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DÉJÀ SIX ANS QUE DELPHINE TSANGA PREMIERE FEMME MINISTRE AU CAMEROUN S’EN EST ALLEE

C’est un hommage d’envergure que nous rendons à Delphine Tsanga, une pionnière qui nous a quittés il y a 6 ans.

16 juillet 2020 – 16 juillet 2026 : il y a 6 ans nous quittait Delphine Tsanga.  Elle fut la première femme ministre de l’Histoire du Cameroun. Infirmière devenue femme d’État, député, fonctionnaire internationale, romancière …Delphine Zanga Tsogo connue en politique sous le nom de Delphine Tsanga a traversé près de six décennies de vie publique camerounaise sans jamais cesser d’ouvrir des portes derrière lesquelles aucune femme n’était encore passée.

Portrait d’une figure majeure, disparue le 16 juillet 2020 à Yaoundé.

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De Lomié à Toulouse : les années de formation

Delphine Zanga Tsogo naît le 21 décembre 1935 à Lomié, dans le département du Haut-Nyong, à l’Est du Cameroun. Fille de Marcel Zanga (agent de l’administration française) et de Marie Nanga, elle grandit au rythme des affectations familiales et fréquente les écoles primaires de Douala, Yokadouma et Yaoundé. En 1955, elle décroche son BEPC au collège des Jeunes Filles de Douala ; un diplôme qui, à l’époque, la place dans une minorité privilégiée.

Une bourse d’études octroyée en 1956 lui ouvre alors les portes de la France. Direction Toulouse, où elle s’inscrit d’abord à l’Institut catholique avant de rejoindre l’École des infirmières de la Croix-Rouge. Elle en ressort avec un diplôme d’infirmière d’État, sésame d’une carrière qu’elle imagine sans doute, consacrée au soin.

De retour au pays en 1959, à la veille de l’indépendance, elle exerce à l’Hôpital central de Yaoundé, puis à Garoua, à Dschang, et enfin à la Protection maternelle et infantile de Yaoundé. C’est là, au chevet des malades et des mères, qu’elle prend la mesure de la condition des femmes camerounaises. Cette expérience de terrain irriguera toute la suite de son parcours.

L’engagement : des hôpitaux aux tribunes

Le tournant s’opère au milieu des années 1960. En 1964, Delphine Tsanga est élue présidente nationale du Conseil des femmes du Cameroun. Un an plus tard, le 6 juin 1965, elle entre à l’Assemblée législative du Cameroun oriental, où elle occupe le poste de secrétaire de la chambre jusqu’en 1970.

Parallèlement, elle gravit les échelons de l’appareil politique. Camerounaises de Bafoussam en 1965, elle assure la coordination de l’Organisation des femmes de l’Union nationale camerounaise (OFUNC). En 1965, elle est élue à l’Assemblée législative du Cameroun (AlACM).

Au congrès de Garoua, en 1969, elle est élue présidente nationale ; ce qui fait d’elle un membre de droit du Comité central de l’UNC, le parti au pouvoir. Dans un paysage politique presque exclusivement masculin, elle s’impose comme la voix des femmes au sommet de l’État. Elle est présidente du bureau national de l’organisation des femmes de l’Union nationale Camerounaise (OFUNC) de 1975 à 1984.

Première femme ministre du Cameroun

Le 12 juin 1970, elle est nommée ministre adjoint de la santé publique. Devenant la première femme ministre du Cameroun.  En effet, le Cameroun n’avait jamais compté de femme ministre : elle sera la première et inaugure ainsi une brèche dans laquelle d’autres s’engouffreront après elle.

Sa trajectoire ministérielle se poursuit sans interruption pendant plus d’une décennie : vice-ministre de la Santé et de l’Assistance publiques de juillet 1972 à juin 1975, puis ministre des Affaires sociales du 30 juin 1975 au 7 juillet 1984. Près de dix ans à la tête d’un portefeuille qu’elle façonne à son image, au service des populations les plus vulnérables.

En octobre 1982, sa stature lui vaut également d’être intégrée dans le corps diplomatique avec le rang de ministre plénipotentiaire.

Une envergure internationale

Le rayonnement de Delphine Tsanga déborde largement les frontières camerounaises. De 1966 à 1986, elle préside ou anime de nombreuses instances internationales liées aux Nations unies : vice-présidence du Conseil international des femmes (CIF), travaux du MULPOC, de la Commission économique pour l’Afrique, de l’UNESCO (De 1984 à 1986, elle est membre du jury du comité d’alphabétisation).

Elle préside notamment le Conseil d’administration de l’Institut international de recherche et de formation des Nations unies pour la promotion de la femme (INSTRAW), ainsi que le Comité régional africain de coordination pour l’intégration des femmes au développement. À une époque où les Africaines demeurent quasi absentes des cénacles internationaux, elle compte parmi les toutes premières femmes du continent à accéder à de telles responsabilités.

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L’écrivaine : donner une voix aux femmes

Il est une facette moins connue du personnage : la femme de lettres. Sous son nom d’écrivaine, Delphine Zanga-Tsogo, elle publie en 1983 deux ouvrages qui prolongent, par la fiction, son combat politique.

Vie de femmes, paru à Yaoundé, dresse un tableau sans fard de la condition féminine au Cameroun et des obstacles que rencontrent les femmes dans leur quotidien. L’année d’après, elle fait paraître à Paris Ekobo ou l’Oiseau en cage, une œuvre destinée à la jeunesse qui suit le destin d’une jeune fille, Ekobo le titre à lui seul résume tout un programme.

Chez elle, la plume et le mandat politique procèdent de la même conviction : la libération des femmes passe autant par les lois que par les récits.

Le choix de l’opposition

On aurait pu imaginer Delphine Tsanga finir sa carrière dans le confort du parti-État. Il n’en sera rien. Après avoir quitté le Comité central de l’UNC à l’issue du congrès de Bamenda, en mars 1985, elle prend ses distances avec le pouvoir. Lorsque le multipartisme renaît au Cameroun au début des années 1990, elle franchit le pas : elle rejoint l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) de Bello Bouba Maigari, dont elle devient membre du bureau politique et vice-présidente, avant d’intégrer le Comité central du parti lors de son congrès de Maroua.

Ce passage dans l’opposition, rare chez les anciens dignitaires de sa génération, en dit long sur son indépendance d’esprit.

Les derniers combats

À partir de 1996, elle se tourne vers un autre front : l’environnement et la valorisation des produits forestiers du Cameroun, retrouvant en quelque sorte l’Est forestier de son enfance.

Le 7 mai 2011, elle est nommée membre du Conseil électoral d’Elections Cameroon (Elecam), l’organe chargé de l’organisation des scrutins dans le pays. Elle devenait ainsi, avec d’autres figures marquantes comme Dorothy Limunga Njeuma, l’un des premiers membres de cette instance qui allait faire ses preuves lors de l’élection présidentielle du 9 octobre de la même année. Elle y siégera jusqu’à son dernier souffle.

Delphine Zanga Tsogo s’éteint le 16 juillet 2020 à Yaoundé, à l’âge de 84 ans.

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Un héritage toujours vivant

Infirmière, députée, ministre, diplomate, romancière : peu de parcours camerounais affichent une telle densité. Delphine Tsanga aura été de tous les combats pour la place des femmes dans les hôpitaux, dans les urnes, au gouvernement, dans les enceintes onusiennes et jusque dans les pages de ses livres.

Première femme ministre du Cameroun, elle demeure l’une des premières Africaines de l’époque contemporaine à avoir atteint les plus hauts échelons de la vie politique. Son itinéraire rappelle qu’avant les discours sur la parité, il y eut des femmes qui, seules ou presque, forcèrent les portes. Elle fut de celles-là. Son parcours et son histoire méritent d’être connus.

L’oubli est la ruse du diable !

 

Arol KETCH

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