Les problèmes qui polluent le secteur phytosanitaire au Cameroun amènent les acteurs de ce secteur à réfléchir sur les moyens d’assainissement.
Le traitement des produits agricoles au Cameroun comme partout ailleurs incombe la filière phytosanitaire, que cela concerne les produits locaux, qui peuvent être destinés à l’exportation où ceux qui sont importés. Des acteurs et professionnels de ce secteur dépendent alors la sécurité sanitaire des produits utilisés au Cameroun et par conséquent de la santé et de l’économie du pays. Mais le secteur est confronté à de nombreux problèmes, d’où la nécessité d’un véritable assainissement.

Professionnalisation et anarchie, gangrènes dans la filière
Si le ministère de l’agriculture et du développement rural (Minader) qui régule ce secteur par la voix de sieur Minka Christian, chef de bureau des pesticides dans ce ministère a révélé des chiffres non effrayant relatifs au fonctionnement légal des entreprises de traitement des produits agricoles au Cameroun (96% des sociétés sont à jour d’après le Minader, et 70% ont déposé leurs rapports annuels), il n’en demeure pas moins que la perfection est empêchée par l’existence de brebis galeuses.
Virginie Meli, professionnelle du secteur, membre du conseil national phytosanitaire et promotrice de l’entreprise Sunbeam l’a souligné en expliquant que « il y a des sociétés qui se créent, qui se gardent dans les sacs ». Ce sont des entreprises qui pour reprendre les mots de l’entrepreneure «transgressent les lois et ne font pas ce qu’il faut ». A côté de cette anarchie, manifestée certes par la minorité des entreprises, le secteur est aussi affecté par un problème de professionnalisation, résultat de la légère formation des techniciens. « Nous avons une filière qui n’est pas professionnelle dans le sens où nos techniciens qui sont je veux dire les maitres d’ouvrage de notre société ne sont pas convenablement formés », explique dame Meli. « Pourquoi ? Vous allez-voir dans l’agrément phytosanitaire, on demande les diplômes des jeunes qui sortent de la Fasa (Faculté d’agronomie et des sciences agricoles). En sortant de la Fasa, ils ne maîtrisent rien de la filière phytosanitaire. C’est sur le terrain qu’ils apprennent généralement », poursuit-elle. A ces problèmes se rajoute l’oppression des organes qui régulent ce secteur.

L’oppression du Port autonome de Douala
Les promoteurs des sociétés phytosanitaires manifestent leur mécontentement face au cahier des charges du Port autonome de Douala (Pad). Il révolte les entrepreneurs qui y voient leurs intérêts bafoués. « C’est révoltant, c’est même scandaleux de voir les obligations auxquelles nous allons faire face dans ce cahier des charges. On se rend compte qu’on sera soumis à une redevance annuelle qui est à plus de 600.000 FCFA à payer par an, mais aussi ils nous exigent de donner des pourcentages sur des contrats que nous allons avoir … Après le traitement, il faut également donner 7% du produit », déplore une autre entrepreneure du domaine. Mais le Pad se conduirait aussi en gendarme pour des non criminels que sont les sociétés de traitement de produit. « Après ça, il faut qu’ils soient comme un gendarme qui devrait avoir la liste de nos clients, devraient avoir même nos documents confidentiels », ajoute-t-elle. « …le port va demander au chargeur de donner un prix. C’est à dire que nous vendons notre marchandise, nous avons notre marchandise que nous devons vendre et c’est quelqu’un d’autre qui va dire au client de nous donner le prix, mais vraiment ça n’a pas de sens », dénonce un autre entrepreneur phytosanitaire.
Malaise pour la santé et le commerce international
Le malaise qui sévit dans la filière phytosanitaire a pour conséquence directe le mauvais traitement des produits agricoles, ce qui a un sérieux impact sur l’environnement du point de vue sanitaire et sur le commerce international. Le danger sanitaire est dû à la toxicité du produit phytosanitaire. « Il y a des techniciens qui ne savent même pas employer les produits très toxiques et cela constitue un danger pour leur propre santé, mais aussi pour la santé des populations environnantes, et pour la plante elle-même », explique dame Meli Virginie. Les produits agricoles étant aussi destinés à l’exportation, le commerce international est affecté. « Sur le plan international, vous aurez des cargaisons de bois qu’on refoule parce que c’est mal traité. Un bois qui est mal traité et qui arrive par exemple au Canada qui a ses normes, ne peut le faire entrer dans son territoire. C’est de grosses pertes d’argent pour le Cameroun», révèle l’entrepreneure.
Un atelier de sensibilisation des acteurs et professionnels de la filière phytosanitaire du secteur privé comme du public a réuni ces derniers le 11 octobre 2023 à Douala. Les doléances des entrepreneurs ont été mis sur la table, l’opposition au cahier de charge du Pad notamment, et seront portées par dame Meli Virginie à la haute hiérarchie. Des lendemains meilleurs sont entre-temps espérés.
Chanelle NDENGBE
