Figure emblématique de la musique Camerounaise, Koko Ateba s’est éteinte vendredi, de vibrants hommages pleuvent pour elle.
Elle était une chanteuse pas comme les autres, du fait de sa voix d’exception, mais aussi de son engagement social. La talentueuse artiste musicienne Koko Ateba a tiré sa révérence à l’hôpital Foch à Paris comme annoncé par sa famille le vendredi 13 décembre 2024.
La guitariste engagée, la femme inspirante chantait dans diverses langues. En français, anglais, duala, ewondo et pidgin ses titres demeurent des délices dont on ne se lasse pas. Révélée au public dans les années 1980, sa voix mêlée au son de sa guitare acoustique la distinguait dans un contexte où les femmes étaient rarement représentées dans les métiers de la musique hors chant, en guitare notamment. Par ce courage de s’illustrer dans un secteur hautement dominé par les hommes et dont on pensait qu’ils avaient l’exclusivité, elle a inspiré plusieurs générations de musiciennes. Kareyce en fait partie. « KOKO ATEBA. Elle a été une véritable précurseure, une lumière pour tant d’âmes. Dans un environnement où l’on pensait que la guitare était un domaine réservé aux hommes, tu as prouvé que la passion et le talent n’ont ni genre ni limite », a écrit la chanteuse sur sa page Facebook. « Sa musique est universelle, intemporelle. Elle transcende les frontières, touche toutes les sensibilités et parle à chaque cœur qui l’écoute. Elle nous a offert bien plus que des mélodies ; Elle a été une école, un modèle, une inspiration pour moi « , ajoute Kareyce Fotso.
Dans le monde politique, le décès de Koko fait couler de l’encre. L’avocat et homme politique Akere Muna rend hommage à une femme de conviction, militante pour la paix dans son pays le Cameroun. « J’ai eu le privilège de connaître Koko Ateba pendant plus de 40 ans , et nous sommes restés bons amis tout au long de cette période. Ses convictions politiques étaient rares et inspirantes. À travers sa musique, elle chantait l’amour, l’unité, l’amitié et la solidarité. Elle plaidait avec passion pour un dialogue authentique comme solution aux crises dans les régions du Nord- Ouest et Sud-Ouest », a réagi le leader politique.
Incluant les titres « Je suis bien ici »; « Nelson Mandela », l’album Talk sorti en 1986 avait connu énorme succès. Mais cette propulsion a été relentie avec l’arrestation de la chanteuse en 1988. La prestation de la chanson « Atemengue » traitant de l’infidélité. En 1988, invitée à chanter à la présidence du Cameroun. Elle est accusée de s’être moquée de la première dame de l’époque Jeanne Irène Biya. elle interprète innocemment Atemengue, une chanson douce issue de son héritage familial. Elle aurait passé deux mois de prison et ses chansons ont été interdites sur le territoire national. Elle a ainsi connu l’exil forcé. C’est une étape qui avait profondément marqué l’artiste. En s’exprimant sur le sujet, elle avait des révélations au sujet de sa famille. « Cette histoire, ma mère l’a vécue, moi-même, j’ai vécu la situation décrite dans cette chanson, parce que les gens disent que le fils que j’ai n’est pas le mien », avait déclaré la guitariste. C’est à France que sa carrière rebondit avec la chanson devenue le générique de la célèbre émission « Frou frou » sur la chaîne France 2. Sa renommée devient internationale avec ses passages au Canada, au Gabon et dans la France.
En 2010, à l’occasion du cinquantenaire de la proclamation de l’indépendance du Cameroun, la musicienne avait été conviée, elle a sublimé la scène. C’est un vide immense que l’une des pionnières guitaristes laisse ainsi au Cameroun et dans le monde de la musique.
Chanelle NDENGBE
