La cavale du présumé auteur de féminicide n’aura pas été de longue durée, il a été tiré de sa cachette après la découverte de la dépouille de sa concubine.
Autour de l’école publique grand hangar à Bonabéri, la désolation se lit sur les visages des riverains, particulièrement ceux que nous trouvons au domicile familial de Malvina Kemti. Nos informations sur le terrain font étant de ce que son concubin, le nommé Fongang Billy serait l’auteur de son meurtre tragique. Après avoir déposé son cadavre à l’hôpital de Bonassama, le suspect s’est enfui avant d’être cueilli le lendemain.
S’agissant de l’histoire qui a conduit au drame, Malvina Kemti, 32 ans et mère de 5 enfants est sortie le soir du vendredi 25 avril 2025 pour se rendre à un mariage coutumier dans la famille de son concubin Fongang Billy, elle sera revue par les siens morte, le corps étrange. Le samedi 26 avril en matinée, les parents de Malvina reçoivent une terrible nouvelle, selon laquelle le corps sans vie de leur fille se trouve à l’hôpital de Bonassama. « Me voici, je sors pour aller vendre mon poisson, faire mon job que je fais souvent. J’arrive, on m’appelle, on me dit que votre fille est couchée à Bonassama … Me voici donc je prends la moto, je vais à l’hôpital de Bonassama, je trouve que Malvina est couchée, morte. Malvina est couchée, morte comme ça avec l’habit du mariage ou elle était allée avec son mari », révèle dame Platinelle Tsafack, tante de la victime, notre principale informatrice sur le terrain. Si le ciel leur tombe sur la tête avec la nouvelle macabre, l’état du corps intrigue davantage la famille de la défunte. Elle avait l’apparence d’une femme enceinte, son ventre était ballonné, mais les analyses médicales ont révélé que cet état est dû aux coups qu’elle a reçus. « Nous sommes venus trouver Malvina avec le ventre ballonné. J’ai demandé que je suis tout le temps ici avec Malvina, donc elle était enceinte et elle a caché sa grossesse ? On demande à sa grande sœur, sa grande-sœur dit qu’elle n’était pas enceinte. On demande même à sa mère, sa mère dit non, Malvina n’était pas enceinte. Les infirmières ont décidé qu’on va l’opérer, qu’on ne peut pas la mettre à la morgue avec le ventre ballonné comme ça. Et on a vu qu’il l’a étouffée jusqu’à faire gonfler les intestins », informe la tante de la défunte. Fongang Billy était porté disparu jusqu’au dimanche 27 avril, où il aurait été pris à Loum, dans le département du Moungo.

Une habituée des violences conjugales qui s’éteint …
Malvina Kemti comptait 12 ans de vie commune avec son concubin Fongang Billy, selon ce que nous apprend sa famille et le voisinage. Pendant ces années, les témoignages s’accordent sur les violences dont elle était victime, mais aussi sur la tolérance dont elle faisait preuve envers le père de ses enfants. « Elle était toujours frappée cette jeune femme, mais, elle ne disait pas. Parfois elle accusait les accidents. Son mari est quelqu’un de très violent, doux d’apparence, mais il était très violent envers elle », a révélé une voisine. Face à ces violences répétées, la famille de Malvina n’est pas restée indifférente, elle aurait tout donné pour l’éloigner de son concubin bourreau. La tante de la victime a déclaré que Malvina est revenue au domicile familial au moins dix fois en raison des violences conjugales, mais toutes les tentatives pour l’y retenir se sont révélées vaines, la famille s’est elle-même heurtée à la violence du monsieur alors qu’il allait récupérer leur fille il y a environ deux mois. « On a déjà pris l’enfant là même plus de dix fois, que ne rentre plus là-bas. Reste chez ton père. Elle pouvait faire deux semaines ou trois semaines, elle rentre toujours chez lui…Dernièrement, on est allé là-bas en famille pour prendre Malvina, il nous a chassé avec la machette. Il a pris les habits de Malvina, il a jeté dans la boue devant nous », révèle-t-elle, en ajoutant que le monsieur a dit ce jour qu’il va jeter leurs enfants dans le Wouri. Une situation incompréhensible qui frisait la folie pour les proches de Malvina et même pour la famille de Fongang Billy. « Son père (père de Fongang), m’avait dit qu’il est dépassé par cet enfant, qu’il a accouché l’enfant, mais pas son cœur, sa mère pareille», informe dame Tsafack.
Malvina était sermonnée et conseillée par sa famille, probablement par ses beaux-parents, par le chef de son quartier qui dénonçait les violences qu’elle subissait et même par ses amis. Mais supporter être autant maltraitée ? Selon sa tante, elle avait dit qu’elle supportait pour ses enfants. « On lui a dit le mariage ci ne va pas te laisser. Vraiment Malvina, je suis seule à la maison, viens rester avec moi, viens rester avec moi. Elle a toujours dit je pleure les enfants, je pleure les enfants, maintenant, elle est où avec les enfants là ? » questionne avec désolation la tante.
Malvina Kemti était une commerçante, elle laisse ainsi cinq enfants dont quatre avec son meurtrier présumé. Leur premier fils est âgé de 12 ans et Fongang Billy avait lui aussi un enfant avant de se mettre en couple avec Malvina. Elle fait l’objet du 27e cas de féminicide en 114 jours selon la comptabilité de Griote. Il intervient seulement un jour après le meurtre d’une vétérinaire à Betaré-Oya, par son compagnon qui a pris la fuite après son forfait. Ces cas récurrents révoltent davantage l’opinion qui pointe d’un doigt accusateur la justice camerounaise après le jugement clément de 5 ans de prison avec sursis prononcé en faveur de Bekobe Mvondo Eric, qui avait battu son épouse Diane Yangwo à mort.
Chanelle NDENGBE
