisme, sexualité et « race » sur plus de six siècles, de 1420, époque des grandes explorations, à nos jours. L’étude est divisée en quatre parties – «Fascinations 1420-1830 », «Dominations 1830-1920», «Décolonisations 1920-1970», «Métissages depuis 1970 »
En gros c’est un livre qui essaye d’expliquer de manière esthétique et philosophique les viols perpétuels que les femmes Africaines ont subi pendant toute la colonisation.», dépeint Herbet Sigha.
Chantal Mveng
