En mi-juillet, de magnifiques œuvres, fruits du talent et du dynamisme des femmes ont été exposées à l’occasion de la semaine de l’artisanat, nous avons choisi de vous parler de trois d’entre elles.
De l’identité culturelle, à l’alimentaire, en passant par le tissage des sacs, à l’ère de la révolution industrielle émanée des nouveaux modes de production et de transformation, l’artisanat n’est pas jeté en pâture. Les opportunités qu’il offre touche les femmes, comme on a pu le remarquer dans la capitale économique camerounaise dans le cadre du salon de l’artisanat. La rédaction Griote TV s’est entretenue avec trois d’entre elles en particulier.

Arche des Arts d’Audy-M pour la valorisation de l’identité culturelle
Audy-M, artiste pluridisciplinaire, exposait des œuvres peintes à base du noyau d’avocat. S’il faut apprécier cette réalisation, les objets peints sont d’autant plus admirés, étant produits sur des formes qui reflètent les cultures camerounaises et africaines. Mettre en avant ces cultures, c’est justement le but de l’artisane et artiste. « Il faut présenter une certaine identité camerounaise pour faire pérenniser notre art et le vendre au monde entier à travers le made in Cameroon », a-t-elle expliqué au micro de Griote Tv.
Audy-M qui dans son art pluridisciplinaire cumule plus de trente années d’expériences, n’a pas connu chemin aisé. En ce qui concerne son genre particulièrement, elle explique avoir régulièrement senti l’animosité de certains hommes et une volonté d’intimidation de ces derniers. Sans jeter l’éponge, sa ténacité l’illustre et continue de porter des fruits. Aussi recommande-t-elle aux jeunes filles de se lancer dans l’entrepreneuriat « contre vents et marrées parce que c’est ainsi qu’elles gagneront leurs vies ».

TCHITAT Piment, le produit artisanal alimentaire de Carine Zoa
Carine Zoa fait ses premières expériences dans l’entrepreneuriat artisanal. Accoutumée de l’agriculture depuis son enfance, ayant été élevée par des parents agriculteurs, elle n’était pas ignorante du potentiel agricole camerounais. Mais la particularité constatée sur la culture du piment l’a amenée à y jeter son dévolu. « J’ai regardé toutes les cultures, c’est le piment qui produit quatre fois dans l’année. Je me suis dit bon ! Moi je ne suis pas quelqu’un qui aime attendre six ou dix ans pour produire. Je me suis lancée », explique l’artisane entrepreneure, qui a voulu remédier aux problèmes financiers qu’elle rencontrait en contexte de la pandémie de coronavirus.
TCHITAT Piment est donc le nom de l’entreprise que la jeune femme a lancée à la suite de ces réflexions. On y produit, purée et poudre de piment. Une aventure qui n’est pas un fleuve tranquille, Carine Zoa rencontre de nombreux problèmes aux rangs desquels, la difficile main d’œuvre et la condescendance de certains hommes, mais n’est pas prête de régresser. L’expérimentée du montage d’un projet entrepreneurial peut ainsi conseiller aux femmes de prendre le risque d’entreprendre et de se lancer avec le peu qu’elles ont.

Le tressage incroyablement réalisé par Matango Annie, atteinte de cécité
Si les sacs de femmes, les fauteuils de salons, écharpes en fils tressés et aux couleurs du drapeau national laissent sans voix, celle qui les réalise ébahit davantage. Certains découvrent cette jeune entrepreneure artisane atteinte de cécité, or, la toile camerounaise l’a soutenue il y a deux ans lorsqu’elle a été découverte au marché de Bonamoussadi à Douala. Elle se distingue dans le domaine de la vannerie avec le tressage des meubles et accessoires personnels.
Matango Annie Laure, titulaire d’un BEPC et maman narre son parcours. « Après mon BEPC, j’ai décidé d’aller me former. Je me suis formée en 2017 jusqu’en 2019. Après 2019, je suis tombée dans le maladie, après la maladie, j’ai décidé de me lancer dans l’activité pour élever ma fille et aider ma mère », raconte l’entrepreneure artisane. C’est au cours de cette formation que la jeune fille a acquis l’art du tressage. Trois ans d’expériences dans l’entrepreneuriat, pour une femme ordinaire, c’est une prouesse, car les difficultés s’invitent toujours, à plus forte raison pour une malvoyante. Annie Laure est donc l’illustration de l’insertion socioprofessionnelle des personnes vulnérables dans la société camerounaise grâce à leur potentiel. « Etre aveugle n’est pas une fatalité. Dans la vie il faut toujours chercher à faire quelque chose à s’occuper, ce qui est sûr c’est que les gens vont vous encourager, comme moi je suis en train d’être encouragée», conseille l’entrepreneure artisane à celles qui sont également atteintes de cécité.

La 7e édition du salon départemental de l’artisanat s’est tenue dans la ville de Douala du 12 au 13 juillet 2023, à l’initiative du délégué départemental pour le Wouri des petites et moyennes entreprises, de l’économie sociale et de l’artisanat, Sylvie Mache. Un évènement que les femmes artisanes ont honoré en montrant leurs potentiels en même temps que ceux du Cameroun en matière de ressources. Ce qui a amené la promotrice à définir l’évènement comme « la vitrine du savoir-faire et de la valorisation du label made in Cameroon ».
Chanelle NDENGBE
