Moins de trois mois après le drame de Mobil Guinness dans la ville de Douala, survient la tragédie de Mbankolo à Yaoundé qui commémore le premier drame du fait de plusieurs points de convergences.
Le sinistre de Mobil Guinness est l’effondrement d’un immeuble RX4 qui s’était produit dans la nuit du 22 au 23 juillet dernier au quartier Mobil Guinness dans l’arrondissement de Douala 5e. La tragédie de Mbankolo (Yaoundé 2) quant-à-elle renvoie à l’éboulement de terrain produit le dimanche 08 octobre. Les évènements qui se succèdent depuis le soir du drame ont interpellé la rédaction Griote Tv qui a constaté un rapprochement entre les deux catastrophes à quatre niveaux.
Les lieux baptisés comme ceux « de la mort»
L’un des premiers points que les deux drames ont en commun réside dans les appellations données à aux espaces attaqués. Le lac artificiel qui a emporté les habitations à Mbankolo était baptisé « Lac de la mort » depuis des années par les riverains, parce que des personnes y auraient perdu la vie bien avant l’éboulement. « Le lac les a avalés » disaient les riverains. De l’autre côté, l’immeuble effondré à Mobil Guinness était appelé «Immeuble de la mort », c’était d’ailleurs une référence pour quiconque voulait se rendre dans ce coin du quartier Mobil Guinness. Les riverains l’ont baptisé ainsi à cause de son aspect délabré et des fissures qu’il présentait, fissures également sur le lac artificiel de Mbankolo qui sonnaient comme une alerte, mais elle n’a pas été prise en compte, le pire s’est donc produit.

Le drame surprend les riverains en fête
Alors qu’en Mbankolo comme l’apprennent les riverains, une fête d’anniversaire a réuni un grand monde dans une des habitations, à Douala, dans l’immeuble effondré, un anniversaire se célébrait également en plus de deux autres célébrations dont un voir bébé et la réussite à l’examen du BTS. Dans l’immeuble de Mobil Guinness, se célébraient donc au moins trois fêtes.

Polémique sur la prise en charge des rescapés
Pour le cas de Douala comme pour celui de Yaoundé le gouvernement a annoncé une prise en charge des victimes rescapés, sauf que plusieurs rescapés que nous avons interviewé à Douala ont dit n’avoir été pris en charge que par leur famille. « Ce n’est que ma famille qui a payé mes soins », avait notamment affirmé Rita, une rescapée qui avait perdu son bébé dans l’effondrement. L’histoire d’Achille Collinet affluait les réseaux sociaux, un SOS était lancé pour soutenir les frais médicaux du rescapé. Cette situation parue comme scandaleuse ne se reproduit pas exactement de la même façon dans le cas de Mbankolo, mais l’un des grands titres des journaux comme Le jour apprend que les proches des rescapés ont reçu des factures de médicaments à payer en pharmacie pour le traitement des leurs.
Controverse sur les chiffres officiels
Alors que le ministre Paul Atanga Nji de l’administration territoriale annonçait 28 morts comme bilan officiel le mardi 10 octobre, sur les réseaux sociaux les sinistrés survivants du drame de Mbankolo et les riverains de cette localité donnaient un chiffre différent. Dans une vidéo devenue virale sur le Meta, une dame évoquait avec assurance une centaine de dépouilles. « Hier on a sorti plus de cent corps, et le cops de ma petite-fille était le premier corps », hurlait-elle. La situation a caractérisé le drame de Mobil Guinness où nous avons particulièrement été sur le terrain. Les chiffres donnés progressivement par les autorités camerounaises au sujet des morts étaient toujours en inadéquation avec ce que les populations nous ont signalés et même avec ce que nous avons vu.
En effet, le dimanche 23 juillet 2023, autour de midi les autorités ont annoncé douze (12) décès, nous avons constaté à la suite de ce bilan provisoire le temps que nous étions sur le terrain six (06) décès et les riverains nous ont rapporté le lendemain que quatorze (14) corps ont été sortis des décombres pendant notre absence, c’est-à-dire entre 22h et 7h. Ce qui renvoi à trente-six décès (32) y compris les 12 du bilan officiel, du petit matin de dimanche (le drame s’étant produit à minuit) au petit matin de lundi. La journée de lundi à partir de 9h, nous avons constatés sept (07) décès sur le lieu du sinistre et six (06) décès nous ont été annoncés par les riverains, d’où treize décès comptés ce jour jusqu’à 21 heures. Le lendemain, mardi, nous avons vu deux (02) corps sortir des décombres, et les riverains nous ont informé de trois (03) autres, ce fait au total cinq (05) pour ce mardi. Aussi, jusqu’à ce jour, nous avons compté en tenant compte de nos constatations et de nos sources cinquante (50) décès alors que le dernier bilan officiel communiqué à ce sujet fait état de trente-huit (38) morts. Les populations s’interrogeaient comme présentement dans le cas de Mbankolo sur l’intérêt du gouvernement à réduire les chiffres.
Ce rapprochement entre les deux drames permet notamment de comprendre d’une part que des signaux d’alerte étaient implicitement émis et appellent à la vigilance des populations sur les zones qu’elles décident d’habiter, mais aussi la responsabilité des autorités sur les constructions dans les zones à risque. Par ailleurs, l’autre responsabilité gouvernementale au sujet de la prise en charge dans de telles catastrophes est soulevée. Nombreux se demandent d’ailleurs si l’aide gouvernementale ne serait pas détournée au niveau des gestionnaires. Une question à laquelle l’Etat doit trouver réponse et prendre ses responsabilités.
Chanelle NDENGBE
