L’encre ne cesse de couler depuis la décision présidentielle d’augmenter les frais de timbre pour établissement de la carte nationale d’identité à 10 000 FCFA, ce qui suscite une vague de protestations.
L’ordonnance présidentielle signée et rendue publique le 20 juin dernier modifie la loi du 19 décembre relative aux finances pour l’exercice 2024, avec pour conséquence la multiplication par deux du prix de délivrance de la CNI. Ce changement brusque crée un choc général chez les personnalités publiques et citoyens.
L’ordonnance N°2024/00 du 20 juin 2024 « portant modification et complétant certaines dispositions de la loi n°2023/019 du 19 décembre 2011 portant loi de finances de la République du Cameroun pour l’exercice 2024 », fait état de l’augmentation de plus de 50% sur le prix du timbre pour la délivrance de la CNI.
« Les cartes d’identités délivrées aux personnes de nationalité camerounaise, les cartes de séjour et de résidents… sont soumises aux droits de timbres ci-après : 1-Cartes nationales d’identité : 10 000 F CFA »,
indique la modification de l’article 459. Pour un timbre qui coûtait auparavant 2800 FCFA, c’est abusé du point de vue des camerounais surtout que le montant total de la pièce d’identité revient à 15.500 FCFA en sus des frais de dossier, contre environ 6000 FCFA précedemment.
Plusieurs personnes se sont levées pour scander leur opposition à ce prix jugé exorbitant. « Avoir une CNI est un devoir citoyen. 15.000 FCFA c’est trop ! », lit-on sur les pancartes que femmes et hommes portent sur la toile. Certains internautes ont pour interrogation « Je prends 15.500 FCFA où pour acheter la CNI ? ».
Pour la classe artistique une telle somme est difficile à acquérir dans un contexte où la précarité prévaut. Pour la chanteuse Lady Ponce notamment, cette ordonnance est une injustice pour les Camerounais.
«Comment pouvez-vous m’expliquer que le Smig est à 45 000 FCFA et ils mettent la carte d’identité à 15 000 FCFA ? Les Camerounais à bas revenus vont vivre comment ? Eeh Seigneur ! Nous avons fait quoi ? Commis quel péché pour mériter un tel traitement ? »,
se lamente l’artiste du Bikutsi.
Le Pr Jean Bahebeck, médecin et homme politique fait partie des personnalités qui critiquent également cette nouvelle disposition, qui pour lui est un véritable obstacle à l’employabilité des jeunes.
« La tranche d’âge idéale de la première carte d’identité c’est 21-25 ans et au Cameroun, il y en a deux millions deux cent cinquante. Aux deux millions deux cent cinquante personnes qui doivent faire la première carte d’identité, ce système demande d’avoir 15 000 FCFA. Ok…Les enfants des gens comme moi, leurs pères vont payer. Mais il faut comprendre que pour la moitié, leurs parents ne pourront pas leur donner ça… S’ils n’ont pas leur CNI, ils ne pourront pas faire leur premier concours de la fonction publique… Ils ne pourront même pas avoir un compte d’épargne quand ils auront fait leur benskin »,
s’indigne le Pr Bahebeck. L’homme politique s’interroge aussi sur la nécessité de ce nouveau montant partant du constat de la possibilité de suppression du paiement d’un pôle.
« J’ai regardé sur la carte d’identité. On peut supprimer le paiement du renouvellement, puisqu’on doit renouveler tous les dix ans. Pourquoi parce que dans les données de la carte d’identité, il y a trois qui peuvent varier : le domicile, la profession et la figure. Pourquoi on doit ça à 15 000 FCFA ? »,
s’interroge le médecin.
Cette décision du chef de l’Etat intervient environ quatre semaines après l’annonce de la signature du Cameroun d’un partenariat avec l’entreprise allemande Authentic GmbH, qui permettra la délivrance des CNI en 48 heures avant 2025. Cette escalade du coût de l’établissement de la CNI serait ainsi le prix à payer pour cette production rapide, mais plusieurs continuent d’être sceptiques quant à cette réalisation, nonobstant le paiement des 15 000 FCFA. C’est un autre coup dur pour les Camerounais qui ont récemment fait face à la hausse du prix du transport et de certaines denrées alimentaires.
Chanelle NDENGBE
